| Ecrit par Herve HEYRAUD,
le 17-01-2007 23:01
|
|
Cette rubrique est présentée avec notre partenaire  John Browne, l'emblématique directeur général de BP depuis douze ans, sera remplacé en juillet par Tony Hayward, le responsable de l'exploration production qui aura pour tâche de rétablir la confiance, après les crises techniques successives ayant affecté le géant pétrolier depuis près de deux ans Explosion meurtrière d'une raffinerie au Texas, corrosion massive gangrenant le site de Prudhoe Bay en Alaska, retards pour relancer la production sur la plate-forme de Thunder Horse, dans le golfe du Mexique : cette succession impitoyable de drames et de camouflets techniques qui se sont enchaînés depuis mars 2005 a fini par avoir raison de John Browne, l'emblématique directeur général de BP depuis douze ans. "Le plus grand homme d'affaires de sa génération", comme l'a salué son président, Peter Suntherland, va quitter à la fin juillet la compagnie pétrolière britannique, avec un chèque de 3,3 millions de livres (4,93 millions d'euros), selon le Financial Times. Il sera remplacé par Tony Hayward, quarante-neuf ans, le très légitime patron de l'exploration-production. Déjà, l'été dernier, la crise avait couvé au sein du conseil d'administration. John Browne avait alors dû annoncer qu'il céderait sa place en février 2008, le mois de ses soixante ans. Mais ce calendrier a été infirmé, vendredi, à la surprise générale. Ce n'est pas une coïncidence si doit être publié cette semaine un rapport très critique émanant d'un comité d'experts indépendants, piloté par l'ex-secrétaire d'Etat américain James Baker et commandité après l'accident du Texas. Les conclusions mettraient en cause le management du groupe britannique, jusqu'au plus haut niveau, pour sa gestion défaillante des procédures de sécurité. Selon le Sunday Times, ce brûlot pourrait même provoquer d'autres départs, comme celui de John Manzoni, le patron du raffinage. Alors que la pression des actionnaires, mécontents de l'évolution du cours de Bourse, s'accentuait ces derniers mois, le malaise interne chez BP était palpable, en décembre, avec la retranscription de propos acerbes tenus par... Tony Hayward : "Nous avons un style de leadership qui est trop directif. En haut de l'entreprise, on n'écoute pas suffisamment ce qui se dit en bas", avait déclaré le favori à la course à la succession, lors d'une réunion interne à Houston. Même si c'est l'accident au Texas ou les problèmes de corrosion qui ont contraint le groupe à arrêter, en août dernier, la moitié de sa production sur le site de Prudhoe Bay, les ennuis de BP n'en semblent pas moins liés à une insuffisance des investissements et des frais de maintenance conduits dans les années 1990, lorsque le baril de pétrole était très bas. La fin d'une épopée Les difficultés de ces deux dernières années sont venues ternir la fin d'une épopée de douze ans, pendant laquelle "le Roi-Soleil" - le surnom de John Browne - a transformé BP en l'une des compagnies pétrolières mondiales les plus performantes. Sous son règne, « la capitalisation boursière a été multipliée par 5 à 104,5 milliards de livres, et les bénéfices portés à 22,3 milliards, tandis que le cours de Bourse progressait de 250 % et le bénéfice par action grimpait de plus de 600 % », souligne un communiqué du groupe. Le directeur général sortant avait fait toute sa carrière chez BP, avant d'en prendre la tête en juillet 1995. A coups de 131 milliards de dollars d'acquisitions, dont la plupart menées à une période où le baril ne décollait pas des 10 dollars, le visionnaire avait porté la compagnie à la seconde place mondiale. Le rachat, en 1998, de l'américain Amoco avait provoqué une vaste consolidation au sein de l'industrie pétrolière. En 1999, il avait récidivé en mettant la main sur l'américain Arco. Surtout, en juin 2003, John Browne avait été le premier Occidental à investir massivement en Russie, avec la création du joint-venture TNK-BP, aujourd'hui menacé par les ambitions du Kremlin. ISABELLE CHAPERON de notre partenaire www.lesechos.fr - 18 janvier 2007
|