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Une femme à Berlin, journal d’une jeune femme dans le Berlin du printemps 1945, vient d’être traduit en français et publié aux éditions Gallimard. Un témoignage poignant sur une période trouble de l’histoire de la ville 
Nulle autre ville en Europe n'entretient comme Berlin la nostalgie de ses murs. Pas seulement LE mur, mais tous les murs, les criblés, les bombardés, les effondrés, ceux qui ont laissé la place à des trous béants. S’agit-il d’espaces vides ? Non. Ce sont les espaces du souvenir. Dans chaque kiosque, des cartes postales du Berlin des années 30 émaillent l’inconscient collectif et entretiennent la mélancolie du Berlin "d’avant", celui où ces murs étaient encore debout. Il est cependant des murs qui ne tombent pas, et des souvenirs de guerre qu’on préfère ne pas se remémorer. Des pages de l’histoire de la ville trop intimes, trop gênantes, trop honteuses pour être exposées au grand jour. Celles qui en entretiennent la mémoire sont de toute façon fortes et discrètes, ce qu’elles ont vécu ne figurera pas dans les récits de guerre. L’auteur d’Une femme à Berlin est restée anonyme. Elle raconte son quotidien au printemps 1945, sous les bombardements, puis sous l’occupation de l’Armée Rouge. Le récit sera pour la première fois publié aux Etats-Unis en 1954, cinq ans plus tard en Allemagne. Comme le souligne Hans Magnus Enzensberger, intellectuel allemand qui présente l’ouvrage, il était trop difficile d’évoquer publiquement cet épisode de la guerre durant lequel, selon les estimations, "plus de cent mille Berlinoises furent victimes de viols". Analyse d’un traumatisme collectif L’auteur du journal n’entend d’ailleurs pas faire un récit historique. Elle écrit pour rester active, pour se libérer, pour survivre. De manière saisissante, elle décrit le quotidiens des civils soumis à la faim, à la lutte pour la survie dans les ruines, à la violence. Elle évoque la cohabitation avec les Russes, l’intimité forcée, les arrangements, les solidarités entre femmes dont le traumatisme devient collectif et se mêle à celui de toute l’Allemagne réduite à néant. Le récit, poignant, laisse filtrer des réflexions incroyablement lucides sur l'après-guerre, il est un document inestimable sur la vie des civils et notamment des femmes dans une des périodes les plus troubles de l’histoire de l’Allemagne. Cécile Boutelet. LPJ Berlin. www.lepetitjournal.com. jeudi 18 janvier 2007 Une femme à Berlin. Anonyme. Journal. 20 avril-22 juin 1945. Traduction Françoise Wuilmart. Editions Gallimard. Collection Témoins. 2006. 260p. Prix éditeur: 23€. |