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HISTOIRES DE QUARTIERS - San Juan et Boedo, carrefour tango Version imprimable Suggérer par mail
mardi 06 mars 2007

Quartier populaire et attaché à son histoire, Boedo fait aujourd'hui partie des circuits touristiques de Buenos Aires. Il cultive ses mythes, nés dans les cafés où s'est illustré le meilleur du tango et dans les ateliers de sculpteurs, journalistes et poètes. Une découverte non pas monumentale mais autour des tables de la Esquina Homero Manzi ou du Café Margot

La Esquina Homero Manzi, au coin de San Juan et Boedo (photo LR/LPJ)

Les amateurs de tango le connaissent bien ce carrefour de San Juan et Boedo, immortalisé par l'une des plus célèbres chansons du genre. Et la ville de Buenos Aires vient de classer dans ses circuits touristiques les 400 mètres de l'avenue Boedo, entre San Juan et Independencia. Elle a même décidé de l'appeler "Tango Bares" en raison du nombre d'établissements qui lui sont consacrés.
Au fameux coin de San Juan et Boedo se trouve Esquina Homero Manzi, un bar construit en 1927 et l'un des plus célèbres dans les années 1940. Les musiciens de l'âge d'or du tango venaient s'y produire. Au début, il s'appelait Café del Aeroplano, puis Nippon, et plus tard encore Canadian. Il a été déclaré site historique national et a pris le nom d'Esquina Homero Manzi en hommage à ce poète, auteur de nombreux tangos, dont Sur: "San Juan y Boedo antigua/todo el cielo"…. On peut lire l'intégralité du texte dans le café, rénové et aggrandi, qui propose aujourd'hui sur une belle scène des concerts et spectacles de danse. Les titres d'autres tangos de Manzi ornent la façade, des photos souvenirs l'intérieur.

Ouvriers, poètes et canailles
Du nom d'un héros de l'indépendance, Boedo est la seule avenue qui baptise un quartier. Celui-ci n'a d'ailleurs été créé en tant que tel qu'en 1972. A l'origine, les fabriques qui jalonnaient ces rues appartenaient à Almagro, San Cristóbal ou Balvanera. Au début du XXe siècle apparaissent des cafés tango, où se retrouvent ouvriers, poètes et canailles.
Le Café Dante (Boedo 745) accueillait les joueurs et supporters du Club San Lorenzo d'Almagro. Le Café La Puñalada (Boedo et Chiclana) recevait les rivaux du club Huracán et le poète Julián Centeya. El Capuchino a disparu, mais pas la mémoire d'Ovidio José Blanquet, dit El Cachafaz, danseur de légende, né au coin de Boedo et Independencia. Le Café Margot offre une belle terrasse, au carrefour de San Ignacio et Boedo, qui a longtemps servi de tribune aux sympathisants du parti socialiste. Le Café Margot offre une belle terrasse, au carrefour de San Ignacio et Boedo, qui a longtemps servi de tribune aux sympathisants du parti socialiste. Le café a signé "un pacte de fraternité" avec un bar de Toulouse, Le Petit Diable, qui organise des soirées tango. L'idée a germé dans la tête d'un poète de Boedo qui vient souvent au Margot et a vécu à Toulouse. Les deux cafés frères prévoient d'échanger des plats, le sandwich de pavita, spécialité de Boedo, contre le cassoulet!
Dans les années 1980, le quartier a accueilli les premières expositions de sculptures en plein air. L'avenue Boedo est aujourd'hui jalonnée de sept œuvres données par les sculpteurs et le carrefour a été baptisé Escultor Francisco Reyes. Le quartier a longtemps cultivé une tradition prolétaire et de culture populaire. José González Castillo, poète, dramaturge et journaliste, avait fondé en 1932 la peña Pacha Camac, où on donnait des cours de peinture ou de musique, et la Universidad Popular de Boedo. Son fils Cátulo Castillo est l'auteur des tangos Organito de la tarde, Café de los Angelitos, etc. Le quartier a fait naître les premiers théâtres indépendants.
Boedo, dépourvu d'espaces verts et traversé par l'autoroute 25 de Mayo, maintient vivace une culture de quartier, entre quelques belles bâtisses anciennes et des immeubles neufs. Ses 52.000 habitants ont même un centre d'études historiques, une confrérie, la Cofradía de la Orden del Lengue, dont le premier grand maître a été le sculpteur Francisco Reyes, des associations en tout genre, et plusieurs sites Internet.
Laurence RIZET. (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) mercredi 7 mars 2007

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