|
Mercredi dernier, le vice-Premier ministre et ministre thaïlandais des Finances, Pridiyathorn Devakula, annonçait brusquement sa démission. Le départ soudain de cet acteur de premier plan du gouvernement intérimaire révèle une division au sein d’une équipe qui a déjà du mal à inspirer la confiance Au pouvoir depuis cinq mois, la junte et le gouvernement intérimaire éprouvent des difficultés à indiquer leur cap et, à fortiori, à convaincre l’opinion qu’ils maîtrisent la situation. Une équipe divisée Nombre de décisions pour le moins drastiques ont été prises ces derniers mois souvent sans concertation avec les principaux acteurs concernés, ni même, dans certains cas, avec les organes gouvernementaux compétents. Souvent annoncées brutalement, ces décisions ont finalement été suivies la plupart du temps de volte-faces tout aussi spectaculaires et inattendues. Rien qui puisse vraiment inspirer la confiance. La démission soudaine mercredi dernier de Pridiyathorn Devakula, l’un des acteurs principaux du remaniement de la politique thaïlandaise, met au jour des clivages internes ressentis depuis un certain temps déjà au sein de l’équipe dirigeante. "Le gouvernement de transition a pris des initiatives qui ont indéniablement terni le climat de confiance, indiquait l’Ambassadeur Laurent Aublin, la veille, dans un discours adressé aux représentants de la communauté d’affaires française, soulignant que le gouvernement apparaît bien souvent divisé et à la recherche d’une inspiration ". Entre jeunes et conservateurs Critiqué depuis plusieurs semaines par la presse et les milieux d'affaires pour sa gestion des affaires économiques en net contraste avec l'ouverture et le libéralisme pratiqués par le passé, Pridiyathorn est perçu comme étant dans le camp des plus conservateurs au sein du gouvernement, face, dit-on, à une caste plus "jeune". Mercredi, il indiquait sa profonde déception quant à la nomination le 15 février par le Premier ministre Surayud Chulanont, de Somkid Jatusripitak, ex-bras droit de Thaksin Shinawatra, pour diriger une nouvelle équipe de conseillers économiques. Un affront suprême pour cet ancien gouverneur de la Banque de Thaïlande, qui évoquera une "stratégie cachée". Aussi, les faveurs accordées à Sondhi Limthongkul, figure de proue des manifestations anti-Thaksin de l’an dernier, lui permettant de diffuser sans licence son talk-show hebdomadaire « Le Gardien de la Nation » sur une chaîne publique, n’ont rien arrangé. « Pridiyathorn ne portait déjà pas Sondhi dans son cœur, remarque un observateur français, mais en plus celui-ci n’a cessé de le critiquer ces derniers jours dans cette fameuse émission.» Au lendemain de son départ, le talk-show de Sondhi était retiré de la programmation de la chaine 11, et la banque centrale annonçait des assouplissements significatifs de la réglementation sur les capitaux entrants en vigueur depuis décembre (voir notre article). En attendant la nomination d’un nouveau ministre des Finances, le Premier ministre a confié la charge des affaires économiques au ministre de l’Industrie et vice-Premier ministre Kosit Panpiemras. Ces derniers jours, la presse et la classe politique ont clairement fait comprendre à Surayud qu’il n’avait pas le droit à l’erreur dans les choix stratégiques qui l’attendent. Par ailleurs, certains analystes craignent que la junte, qui s’était effacée le 1er octobre derrière le gouvernement militairement nommé, ne reprenne le pouvoir de façon plus directe en écartant le Premier ministre dont la crédibilité a largement été entamée ces dernières semaines. Les mois de mars et avril s’annoncent chauds… Pierre QUEFFELEC (www.lepetitjournal.com Bangkok) 6 mars 2007 Lire aussi Notre article d'aujourd'hui : Le gouvernement boycotte People TV Le discours de l’Ambassadeur de France à Bangkok du mardi 27 février lors de la "Réunion des Chefs d’entreprises françaises implantées en Thaïlande" Notre article du 19 décembre 2006 : Pour faire fléchir le bath, la BoT fait s'effondrer la Bourse |