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Le
Centre culturel Recoleta propose une émouvante exposition sur les
intellectuels républicains catalans réfugiés en France en 1939. Ils
seront parqués dans des camps dans le Sud d'un pays qui plonge bientôt
dans la Seconde Guerre mondiale, avant de reprendre le chemin de
l'exil, cette fois vers l'Amérique du Nord et du Sud, jusqu'à Buenos
Aires. (Photo LPJ)
Janvier
1939, les troupes de Franco sont aux portes de Barcelone. La plupart
des intellectuels engagés dans la cause républicaine choisissent le
chemin de l'exil. C'est l'histoire de cette longue errance qu'a choisi
de raconter le Centre culturel Recoleta avec l'exposition Literaturas del exilio
et par le biais de panneaux explicatifs en espagnol, catalan et
anglais, de photos et vidéos, de documents d'archives, de cartes et
souvenirs. "Des milliers de soldats et de réfugiés espagnols entrent en France", titre L'Indépendant des Pyrénées-Orientales. "270.000 réfugiés. 140.000 arrivés, 130.000 attendus", précise Paris-Soir.
L'ampleur de l'exode par les postes frontière du Perthus, de Prats de
Molló, de Cerbère ou de Port Bou prend au dépourvu une France encore
libre et accueillante. Dans les villages pyrénéens, des Français s'en
souviennent et racontent les images terribles de ces hommes et femmes
partis en hâte et sans ressource. Des points d'accueil sont improvisés
pour répartir les réfugiés, civils et militaires, dans des camps. Des
"camps de concentration", un chapitre de l'histoire souvent "oublié" en
France. Les photos, les témoignages sont là pour rappeler les
conditions effroyables dans lesquelles ces réfugiés sont "accueillis",
entassés et enfermés dans des camps entourés de barbelés à Agde,
Argelès-sur-mer, Rivesaltes, Le Barcarès… Manque d'eau potable, froid,
violence des gardes mais solidarité dans la promiscuité des
baraquements construits en hâte. "Imaginez
ces pauvres gens qui arrivent, après une guerre civile, dans un pays
ami et se retrouvent parqués sur des plages, dans des camps,
maltraités, frappés parfois", dit un homme qui a participé à la construction des baraquements. Quelques
professeurs, artistes, scientifiques trouvent meilleur accueil auprès
de leurs collègues des universités de Toulouse ou Montpellier. D'autres
ont réussi à gagner la région parisienne où ils trouvent refuge à
Boissy-la-Rivière et Roissy-en-Brie. A Paris non plus, la vie n'est pas
celle qu'ils avaient rêvée. En 1940, l'avancée allemande met l'armée
française en déroute, la population prend elle aussi le chemin de
l'exode, Pétain signe l'armistice, la moitié de la France est occupée. L'Amérique, terres de renaissance Les
Républicains se cachent à Paris ou à Londres mais beaucoup cherchent à
gagner l'Amérique. De Marseille, Saint-Nazaire, La Rochelle, Bordeaux,
ils embarquent pour New York, Veracruz, La Havane, Caracas, Valparaíso,
Montevideo et Buenos Aires. Mexico, alors en pleine expansion, leur
permet de bien s'intégrer. Au Chili, Pablo Neruda leur offre son aide.
De son côté, le gouvernement argentin ne les accueille pas à bras
ouverts et ils n'arrivent qu'au compte-gouttes à Buenos Aires. Mais les
écrivains, éditeurs, acteurs et architectes qui s'y installent trouvent
un environnement intellectuel favorable pour continuer et développer
leurs activités. Antoni Bonet Castellana rencontre de jeunes
architectes avec qui il fonde le Grupo Austral. Il créera notamment la
maison d'artistes à l'angle des rues Suipacha et Paraguay ou le Terraza
Palace de Mar del Plata. La comédienne Margarida Xirgu, célèbre en
Espagne pour son interprétation des œuvres de García Lorca (assassiné
par les franquistes en 1936), poursuit sa carrière. L'éditeur Antoni
López Llausas, en exil à Paris, est appelé à la rescousse par la jeune
maison d'édition Sudamericana, en faillite. Joan Merli Pahissa,
marchand d'art et éditeur de revues influent dans la Barcelone des
années 1930, crée à Buenos Aires la maison d'édition Poseidón et publie
notamment la Vida secreta de Salvador Dalí
et les œuvres de Le Corbusier. Malgré ces réussites, le "groupe des
Catalans" rêve d'un retour dans une Espagne sans Franco. Sa longévité
au pouvoir (jusqu'à sa mort en 1975) empêchera beaucoup de ces exilés
de revoir leur terre natale. Laurence RIZET. (www.lepetitjournal.com) - Lundi 8 janvier 2007 Literaturas del exilio, du mardi au vendredi de 14h à 21h, samedi, dimanche et fêtes de 10h à 21h, jusqu'au 11 février au Centro cultural Recoleta
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