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jeudi 02 juin 2005 |
Voici le nouveau film du décidément prolixe Robert Guédiguian : Mon père est ingénieur. Le réalisateur marseillais nourrit ce récit de ses topos habituels en compagnie de ses acteurs fétiches, Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin. Marseille, avec son accent chantant, est toujours le lieu où s’illustrent l’engagement politique et la foi humaniste du cinéaste
Affiche : Allociné.fr
Le titre est une variante du fameux « My taylor is rich » des premiers cours d’anglais. En russe, cela donne « Mon père est ingénieur ». Les deux élèves sont Natacha et Jérémie, qui vont vivre une grande histoire d’amour.
Tous deux futurs médecins, ils se dédient aux autres, chacun d’une manière différente. Jérémie, celui qui s’élève à Dieu, travaille aux côtés du ministre de la Santé et voyage dans le monde entier afin de le panser. Natacha, elle, a choisi de s’installer dans le quartier où elle est née, d’aider les siens en vivant et travaillant dans la cité. C’est une femme engagée de manière politique et militante contre le racisme et l’injustice. Mais les deux protagonistes semblent être à une période charnière de leur propre vie, une impasse existentielle qui les empêche de progresser.
Parabole biblique
En effet, Natacha est tombée dans une sorte de coma conscient, elle est vivante, mais ne peut ni parler ni bouger. Sa dépression se traduit par une léthargie exacerbée. Même si le couple est séparé depuis longtemps, Jérémie revient vers son aimée pour la veiller et découvrir la cause de son état. Il s’installe dans son appartement pour refaire le chemin de leur vie. Un récit à rebours explique donc la relation passée du couple ainsi que la vie individuelle de chacun.
L’innovation de Guédiguian dans ce film est d’ajouter à ces deux instances temporelles, une troisième voix, celle de la parabole qui ouvre et se poursuit tout au long du récit. Natacha et Jérémie sont transformés en personnages bibliques, ceux de Marie et Joseph, la nuit de la naissance de leur enfant, errant à travers la ville, à la recherche d’un abri. Ce sont deux clochards qui vont les accueillir et jouer le rôle du bœuf et de l’âne. Une esthétique presque surréaliste s’ajoute au récit.
Dans ce dernier film, Guédiguian poursuit son chemin, fidèle à ses idéaux et à ses thèmes de prédilection, tout en innovant sur la construction narrative.
Céline GARAY. (LPJ) 3 Juin 2005
Mon père est ingénieur
Un film français de Robert Guédiguian, avec Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin.
France, 2003, 1h30. |