En saccageant la montée des marches, Canal+ donne à Blanche Baudouin des envies de meurtre. Alors que tout se passait dans les escaliers, seul Johnny, assis à côté de Denisot, était à l’écran
Pour Blanche, voir Denisot à Cannes, c'est comme voir un match de foot sans les buts. (Photo : AFP)
Chaque année, je me fais une joie de participer à la montée des marches via mon fauteuil. L’ouverture du Festival de Cannes marque pour moi le retour de la saison de la pique glamour. Je me réjouis à l’avance des pronostics sur qui sourira, qui pas, qui se prendra les pieds dans le tapis rouge, qui sera bourré ou boudeur… Des petites choses futiles, soit, mais essentielles à ma nature.
Cette fois-ci pourtant, parce que Canal+ m’a volé ma montée, me voilà d’une humeur de chien. On n’a eu droit qu’à deux trois flashs du bas des escaliers. Tout juste le temps d’apercevoir Laetitia Casta en blanc, Catherine Deneuve en violet grossissant, Carole Bouquet en vert accrochée au ministre de la Culture, et les deux Charlotte -Gainsbourg et Rampling- du Lemming en noir et blanc.
Pour voir l’arrivée du jury, il a fallu zapper sur les JT de France2 ou TF1. Bien la peine de se coller devant le poste à 19h. Quant aux immenses photos de Florence Aubenas, Hussein Hanoun et Ingrid Betancourt, soi-disant disposées à l’entrée du festival, aucun cameraman de Canal n’a daigné les montrer…
Rendez-nous les marches
Au lieu de nous faire partager la vie des escaliers, Canal, sur son grand plateau en direct de la Croisette, nous servait un Johnny Hallyday linguiste émérite (il a expliqué la différence entre acteur et comédien), un Edouard Baer fatigué, et l’équipe habituelle du Grand Journal dont, franchement hier soir, on n’avait rien à faire. Et dire que Michel Denisot avait l’air content de lui !
C’est un peu comme si lors d’une retransmission de match de foot, on se tapait la tronche à Stéphane Bern pendant les buts et les ralentis qui suivent. De quoi devenir dingue, non ?
Entre deux tunnels de pubs, la retransmission de la cérémonie à proprement parler n’a, elle, pas été tronquée. C’est déjà ça. Mais, ni la grâce ni l’humour de la délicieuse Cécile de France ne me feront digérer le saccage des marches.
En cette nouvelle saison du glamour, je n’ai donc qu’une malheureuse pique à me mettre sous la dent : Denisot, tu es de trop.
Blanche BAUDOUIN. (LPJ) 12 mai 2005
CANNES EN BREF
La composition du jury 2005
— Président : Emir Kusturica, 50 ans, réalisateur - Serbie-Montenegro. Double Palme d'or avec Papa est en voyage d'affaires (1985) et Underground (1995).
— Toni Morrison, 74 ans, écrivain - Etats-Unis. L’auteure de Beloved a reçu le Prix Nobel de littérature en 1993.
— Nandita Das, 35 ans, actrice - Inde). Star de Bollywood et de Fire.
— Salma Hayek, 38 ans, actrice - Mexique. La bomba latina de Hollywood a joué notamment dans Frida Kahlo.
— Agnès Varda, 76 ans, réalisatrice - France. L’épouse de Jacques Demy a réalisé par exemple Sans toit ni loi, ou Jacquot de Nantes.
— John Woo, 59 ans, réalisateur - Chine/Hong Kong. A l’origine de Broken Arrow, Volte-Face, Mission: Impossible 2 ou Paycheck.
— Fatih Akin, 31 ans, réalisateur - Allemagne. Son Head-On a remporté l'Ours d'or au Festival de Berlin en 2004.
— Javier Bardem, 36 ans, acteur – Espagne. Vu dans Jambon jambon et En chair et en os, mais il s’est. surtout fait remarqué pour son rôle de tétraplégique dans Mar adentro.
— Benoît Jacquot, 58 ans, réalisateur - France. A l’origine de L'Assassin musicien, Les Enfants du placard, Sade, ou Adolphe.
Les films français en compétition
— Lemming, de Dominik Moll, avec Charlotte Gainsbourg & Laurent Lucas, Charlotte Rampling & André Dussolier. Après Harry un ami qui vous veut du bien, présenté en sélection officielle de 2000, Moll récidive dans l’inquiétant et met en scène le malaise de deux couples. Son troisième film a fait l’ouverture hier soir en même temps qu’il sortait dans les salles françaises.
— Caché, de Michael Haneke avec Juliette Binoche et Daniel Auteuil. « Michael Haneke est un cinéaste autrichien, mais ce film-là fait partie de son oeuvre française », explique Thierry Frémaux pour expliquer la présence de Haneke sous la bannière française. Un vidéaste anonyme plonge dans l’angoisse un journaliste littéraire. Souhaitons-lui le même sort que La pianiste -Grand prix et double prix d'interprétation pour Isabelle Huppert et Benoît Magimel en 2001. Sortira en France en octobre 2005.
— Peindre ou faire l'amour, d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu avec Daniel Auteuil, Sabine Azéma, Sergi Lopez, Amira Casar. Là encore c’est une histoire de couples réunis par le drame, la proximité et le poids des paysages. Après Un homme, un vrai, le nouveau film des frères Larrieu sortira en France en août 2005.
Outre ces trois films, la France sera également présente dans la sélection Un certain regard avec Le filmeur d'Alain Cavalier, La caisse de Pierre Jolivet et Le temps qui reste de François Ozon. (LPJ — 12 mai 2005)
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