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La
capitale de la province de Buenos Aires est l'une des rares villes
pensées et bâties entièrement en quelques années à partir d'un projet
de cité idéale, à la fin du XIXe siècle. Balade sur l'axe monumental de
La Plata, de la splendide cathédrale néogothique au grand Paseo del
Bosque et ses dinosaures La cathédrale de La Plata (photo LR/LPJ)
La
Plata, Jules Verne l'a imaginée, Pierre Benoit l'a dessinée, Dardo
Rocha l'a fondée. La légende locale aime s'identifier à la France-Ville
de l'écrivain français, une cité idéale construite par le docteur
Sarrazin dans les Cinq cents millions de la Bégum.
Trois ans après la sortie du roman de Jules Verne, le gouverneur Dardo
Rocha fonde en 1882 la capitale de la province de Buenos Aires, une
ville créée ex nihilo comme
un modèle de planification urbanistique : un carré parfait avec des
diagonales reliant les parcs et les places toutes les six cuadras, 12
mètres carrés d'espace vert par habitant, un axe monumental entre la
plaza Moreno, où a été posée la première pierre, et la plaza Rivadavia,
qui s'ouvre sur le Paseo del Bosque, le poumon vert de la ville. La
Plata, c'est la ville des diagonales et des tilleuls, disent ses
habitants. On aime s'y promener en cette saison, à l'ombre des arbres
en fleurs, dont le parfum aide à oublier la pollution urbaine. La
richesse des seuls monuments du centre mérite bien une escapade d'au
moins une journée. La cathédrale néogothique, sur la plaza Moreno,
s'impose immédiatement au regard, avec ses flèches de près de 112
mètres, terminées depuis 1999 seulement. 120 mètres de long sur 76,
7.000 mètres carrés, une capacité pour 14.000 personnes… il s'agit de
la plus grande église néogothique d'Amérique du Sud, inaugurée
officiellement sans être achevée en 1932. Pierre Benoit (encore lui)
l'a dessinée en s'inspirant des cathédrales d'Amiens et de Cologne.
Construite en briques, elle abrite de superbes vitraux bien mis en
valeur dans la blanche et élégante nef. Une esplanade et quelque
tilleuls plus loin, le Palacio Municipal est l'un des plus beaux
bâtiments de la ville. De style renaissance allemand, cette "maison
blanche" accueille un espace culturel qui permet de jeter un œil à
l'intérieur. L'histoire trouble du théâtre L'axe
"civique" nous conduit ensuite au Teatro Argentino, un octogone de
béton qui n'a pas fini de soulever les critiques des Platenses. A
comparer ce bloc sans grâce à la maquette de l'ancien théâtre de style
néoclassique italien, entouré d'un "jardin de la paix" où les pays du
monde étaient représentés par leur drapeau et leur arbre ou fleur
nationaux, on comprend les regrets des amoureux de la ville. Mais c'est
surtout l'histoire de sa destruction qui reste non élucidée. En 1977,
un feu se déclare alors que le ballet est en répétition. Selon la
version officielle du gouvernement militaire, c'est un court-circuit
accidentel. Le feu se propage rapidement, les pompiers tardent à
intervenir et une bonne partie du bâtiment part en fumée. On est au
début de la dictature et les étudiants, très nombreux dans cette ville
universitaire et très contestataires, fréquentent beaucoup le théâtre.
Aucune enquête n'a été rouverte depuis pour confirmer ou infirmer la
thèse d'une "disparition" volontaire de ce symbole de culture et de
liberté. Plutôt que de préserver la partie intacte, le gouvernement
militaire décide de raser le bâtiment et d'en reconstruire un nouveau.
Les travaux ont commencé en 1980 et ne sont toujours pas achevés. Le
nouveau Teatro Argentino a été inauguré en 1999 et compte une salle
lyrique présentée comme la meilleure après celle du Colón à Buenos
Aires, une salle de théâtre circulaire presque terminée, une salle de
concerts plus modeste. Comme le Colón, l'Argentino dispose de ses
propres ateliers de fabrication des décors et costumes et d'un corps
artistique permanent. La salle lyrique, toute en bois, est beaucoup
plus chaleureuse que l'architecture du bâtiment pourrait le laisser
penser. Des spectacles de qualité y sont montés et des transferts en
bus sont même organisés pour que les Portègnes puissent y assister. Dans le parc avec les dinosaures En
arrivant au Paseo del Bosque, les amateurs d'architecture feront étape
à la casa Curuchet, unique projet réalisé de Le Corbusier en Amérique
(maison ouverte à la visite en semaine de 10h à 14h30, av. 53 entre 1
et 2). On peut faire une pause dans le grand parc Paseo del Bosque
avant une visite au musée de Sciences naturelles (fermé le lundi). Les
brochures touristiques le présentent comme l'un des plus importants au
monde; peut-être pas en ce moment avec la fermeture pour restauration
de la salle d'anthropologie et ses momies. Le rez-de-chaussée a déjà
été modernisé et retrace l'histoire de l'évolution avec, notamment,
plusieurs salles de paléontologie qui permettent de faire connaissance
avec les ancêtres des mammifères argentins, disparus il y a onze mille
ans : le glyptodon, le titanosaure, le paresseux géant,
l'esmilodonte... A l'étage, une remarquable collection de céramiques
précolombiennes de la zone andine. La Plata (600.000 habitants) a
encore beaucoup d'autres points d'intérêt, plusieurs musées et même un
parc d'attraction pour enfants à la périphérie (la república de los
niños). L'office du tourisme se trouve au milieu de l'axe monumental,
dans le Pasaje Dardo Rocha, rues 49-50 entre 6 et 7. Pour s'y rendre de
Buenos Aires, un train part au moins deux fois par heure de la gare
Constitución et des bus de toutes les gares. Le trajet de 56 km dure
1h15/1h30 et ne coûte que quelques pesos. Laurence RIZET. (www.lepetitjournal.com) Jeudi 14 décembre 2006 Pour en savoir plus: - Le site de la municipalité - Le portail touristique Visiting Argentina - Le site du Teatro Argentino |