| Ecrit par Betty RUBY,
le 21-02-2007 23:00
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Journaliste de formation, Louis Duvernois est devenu sénateur des Français établis hors de France en septembre 2001. Membre de la commission des affaires culturelles, il évoque ici sa proposition de loi relative à la création de l'établissement public CulturesFrance. Une interview en partenariat avec www.expatries.senat.fr Selon le sénateur Louis Duvernois, CulturesFrance a vocation à devenir un British Council ou un Goethe Institute à la française. (photo Sénat)
- Pourquoi avoir proposé de modifier le statut juridique de CulturesFrance ? - Louis Duvernois : La proposition de loi sur la création de l'établissement public CulturesFrance est la concrétisation d'une des propositions de mon rapport d'information "Pour une nouvelle stratégie de l'action culturelle de la France: de l'exception à l'influence" déposé fin 2004 à la Commission des Affaires culturelles du Sénat. La diplomatie culturelle française a été mise en place juste après la seconde guerre mondiale. Or, en cinquante ans, le monde a changé. Il nous faut maintenant définir nos objectifs en fonction de nos moyens et avec la culture d'évaluation introduite par la loi organique du 1er août 2001 relative aux lois de finances (LOLF). A l'heure actuelle, les actions de l'Etat en faveur du rayonnement de la France à l'étranger sont trop dispersées entre de multiples acteurs dont les missions se recoupent plus ou moins. Il est indispensable de rapprocher leurs missions de manière à optimiser l'action globale menée au nom de l'Etat. A cet égard, CulturesFrance a vocation à devenir un British Council ou un Goethe Institute à la française. Ma proposition de loi a pour objet de transformer CulturesFrance en établissement public industriel et commercial (EPIC), dirigé par un conseil d'administration composé de membres en partie issus du secteur privé. C'est une nouveauté importante dans le type d'actions que l'Etat entend désormais mener à l'international.
- Qu'est-ce que le statut d'EPIC va changer pour CulturesFrance ? - LD : Le statut associatif actuel de CulturesFrance pose problème aux yeux de la Cour des comptes qui a épinglé en décembre dernier un certain nombre de dysfonctionnements. Le statut associatif ne correspond pas en effet aux objectifs d'optimisation, de rentabilité et de contrôle des actions menées par CulturesFrance, notamment au regard de la LOLF. En outre, faute d'adhérents, ce statut ne lui permettait pas de tenir une assemblée générale. Le nouveau cadre juridique d'EPIC lui donnera d'abord et avant tout une légitimité. En outre, le contrôle de l'Etat sera mieux assuré et les missions confiées à CulturesFrance seront menées dans une plus grande transparence. Sur le fond, l'esprit de ma proposition de loi correspond aux attentes des dirigeants de CulturesFrance. Ils considèrent que le nouveau cadre juridique leur permettra de fonctionner de façon plus efficace et leur conférera une plus grande légitimité auprès des organismes et autres acteurs dont ils doivent coordonner les actions.
- Précisément, quels seront ses leviers d'action sur les différents acteurs de la présence culturelle française à l'étranger ? - LD : Le contrat d'objectifs et de moyens signé le 26 janvier dernier entre CulturesFrance et ses tutelles - le ministère des affaires étrangères et le ministère de la culture et de la communication - affirme son autorité sur un réseau de multiples acteurs. Il précise ainsi que l'action culturelle extérieure française "s'appuie sur un réseau culturel et de coopération constitué par les centres et instituts culturels français, les alliances françaises, les établissements d'enseignement et de recherche français à l'étranger, et sur des opérateurs diversifiés tant en France qu'à l'étranger". Travailler en réseau, cela signifie apprendre à travailler avec tous les acteurs, définir des objectifs, coordonner les actions, procéder par incitation. CulturesFrance a pour mission de contribuer à la mise en oeuvre de la politique culturelle internationale de la France. Son action sera la traduction concrète de la stratégie élaborée par le ministère des affaires étrangères et le ministère de la culture et de la communication dans le respect des attributions, des compétences et des spécificités de chaque partie.
- Le statut d'EPIC ne risque-t-il pas de décourager les éventuels mécènes? - LD : Non, bien au contraire. L'autonomie juridique que procurera le statut d'EPIC à CulturesFrance lui permettra précisément de faire appel à des ressources privées en complément de ses ressources, au terme de partenariats qu'il sera autorisé à conclure avec des entreprises, en concordance avec sa mission. Il est plus facile de travailler avec un EPIC, quand on s'appelle Vinci ou Aventis, qu'avec la direction générale d'un ministère. On n'est pas dans le même rapport juridique.
- Vous proposez que CulturesFrance puisse intervenir dans le domaine cinématographique... - LD : Il ne s'agit pas de doublonner les compétences d'Unifrance Films qui a pour objet, sous la tutelle du ministère des affaires étrangères, de promouvoir les films français récents à l'étranger, mais de créer des synergies nouvelles pour valoriser le patrimoine cinématographique français. Le cinéma est en effet devenu un puissant vecteur audiovisuel de notre action culturelle et économique, ce qui n'était pas le cas au sortir de la guerre.
- On a critiqué le fait que CulturesFrance se disperse par rapport à sa mission de promotion de la culture française à l'étranger... - LD : Vous posez là la question de la diversité culturelle qui a fait l'objet d'un soutien intense de la part de la France auprès de l'Unesco, appuyée notamment par le Canada et le Québec. La convention sur la diversité culturelle a été adoptée il y a un an par la totalité des membres de l'UNESCO sauf deux (les Etats-Unis et Israël). Cela signifie que les peuples souscrivent massivement à une idée française. Il serait malvenu qu'étant à l'origine de cette idée, la France ne respecte pas aujourd'hui ses engagements... Porteuse de valeurs humanistes et culturelles, la langue française peut aussi être valorisée à travers d'autres expressions culturelles. Je rentre de Windhoek en Namibie où j'ai inauguré l'école française à l'intérieur du lycée allemand. J'ai été obligé de le faire en anglais. Nous sommes bien sensibles à l'effort que font certains Américains pour s'adresser à nous dans notre langue, je ne vois pas pourquoi les Namibiens ne seraient pas sensibles au fait que je m'adresse à eux dans leur langue, d'autant plus que mon propos est un propos français. Il faut être en conformité avec nos engagements. Tout est une question de respect et de dosage. Il y aura certainement des débats au sein du conseil d'administration de CulturesFrance sur la programmation de l'agence. J'appuierai toute initiative pour que cette programmation soit d'abord et avant tout française et qu'elle reflète aussi notre souhait de porter notre langue sur les cinq continents au travers de ses richesses multiples.
- Cela veut dire promouvoir des artistes francophones et pas seulement français? - LD : Et pourquoi pas ! Il y a de grands artistes francophones. Ils contribuent aussi à la promotion de notre langue. Ce n'est pas le but premier de CulturesFrance de promouvoir des artistes étrangers mais rien ne l'empêche de le faire dans le cadre d'une saison culturelle avec des regards croisés. CulturesFrance a aussi vocation à intervenir sur le territoire national au travers des cultures des autres. Il nous faut apprendre à rester français dans un environnement mondialisé. Mais si nous voulons progresser, il nous faut aussi nous intéresser aux autres… Propos recueillis par Anne Esambert ( www.expatries.senat.fr & www.lepetitjournal.com) 22 février 2007
En savoir plus le site de la représentation parlementaire des Français de l'étranger : www.expatries.senat.fr
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