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A trois mois de l'élection présidentielle française, l’étau se resserre sur les candidats. Afin de mieux comprendre les enjeux, l’Institut français de Barcelone a invité le journaliste espagnol Rafael Jorba, le publicitaire Joan Campmany et le directeur de l’institut de sondages Ipsos, Pierre Giacometti. Dans un décor de terrasse de café, le public a pu suivre la conversation en intime, un peu comme lorsqu'on écoute aux portes. Morceaux choisis
Décor : deux tables, quatre chaises en fer, un parasol et un chauffage de terrasse Dans le fond, un écran où l’on projette des scènes de rue.
Pierre Giacometti, directeur d’Ipsos : Grande première, deux candidats se détachent clairement, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Ils ne se sont jamais présentés et ils restent fortement plébiscités par les militants de leurs partis. La cause, des sondages qui disent "c'est eux".
Rafael Jorba, ex correspondant de La Vanguardia à Paris : En somme, les militants ont voté utile d’emblée.
Joan Campmany, directeur général de l’agence DDB Espagne : Oui, mais ils ne sont pas si neufs, tes candidats ! Ils ont tous deux plus de cinquante ans. Zapatero en a 47 !
P.G : La France est une République où les marches se gravissent très lentement. Dans la culture politique française, tu dois attendre. Ces deux-là ont déjà une longue carrière derrière eux.
J.C : Alors, pourquoi Ségolène ?
P.G : En bon publicitaire, tu dois le savoir ! La raison numéro un : c’est une femme. C’est imparable ! Dans une société machiste et en crise comme la nôtre, elle plaît aux femmes, et comme les hommes ne sont pas insensibles aux femmes…
J.C : Le problème de Ségolène, c'est sa croissance trop rapide. En général ça retombe aussi vite !
P.G : La campagne dure depuis déjà quatre mois, et rien n’a changé. C’est maintenant que ça va se jouer. C’est comme en foot : tu peux être très bon pendant les qualifications, mais après tu entres en compétition et tu es confronté aux autres.
J.C : Avec quelle exactitude les sondages peuvent prédire les résultats ?
P.G : Ils se trompent souvent. Le traumatisme de 2002 est encore très présent. Personne n’avait perçu la montée de Jean-Marie Le Pen. J’avais participé à un débat à Sciences-Po Paris, au lendemain de la défaite du PS. Un étudiant s’était levé et m’avait accusé d’être responsable de son abstention. Ce à quoi j’avais répondu : "Vous demandez aux sondages de dire aux citoyens s’il faut aller voter ou non ?" Propos recueillis par Claire ROQUIGNY (www.lepetitjournal.com – Barcelone) lundi 5 fevrier 2007 |