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Célébration retrace les deux dernières années d'Yves Saint Laurent sur la scène de la mode. Interdit en France, le documentaire montre un créateur fragilisé par 50 ans de création et sa relation avec Pierre Bergé, son compagnon et manager. Rencontre avec le réalisateur, Olivier Meyrou, lauréat du prix Teddy Awards en 2006. Photo. Magali Floris
Vous avez commencé à tourner Célébration il y a presque 10 ans. Le documentaire est toujours interdit en France. Qu’est- ce que cela vous fait de pouvoir enfin présenter votre film à la Berlinale ? C’est un vrai soulagement. Le montage était déjà fini dès 2003. Et c’est un film orphelin: orphelin de distributeur, orphelin de producteur et de public. À cause de ce problème de droit à l’image, c’est un film qui n’a pas d’existence propre, les gens ne sont même pas au courant qu’il existe. C’est vraiment inquiétant pour un réalisateur, c’est comme un enfant, qui du coup a un destin très particulier. L’idée avec la Berlinale, c’est de faire exister le film, même s’il ne sera pas diffusé partout, et de laisser une trace en attendant des jours meilleurs. Olivier Meyrou, êtes-vous déçu du refus d’Yves Saint Laurent et de son compagnon Pierre Bergé de donner leur droit à l’image pour votre documentaire ? Oui je suis déçu, en plus je pense que le film va dans leur sens, il renforce le mythe Saint Laurent et le poids de la création sur l’artiste. En quelque sorte, le documentaire remet Saint Laurent dans le rôle de l’artiste et pas seulement du designer. Déçu, oui, parce que le film a été fait en empathie avec eux. C’est douloureux d’être refusé par les protagonistes, on s’interroge. Ils font partie des gens de la mode qui ont entièrement bâti leur contrôle de l'image, à l'instar de Karl Lagerfeld. Saint Laurent et Bergé ont dû se sentir dépossédés en voyant le film et cela a dû être intolérable. Lagerfeld, justement, est sujet d’un documentaire de Rodolphe Marconi, sélectionné comme Célébration au concours Panorama. Selon vous, dans quelle mesure peut-on mettre en relation Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld ? Sur beaucoup de points. D’abord, ils ont commencé ensemble, ils ont gagné le même concours de mode dans les années 50. Ils ont vraiment été très proches, très amis. Et quand Lagerfeld a vu Célébration, il a beaucoup aimé, et il m’a dit "Vous savez, Yves Saint Laurent n’a pas toujours été comme ça, ce garçon était drôle". Célébration montre qu’YSL, est un aigle à deux têtes: Yves Saint Laurent sans Pierre Bergé, ça ne fonctionne pas, et vice versa, alors que Lagerfeld a réussi à combiner les deux lui-même, c'est-à-dire qu’il est à la fois manager et créateur. Sinon, les deux ont été suffisamment immodestes pour envisager l’éternité et durablement dans l’histoire de la mode. Mais les deux ont trouvé une réponse diamétralement opposée. Propos recueillis par Magali FLORIS. (www.lepetitjournal.com - Berlin) - vendredi 16 février 2007. Olivier Meyrou a reçu le prix Teddy Awards à la Berlinale 2006 pour son documentaire Au delà de la haine Projections à la Berlinale : Vendredi 16.02 ,12h au Ciné Star 7 Dimanche 18.02, 17h30 Cubix 7 |