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Depuis
1978, le Festival des 3 continents (F3C) de Nantes met en lumière les
cinémas d’Amérique du Sud, d’Asie et d’Afrique. Pour cette 28e édition,
qui s’est terminée mardi soir, trois films argentins étaient en
compétition fictions. Mientras tanto et Glue sont rentrés récompensés. Alexis dos Santos et le jury jeunes qui l'a récompensé pour Glue (photo Noëlle Le Moal)
Sur
13 films en compétition fictions du Festival des 3 continents (F3C) de
Nantes, qui s'est déroulé du 21 au 28 novembre, trois venaient
d’Argentine. Seul Nacido y criado
de Pablo Trapero, actuellement à l'affiche à Buenos Aires, rentre
bredouille. Une déception pour Pepe Salvia, producteur argentin, de
l'association Proyecto cine independiente: «C’était
mon film préféré dans cette sélection argentine. Mais il faut dire que
la concurrence était rude, et l’Argentine sur-représentée cette année.» Avec Glue,
Alexis Dos Santos a récolté une double récompense: prix du jeune public
et prix d’interprétation masculine pour Nahuel Perez Biscayart. «Ce
type est vraiment très talentueux, il a accompli un travail incroyable.
A seulement 20 ans, il en est déjà à son quatrième film», explique le réalisateur, admiratif. Diego Lermann, avec Mientras tanto, a raté de peu la première place. Il rentre de Nantes avec une montgolfière d’argent bien méritée. Soutenir les jeunes réalisateurs Le
F3C permet aussi à de jeunes réalisateurs du Sud d’être remarqués et de
se lancer dans le circuit international, grâce au séminaire Produire au
Sud. Car si certains réussissent, les difficultés sont toujours là: «En
quelque sorte, la crise représente plutôt une opportunité, car elle
pousse les Argentins à s’ouvrir au monde. Ainsi, nous bénéficions d’une
législation et d’un prestige international, grâce au travail des
producteurs, explique Pepe Salvia. En
revanche, nous rencontrons le problème de la diffusion des films,
surtout pour l’art et essais: la plupart des réalisateurs préfèrent
l’argent au cinéma. En plus, comme le niveau de vie est bas, beaucoup
de productions étrangères viennent profiter d’une main d’œuvre efficace
et bon marché.» La force du cinéma argentin repose également sur un aspect qui pose en réalité problème: le pays compte «12.000
étudiants en cinéma. Les jeunes veulent être réalisateurs comme médecin
ou chauffeur de taxi, mais il n’y a pas de place pour tout le monde. Le
budget cinématographique n’est que de 20 millions de dollars par an», explique Pepe Salvia. Manque de financement Lors
du séminaire Produire au Sud, chaque participant devait choisir un film
qui lui a donné envie de faire du cinéma. Pour Pepe, le choix était
clair: La película del rey
(1986) de Carlos Sorín, qui a remporté un Lion d'argent au Festival de
Venise avec l'histoire d'un jeune réalisateur essayant de filmer celle
d'un Français un peu fou qui voulait devenir roi de Patagonie.
Malheureusement, il n’y avait plus de copies disponibles, il s’est donc
rabattu sur un film plus récent (2004), La niña santa de Lucrecia Martel. Son premier choix était symbolique: «Ce
film présente à la fois la difficulté de la réalisation d'un film et le
contexte argentin. Il permet de bien comprendre le cinéma dans le pays.
Sorti en 1986, son thème reste très actuel.» La
película del rey «illustre bien une caractéristique typiquement
argentine qui est notre capacité d’adaptation à une réalité compliquée.
A tel point que nous nous créons des difficultés pour pouvoir les
surmonter !». Des difficultés encore d’actualité. Alexis Dos Santos, par exemple, a dû s’autofinancer: «J’ai
réalisé mon film en dehors de tout système d’aide et de financement. La
seule aide a été le prix gagné au festival de Rotterdam, qui a permis
de financer une partie de la production.»
Naëlle LE MOAL, à Nantes (www.lepetitjournal.com) - Jeudi 30 novembre 2006 Lire aussi le journal du Festival
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