| Ecrit par ROME,
le 07-03-2007 00:00
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C’est pour porter une réflexion sur une nouvelle éthique de l’asile politique que Domenico Distilo a réalisé Inatteso, film présenté ce soir à la Villa Medicis dans le cadre du cycle "France-Italie, les nouvelles générations". Rencontre avec un homme de conviction.
Comment est né le projet d’Inatteso ? D’une idée de Chiara Pazzaglia, assistante de réalisation sur ce film. En 2004, 600 à 700 personnes vivaient dans un hangar ferroviaire abandonné près de la gare Tiburtina. Huit personnes sur dix étaient un demandeur d’asile politique. C’est en les rencontrant dans la rue que nous avons pris conscience du problème. Au départ, ces personnes nous ont demandé de les aider en leur enseignant l’italien à l’intérieur du squat. C’est au gré de ces rencontres qu’est né ce documentaire. Quel est le sujet d’inatteso ? L’attente, la survie, la migration dans le Sud de l’Italie pour pouvoir travailler à des travaux saisonniers. Quand des demandeurs d’asile arrivent en Italie, on leur remet une petite somme d’argent pour vivre quatre mois, or la démarche d’obtention des papiers est proche de deux ans. Ces personnes se retrouvent donc dans un cercle vicieux. Elles sont présentes sur le territoire mais ne peuvent pas légalement travailler. Quand nous les avons rencontrés, le lieu où elles vivaient était sans eau courante, sans électricité, sans chauffage. L’Etat ne leur apportait aucune assistance. La population avait surnommé le lieu "Hotel Africa" du fait du grand nombre d’Éthiopiens, d’Erythréens, de Soudanais. Comment pouvez-vous appeler Hôtel un lieu où il n’y a pas le chauffage, l’électricité ? A la télévision, on voit des images des personnes qui arrivent mais après elles disparaissent de l'écran. Je voulais savoir où elles vivaient et ce qu’elles devenaient. Inatteso est un film au présent. Nous ne savons rien de ce qui a pu conduire ces personnes jusqu’en Italie, pourquoi ce parti pris ? Inatteso est un film de géographie, la géographie de l’exil en Italie. Ce que je cherchais, c’était de l’évidence. Les images devaient parler d’elle-même. On voit la réalité du moment, leur présent. J’ai donc développé le film autour de trois axes : la situation à Rome, l’arrivée à Lampedusa et la migration vers le Sud pour pouvoir trouver du travail et survivre. Face aux conditions déplorables d’accueil, je souhaitais porter une réflexion pour une nouvelle éthique de l’asile politique. Pour moi, ce thème est vraiment un problème européen. L’Italie, c’est la frontière de l’Europe. Aujourd’hui, quels sont vos projets ? Je travaille actuellement sur deux films très différents. "Dawaz, la fune sul mare" et "Quand les éléphants combattent… ". "Dawaz, la fune sul mare" est un projet d’écriture avec le groupe Oasi Cinema. C’est l’histoire d’un rêve. Le détroit qui relie Messine à la Calabre est entouré de mythes et de légendes tels que ceux de l’Odyssée avec les sirènes et Charybde et Scylla ou Saint François de Paola qui l’a traversé avec son manteau. J’ai cherché quel pourrait être le moyen le plus poétique de traverser ce détroit. Le film parlera donc de la construction d’un ouvrage d’art sur la place de Messine et de la traversée du détroit de Messine par le funambule chinois Adili. "Quand les éléphants combattent…" est une fiction. C’est la suite d’Inatteso et parle de la situation au Soudan. Cela vient d’un proverbe : "Quand les éléphants combattent c’est toujours la pelouse qui est écrasé". En d’autres termes, ce sont toujours les choses les plus fragiles qui sont détruites. Propos recueillis par Sara Fredaigue (www.lepetitjournal.com, Edition Rome), le 7 mars 2007. Ce soir à 20h Le film "Inatteso" a été sélectionné au festival de Berlin, dans la section Forum. Il est présenté ce soir à la Villa Medici à 20h. Pour plus d’information, www.villamedici.it
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