«Allo ! Votre mari a été enlevé. Si vous voulez le retrouver vivant, suivez attentivement mes instructions…». L’enlèvement est fictif, mais la terreur est réelle. Une Française piégée se confie, afin d’éviter ce cauchemar à d’autres.
Une nouvelle forme de crime, s’organise à l’intérieur même des prisons. Des détenus, équipés de téléphones portables, tentent d’extorquer de l’argent à des personnes choisies au hasard, en leur convainquant qu’ils détiennent leur conjoint, leur enfant… Pour cela, ils consultent simplement un annuaire téléphonique ou des contacts enregistrés sur un téléphone portable volé. 10.000 plaintes ont été enregistrées en 2006 à travers le pays. Le nombre de tentatives d’escroqueries est estimé à quatre fois plus. Ces faux enlèvements ont commencé il y a 5 ans, au pénitencier de Carlos Tinoco da Fonseca, à Campos, dans l’état de Rio. Selon un des modes opératoires fréquents, le criminel se fait passer pour un pompier ou un policier, sur les lieux d’un accident, et crée ainsi l’effet de panique qui incite la victime à donner les informations. Sophie raconte son cas. «Un soir, alors qu’on rentrait à pied chez nous avec mon mari, Pedro, un individu nous menace d’un revolver. Il repart avec 10R$ et nos deux portables, sur lesquels nous faisons opposition dans le quart d’heure suivant. C’est un vendredi soir.» Le lundi suivant, le couple va être confronté à la panique. «A 10h, alors que j’étais à mon bureau, je reçois un coup de fil de la sœur de Pedro, me disant qu’il a été enlevé. J’appelle à la maison…occupé ! De son côté, Pedro répond au téléphone vers 9h chez lui. Des prétendus ravisseurs lui disent qu’ils me détiennent, et lui font entendre des pleurs de femme. Pour payer une rançon, Pedro donne le numéro de sa mère. 5 minutes plus tard, les bandits rappellent Pedro en lui disant que sa mère refuse de payer pour sa belle-fille. Pour la sauver, il doit dire à sa mère qu’il a été enlevé aussi.» Ce que Pedro fait sans hésiter. La mère et la sœur, de Rio, appellent alors Sophie à São Paulo, pour la prévenir du drame. La manipulation a été efficace. Tandis que la mère de Pedro est à la banque en train de payer la rançon, l’arrivée de Sophie chez elle, met fin à la mascarade. Plus de peur que de mal ? Après cet épisode, le couple a passé une semaine chez des amis, trop inquiets pour rentrer chez eux, puis une semaine en vacances en famille, et s'est acheté une voiture en rentrant. Selon les statistiques de la police, 20% des victimes finissent par payer une rançon, de 4.000 R$ en moyenne. «Quand j’ai déposé plainte, la police a banalisé l’événement». Quelques personnes âgées ont trouvé la mort à la suite de l’arnaque : crise cardiaque, ou hypertension menant au coma. Un projet de loi visant à réprimer l’usage du téléphone portable en prison vient d’être approuvé. Informer sur la manipulation reste la meilleure prévention : «si seulement j’avais su» conclut Sophie. LB (www.lepetitjournal.com) 15 mars 2007Les conseils pour déjouer le piège de la division anti-enlèvement de la police civile - S’informer sur les scripts les plus communs - Ne pas accepter d’appels à votre charge «a cobra». L’appel, en provenance de Rio, aura coûté 300R$ à Sophie et Pedro. ? - Ne pas donner d’informations sur ses proches : «Votre fille a eu un accident – Comment, qu’est-il arrivé à Manon ? ». Les bandits démarrent leur coup avec un numéro de téléphone pris au hasard. - Ne pas donner d’information sur soi-même avec des autocollants sur sa voiture des clubs que l’on fréquente par exemple - Informer les personnes âgées parmi vos proches, plus sensibles, et propices à s’épancher en donnant des informations à leur insu - Désobéissez aux prétendus séquestreurs ! Même les vrais ne tueront personne si vous tentez de contacter la victime de l’enlèvement. La plupart des gens n’osent même pas essayer d’appeler parce que les interlocuteurs l’ont interdit. - Un véritable ravisseur écourtera la conversation de peur d’être pris. Dans le cas d’une supercherie, la conversation manipulatrice dure. - Dans le cas d’un véritable enlèvement, il est rare qu’on fasse entendre les pleurs de la victime, qui se trouve plutôt dans un endroit à l’abri, loin du ravisseur qui téléphone. Le conseil de Sophie Evitez d'enregistrer sur son portable des noms tels que «maison» ou «chéri ». Son surnom était enregistré sur le portable de son mari. Entendre le petit nom intime a rendu le crime plus réaliste encore. |