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Un jour comme celui-ci, c’est l’histoire d’un homme qui décide un jour de fuir sa mort au lieu de fuir sa vie. Le roman de Peter Stamm, traduit en français aux éditions Christian Bourgeois, évoque avec finesse les contradictions d'un individu qui navigue entre indifférence au monde et quête désespérée d’authenticité 
Avec poésie, Peter Stamm décrit l’absurdité d'une époque
Peter Stamm est un de ceux qui ont sans arrêt la bougeotte. Un touche à tout, un dilettante, un insatisfait. C’est sans doute la raison pour laquelle il décrit si finement les petits riens de l’existence, comme si chaque instant devait contenir la vie toute entière. Ce qui compte finalement, ce ne sont pas les choses qu’on accomplit, mais quelques moments d’exception. La vie d’Andreas, le personnage de son roman, est faite de routine, de maîtresses qu’il n’aime pas, de cours à des élèves qui l’indiffèrent, de temps passé à lire et à constater la vacuité de son existence. En souffre-t-il ? Pas vraiment. Attend-il un changement ? Il n’a pas le courage de l’entreprendre. Sa vie ressemble à celle de ces héros des romans banals qu'il donne à lire à ses élèves. Étranger, Andreas a voulu l’être, il se plaît mollement à le rester. Il n’est pas du genre à se plaindre de son existence, la sienne ressemble aux volutes des cigarettes qu’il fume à la chaîne. Inconsistante, elle se dissipe à la moindre évocation, elle ne souffre pas le résumé.
Absurdité et sensualité Un jour comme celui-ci, c’est le jour où Andreas prend conscience que sa vie est bien le temps qui le sépare de sa mort. Le jour où il doit venir chercher les analyses qui préciseront la cause de cette toux dont il n’arrive pas à se débarrasser. Ce jour-là, il fuit, une fois de plus, mais cette fois-ci la peur au ventre. Son acuité au monde qui l’entoure en est brutalement décuplée. Retrouver les quelques moments d’intensité de sa jeunesse, même fugitifs, deviennent alors les seules raisons qui le feront se maintenir dans l’ignorance de son état. Avec beaucoup de poésie, Peter Stamm décrit l’absurdité d'une époque où l’individu jouit d’une totale liberté de mouvement et de choix, d’une responsabilité absolue, mais aspire profondément à la reconnaissance. Son héros banal, sans grande envergure, se heurte avec angoisse à la nécessité de "réussir sa vie". L’auteur n’a pourtant pas d’ambition morale, son récit n’a rien de tragique ou de désespéré. A travers de subtils jeux de miroirs et de saisissantes ruptures de rythme, Peter Stamm invite à chercher l’authenticité non à l’échelle d’une vie, mais dans un rapport au monde fait d’émotions et de sensualité. Cécile BOUTELET. (www.lepetitjournal.com - Berlin) mercredi 21 mars 2007 Un jour comme celui-ci (An einem Tag wie diesem) de Peter Stamm.Traduit de l'allemand (Suisse) par Nicole Roethel. Ed. Christian Bourgois, 210 p. |