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L’Uruguay laisse planer un gros doute sur la cohésion du Mercosul, qui pourrait exploser si le turbulent voisin ne rentre pas dans le rang. Lula s’est rendu sur place à Montevideo pour s’en assurer
Les deux présidents à l’Estância Anchorena - Photo Ricardo Stuckert/PR
La visite du président Lula à son homologue uruguayen Tabaré Vasquez, lundi, avait comme toile de fond le voyage de George W. Bush en Amérique Latine la semaine prochaine. Du 8 au 14 mars, le Président américain se rendra successivement au Brésil, en Uruguay, en Colombie, au Guatemala et au Mexique. Lula s’est donc entretenu avec Vasquez, histoire de peaufiner un discours commun, et de s’assurer que les Uruguayens tiendront la promesse, faite l’année dernière, de ne pas porter un coup de grâce au Tarif Extérieur Commun (TEC) du Mercosul. Le TEC, considéré comme la clé de voûte du marché commun sud-américain, pourrait voler en éclats si l’Uruguay signe un accord d’investissements et de commerce directement avec les Etats-Unis. Lula et Vasquez ont donc discuté de la nécessité du bloc de rester uni, et de «laisser le linge sale à la maison», pour reprendre l’expression d’un diplomate cité par le quotidien O Globo. Le bloc du Mercosul, secoué par une crise interne, souhaite renforcer son harmonie politique, et le Brésil veut conserver sa position de leader. En coulisses, le gouvernement brésilien considère que l’Uruguay bluffe lorsqu’il menace de sceller avec les USA un accord plus ambitieux que celui qui le lie actuellement aux autres pays membres du Mercosul. Les Américains eux-mêmes n’y croiraient guère, notamment parce que les marchandises que l’Uruguay souhaite vendre sur le marché américain (viandes et produits laitiers) sont déjà produits, et fortement protégés, aux Etats-Unis. Bush à São Paulo le 9 mars Lors du dernier sommet du Mercosul à Rio de Janeiro en janvier dernier, l’Uruguay s’était déjà montré menaçant pour la cohésion du bloc, tout comme le Paraguay. Les deux pays voisins, considérés comme économiquement «petits» en comparaison des «géants» argentins ou brésiliens, souhaitent pouvoir négocier plus librement des accords commerciaux avec des pays extérieurs, comme le Japon, la Chine ou les USA. Des accords peu compatibles avec les règles du Mercosul. C’est pourquoi les deux pays souhaitent obtenir des compensations financières, une requête régulièrement repoussé, jusqu’ici, par l’Argentine de Kirchner. Si la visite éclair – six heures seulement – de Lula en Uruguay semble avoir temporairement apaisé les frustrations à Montevideo, le sujet risque de revenir sur la table du Mercosul très rapidement. Mais l’important, pour Lula, sera d’abord de bien recevoir le Président américain. L’avenir du marché de l’éthanol est notamment en jeu. Conjointement, les deux pays souhaitent instaurer un cadre technique de référence internationale pour l’éthanol. D’où l’empressement de George W. Bush à débuter son voyage par le Brésil. Rendez-vous est pris avec le président Lula, le 9 mars à São Paulo. Bertrand BLAIS (www.lepetitjournal.com - São Paulo) 1er mars 2007 |