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Dix ans après la crise financière, le Programme des Nations Unies pour le Développement tire un bilan inchangé sur le développement humain de la Thaïlande. Bon en moyenne, il devient cependant de plus en plus inégalitaire, ce qui n’est pas sans poser de réels problèmes de stabilité et de sécurité Dans son "rapport 2007 sur le Développement Humain", le PNUD affirme que le "miracle thaïlandais" (voir notre encadré) contient des inégalités. Dix ans après la crise de 1997, le PNUD tire des conclusions inchangées et parle, sans oser la nommer, d’une décennie pour rien. Le niveau de développement humain demeure "globalement positif", avec un chômage quasi-inexistant (1.3%), une croissance annuelle des revenus de 5%, un taux de propriété de 75% et une salubrité pour tous. La scolarité croit de 4% par an. La malaria n’est plus un problème, et les nouveaux cas de VIH ont diminué de 80%. Par contre, rien de bien nouveau sur les fronts de l’environnement, de la vie communautaire ou des inégalités. Les femmes, très actives économiquement, sont quasiment absentes de la politique. Les provinces en difficultés Les inégalités régionales croissent chaque année. Le revenu moyen de la province de Sisaket, dans le Nord-Est correspond à 25% de celui de Bangkok ! Un habitant du nord ou du Nord-Est connaît le risque multiplié par 10 de vivre dans la pauvreté par rapport à un résident de la capitale. Ces probabilités en terme de maladie, toujours comparées à Bangkok, atteignent sans surprise 167% pour le nord et 184% pour le nord-est : quand un médecin de Bangkok s’occupe d’un seul patient, son homologue du nord en a trois sur les bras, et celui du nord-est, cinq. Si ces régions recueillent les miettes de la croissance d’autres régressent en termes absolus. Dans le Sud, la pauvreté, égale à celle du Nord-Est en 1990, est maintenant supérieure de 33%. La mortalité infantile a doublé en 7 ans, et la mortalité maternelle est 3 fois supérieure à la moyenne nationale. La scolarisation reste faible et favorise des migrations génératrices de dislocations sociales pourtant déjà suffisamment avérées. La croissance exponentielle des inégalités atteint aujourd’hui un niveau scientifiquement préjudiciable à la paix sociale, et l’incivisme quotidien du Sud pourrait bien faire tâche d’huile. Les autorités peuvent bien bâillonner, exiler, voire écarteler Thaksin, son électorat n’a pas disparu. Y a t’il en ce royaume un homme politique qui aurait l’ambition, ne serait-ce que de faire semblant de se préoccuper de la foultitude des oubliés d’un miracle indéniable ? Quoiqu’il en soit, si le PNUD révèle une triste réalité cachée derrière des moyennes arithmétiques rassurantes, l’institution onusienne se montre plutôt optimiste lorsqu’elle évoque la fameuse « Sufficiency Economy » prônée par le roi de Thaïlande et que le gouvernement actuel essaie tant bien que mal de mettre en pratique. Retrouvez jeudi 1er mars notre article sur la « sufficiency economy ». Voir aussi le site Internet du Pnud Yann-Francois LUCAS (www.lepetitjournal.com Bangkok) 27 février 2007
Un bref historique du miracle thaïlandais Durant la guerre froide, les deux blocs règlent leurs comptes par alliés interposés à la "périphérie". L’Asie du Sud-Est étant gangrenée par le communisme, les héros du "monde libre" assignent à la Thaïlande le rôle de dernier rempart contre l'Union soviétique. Bien fragile rempart pour un état agricole sous-développé, qui fut donc soumis a un "développement à marche forcée" à grands renforts de capitaux et technologies étrangers. L’agriculture de subsistance devient puissance exportatrice, avant que l’industrie ne subisse le même sort, avec des résultats spectaculaires. En 40 ans, la croissance annuelle atteint 8%, le revenu par habitant est multiplié par sept, la pauvreté divisée par six. Miracle sans doute, mais profondément inégalitaire, peu amical avec l’environnement (2/3 de la forêt ont disparu) et pour des communautés fracassées par les migrations rurales (un million de personnes par an dans les années 1990). Le débat sur ces options économiques, initié dès les années 60, investit le politique. Le 8ème plan de 1997 entendait ainsi détrôner la "religion de la croissance" par un développement à "visage humain" favorisant l’éducation, la santé, la protection sociale, la participation des communautés et l’environnement. Hélas, la crise de 1997 a eut tôt fait de mettre au placard de bien louables intentions. |