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EXPO - Barcelone-Paris-Buenos Aires, billet pour l'exil Version imprimable Suggérer par mail
dimanche 07 janvier 2007

Le Centre culturel Recoleta propose une émouvante exposition sur les intellectuels républicains catalans réfugiés en France en 1939. Ils seront parqués dans des camps dans le Sud d'un pays qui plonge bientôt dans la Seconde Guerre mondiale, avant de reprendre le chemin de l'exil, cette fois vers l'Amérique du Nord et du Sud, jusqu'à Buenos Aires.

(Photo LPJ)

Janvier 1939, les troupes de Franco sont aux portes de Barcelone. La plupart des intellectuels engagés dans la cause républicaine choisissent le chemin de l'exil. C'est l'histoire de cette longue errance qu'a choisi de raconter le Centre culturel Recoleta avec l'exposition Literaturas del exilio et par le biais de panneaux explicatifs en espagnol, catalan et anglais, de photos et vidéos, de documents d'archives, de cartes et souvenirs.
"Des milliers de soldats et de réfugiés espagnols entrent en France", titre L'Indépendant des Pyrénées-Orientales. "270.000 réfugiés. 140.000 arrivés, 130.000 attendus", précise Paris-Soir. L'ampleur de l'exode par les postes frontière du Perthus, de Prats de Molló, de Cerbère ou de Port Bou prend au dépourvu une France encore libre et accueillante. Dans les villages pyrénéens, des Français s'en souviennent et racontent les images terribles de ces hommes et femmes partis en hâte et sans ressource. Des points d'accueil sont improvisés pour répartir les réfugiés, civils et militaires, dans des camps. Des "camps de concentration", un chapitre de l'histoire souvent "oublié" en France. Les photos, les témoignages sont là pour rappeler les conditions effroyables dans lesquelles ces réfugiés sont "accueillis", entassés et enfermés dans des camps entourés de barbelés à Agde, Argelès-sur-mer, Rivesaltes, Le Barcarès… Manque d'eau potable, froid, violence des gardes mais solidarité dans la promiscuité des baraquements construits en hâte. "Imaginez ces pauvres gens qui arrivent, après une guerre civile, dans un pays ami et se retrouvent parqués sur des plages, dans des camps, maltraités, frappés parfois", dit un homme qui a participé à la construction des baraquements.
Quelques professeurs, artistes, scientifiques trouvent meilleur accueil auprès de leurs collègues des universités de Toulouse ou Montpellier. D'autres ont réussi à gagner la région parisienne où ils trouvent refuge à Boissy-la-Rivière et Roissy-en-Brie. A Paris non plus, la vie n'est pas celle qu'ils avaient rêvée. En 1940, l'avancée allemande met l'armée française en déroute, la population prend elle aussi le chemin de l'exode, Pétain signe l'armistice, la moitié de la France est occupée.
L'Amérique, terres de renaissance
Les Républicains se cachent à Paris ou à Londres mais beaucoup cherchent à gagner l'Amérique. De Marseille, Saint-Nazaire, La Rochelle, Bordeaux, ils embarquent pour New York, Veracruz, La Havane, Caracas, Valparaíso, Montevideo et Buenos Aires. Mexico, alors en pleine expansion, leur permet de bien s'intégrer. Au Chili, Pablo Neruda leur offre son aide. De son côté, le gouvernement argentin ne les accueille pas à bras ouverts et ils n'arrivent qu'au compte-gouttes à Buenos Aires. Mais les écrivains, éditeurs, acteurs et architectes qui s'y installent trouvent un environnement intellectuel favorable pour continuer et développer leurs activités. Antoni Bonet Castellana rencontre de jeunes architectes avec qui il fonde le Grupo Austral. Il créera notamment la maison d'artistes à l'angle des rues Suipacha et Paraguay ou le Terraza Palace de Mar del Plata. La comédienne Margarida Xirgu, célèbre en Espagne pour son interprétation des œuvres de García Lorca (assassiné par les franquistes en 1936), poursuit sa carrière. L'éditeur Antoni López Llausas, en exil à Paris, est appelé à la rescousse par la jeune maison d'édition Sudamericana, en faillite. Joan Merli Pahissa, marchand d'art et éditeur de revues influent dans la Barcelone des années 1930, crée à Buenos Aires la maison d'édition Poseidón et publie notamment la Vida secreta de Salvador Dalí et les œuvres de Le Corbusier. Malgré ces réussites, le "groupe des Catalans" rêve d'un retour dans une Espagne sans Franco. Sa longévité au pouvoir (jusqu'à sa mort en 1975) empêchera beaucoup de ces exilés de revoir leur terre natale.
Laurence RIZET. (www.lepetitjournal.com) - Lundi 8 janvier 2007

Literaturas del exilio, du mardi au vendredi de 14h à 21h, samedi, dimanche et fêtes de 10h à 21h, jusqu'au 11 février au Centro cultural Recoleta
 
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