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Les bois de Palermo, et notamment le parc Tres de Febrero, constituent le plus grand jardin public portègne depuis un siècle. C'est le grand architecte et paysagiste français Charles Thays qui les a dessinés, à la demande du président Sarmiento 
Le jardin japonais (photo LPJ)
Sur plus de 80 hectares, les bois de Palermo, qui courent de part et d'autre de l'avenue Libertador, constituent le plus grand espace vert de la capitale. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, cette zone était la campagne d'une Buenos Aires alors réduite à quelques rues du côté de la place de Mai, de San Telmo et La Boca. Les notables s'y faisaient construire une demeure, voire un palais, comme le général Rosas. A l'angle de Sarmiento et Libertador, au début du XIXe, sa maison était si grande et si belle que les Portègnes l'appelaient le petit Versailles. Juan Manuel de Rosas s'était fait aménager une réserve animalière avec des espèces autochtones, des guanacos, des lamas, des nandous, des pumas, et même une lionne qui se promenait en liberté, effrayant les bonnes dames de la haute société. Le jeune acacia signalé par une plaque est un rejeton de l'arbre sous lequel, selon la légende populaire, Manuelita Rosas demandait la clémence paternelle pour des prisonniers politiques. Le président Sarmiento, ennemi juré de Rosas, fait aménager les bois, inaugurés en 1875 sous la présidence de Nicolás Avellaneda. Pour l'occasion, il plante un arbre alors inconnu. C'était un jacaranda, qui fleurit aujourd'hui les bois et rues de la ville. La maison de Rosas sera rasée en 1889 et les animaux confiés au premier zoo de la ville. L'aménagement du parc est confié à l'architecte et paysagiste français Charles Thays. Ce dernier réalise aussi le jardin botanique, inauguré en 1898, avec 5.500 espèces, classées par origine et famille, et cinq jardins d'hiver. La plus grande serre, apportée de France en 1900, après l'Exposition universelle, est un bel exemple de style Art Nouveau. Thays et sa famille vivaient dans l'édifice central, de style anglais. La statue de l'ancien président Sarmiento, à qui l'on doit les grandes vagues migratoires et le développement de l'éducation, trône dans le parc Tres de Febrero. Elles est signée Auguste Rodin, mais, pour l'anecdote, seul le visage représente Sarmiento. Lorsque la commission chargée de commander l'œuvre est arrivée à Paris, la somme proposée au sculpteur français était insuffisante. Rodin a donc proposé de réaliser seulement le visage et de lui attribuer un corps qui traînait dans son atelier! Le socle symbolise Apollon luttant contre le serpent de l'ignorance. A quelques mètres de là, quelques briques découvertes récemment, seuls restes de la demeure de Rosas. Dernier affront, posthume, pour le dictateur : Sarmiento a baptisé le parc Tres de Febrero, en hommage à la bataille de Caseros, qu'Urquiza a remportée sur… Rosas, le 3 février 1852. Des poètes et des roses Au carrefour, le monument aux Espagnols, donné pour le centenaire de la révolution de mai, en 1910. En réalité, son véritable nom est Monumento a la carta magna y las cuatro regiones argentinas. Il a fallu dix-sept ans pour ériger le monument, inauguré en 1927 seulement. La Première Guerre mondiale a retardé sa construction en Espagne, puis la mort du sculpteur Agustín Querol y Subirats. Comble de malchance, le bateau qui l'apporte coule au large de Rio de Janeiro. Il a fallu refaire des copies pour enfin livrer la sculpture en 1927. La figure féminine en son sommet représente la Nation. Le parc Tres de Febrero, c'est aussi la délicieuse roseraie, inaugurée en 1914, qui compte aujourd'hui 15.000 roses, de 1.189 variétés différentes. Elle abrite, dans le jardin des poètes, les bustes de Pirandello, Shakespeare, García Lorca, Borges… à l'ombre des arbres. Et le patio andalou, don de Séville, avec ses fontaines et bancs en azulejos sous les pergolas. Au sud, le parc de Palermo se termine par le jardin japonais, classé par le pays du Soleil Levant parmi l'un des cinq plus importants du monde en dehors du Japon. La paysagiste Yasuo Inomata l'a dessiné en 1977 sur le modèle des jardins zen, avec des espèces importées du Japon, un grand lac artificiel, des îlots reliés par des ponts symbolisant les chemins de la vie. Laurence RIZET. (www.lepetitjournal.com) - lundi 26 mars 2007 Dans la même série, lire aussi: - Le port de tous les espoirs - San Juan et Boedo, carrefour tango |