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Envoyé spécial du quotidien Il Giornale et professeur à l’université de la Suisse italienne à Lugano, Marcello Foa couvre la campagne présidentielle française. Selon lui, deux nouveaux acteurs s’affirment : François Bayrou et Internet
Quelles sont vos impressions à votre retour de Paris ? La semaine dernière, j’ai senti une société beaucoup moins tendue que pendant la crise des banlieues ou du CPE. Sarkozy a monté dans les sondages et Bayrou s’affirme comme la vraie nouveauté dans le paysage politique français.
Quel est votre pronostic ? Si Ségolène et Sarkozy passent le premier tour, Nicolas Sarkozy devrait gagner car il a une identité forte, alors que Ségolène Royal n’arrive pas à sortir de son image bourgeoise. Si Bayrou arrive au deuxième tour, que ce soit contre Sarkozy ou Ségolène, il pourrait très bien gagner car il est plus fédérateur. Ce serait surprenant, mais c’est possible.
Ce ne sera donc pas Le Pen au deuxième tour ? Non, je ne crois pas. En 2002, sa force était d’être face à un Chirac qui ne faisait pas une campagne de droite. Sarkozy cherche à rassurer les électeurs sur de nombreux thèmes importants aux yeux de Le Pen: la délinquance, l’immigration…
Quelles sont les nouveautés de cette campagne ? On utilise beaucoup Internet avec par exemple des blogueurs qui placent leurs opinions sur la toile. Internet permet de s’approcher des citoyens mais cela représente aussi un risque de propagande non déclarée, dont les internautes ne sont pas encore vraiment conscients. Internet influence aussi la télévision. Sarkozy a répondu à 100 citoyens représentatifs du pays, dont les questions touchaient leur quotidien. Cela n’élève pas le débat.
Si vous participiez à un débat, quelles questions poseriez-vous aux différents candidats ? À Ségolène Royal: Comment faire pour créer la richesse dans le pays ? Il faut créer avant de pouvoir redistribuer. À Nicolas Sarkozy: Je le questionnerais sur le libéralisme, son discours m’apparaissant proche de Bush ou Blair, sans trop l’annoncer. À François Bayrou: J’orienterais mes questions sur son projet de société. Il joue la carte de l’homme modéré et rassurant. C’est une bonne tactique mais il faut aussi proposer des idées pour faire évoluer la société. À Jean-Marie Le Pen: Je ne poserais pas de question sur l’immigration, c’est trop facile… Je m’intéresserais au rôle de la France en Europe. Aux autres candidats de gauche: Je leur demanderais si leur candidature est vraiment dans leur intérêt. J’ai l’impression qu’il s’agit plutôt d’un show personnel !
Les Italiens connaissent-ils tous les candidats ? Pour l’instant, l’opinion publique italienne connaît surtout Sarkozy et Ségolène. Mais la campagne française va de plus en plus intéresser les Italiens car les deux pays rencontrent les mêmes problèmes de fond. Propos recueillis par Corentine GASQUET. (www.lepetitjournal.com - Milan) vendredi 16 février 2007
Information et manipulation Marcello Foa est auteur de Gli stregoni della notizia. Da Kennedy alla guerra in Iraq: come si fabbrica informazione al servizio dei governi, Marcello Foa, Guerini e Associati, 2006 Après une enquête poussée, il montre que les sociétés anglo-saxonnes, et de plus en plus les sociétés européennes, sont influencées par les "spin doctors", les experts en communication. Dans son livre, Marcello Foa détaille des techniques comme celle du faux scoop, par exemple sur les armes de destruction massive ou sur la cachette de Sadam Hussein. Des techniques de manipulation dont les journalistes ne sont pas suffisamment conscients. |