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TEMOIGNAGE - Les exactions de la Securitate noir sur blanc Version imprimable Suggérer par mail
mercredi 31 janvier 2007
Si les Roumains se pressent aujourd’hui à l’exposition sur le communisme du musée national d’Histoire de Bucarest, peu d’entre eux ont consulté les archives de la Securitate, l’ancienne police politique de Nicolae Ceausescu. Alexandru Dumitrescu, ancien lieutenant colonel victime des pressions du régime, se bat pour que son "dossier" apparaisse au grand jour

La liste des officiels et institutions que M. Dumitrescu a sollicités, du ministère de la Défense à celui de la Justice, sans résultat. (Photo : LPJ)

Installé dans une pièce de l’Institut de recherche des crimes du communisme de Bucarest, Alexandru Dumitrescu, 80 ans, est resté svelte et vif d’esprit, même si un accident cérébral a paralysé la partie droite de son visage. C’est arrivé après qu’il ait quitté le service chargé des transmissions radio où il a travaillé de 1964 à 1976. Témoin de malversations au sein de l’armée, il est alors accusé par ses supérieurs et la Securitate d’agir contre le régime. “Ils m’ont forcé à dire que je faisais de la propagande contre l’Etat, ils m’ont poussé à bout (…) Leur filature a duré des années”, affirme la voix tremblante de l’ancien lieutenant colonel.  De 1977 à 1978, Alexandru Dumitrescu a été interné, victime de cet accident cérébral conséquence des pressions psychologiques exercées par la police politique.
Des informateurs méticuleux
Les filatures, les interrogatoires, les visites à domicile, M. Dumitrescu sait que la Securitate a tout enregistré et classé. Grâce à la mise en place en 1999 du Conseil national des archives de la Securitate (CNSAS), il a pu retrouver une partie de son dossier. A plusieurs endroits, la filature y est méticuleusement rapportée par les informateurs : "M. Dumitrescu est sorti de son domicile à telle heure, il est allé à tel endroit, etc…" Certains des extraits sont surprenants. "Sur un document il est stipulé que j’ai été le chef de file d’une organisation d’autistes révolutionnaires! (…) J’ai même découvert une lettre officielle du ministère de l’Intérieur affirmant que je suis toujours poursuivi pour activisme contre l’Etat, et elle date de 1996!”, s’insurge-t-il.
Un dossier incomplet
L’homme est amer car il lui manque des preuves. Mis au banc de l’armée après les accusations, sa retraite est aujourd’hui modique. Il est d’ailleurs actuellement en procès contre le ministère de la Défense. D’après Nicolae Videnie, historien à l’Institut national d’Histoire récente "Alexandru Dumitrescu veut faire la lumière sur les délations dont il a été la victime (…) Mais la plupart des Roumains ont peur de trouver quelque chose qui pourraient les mettre en cause, eux ou des membres de leur famille".
L.C. (www.lepetitjournal.com) 1er février 2007
 
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