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Musique, théâtre, cinéma, Seu Jorge est un artiste format XXL qui transforme tout ce qu'il touche en or. Pas de quoi lui faire oublier, pourtant, d'où il vient, ni ce qu'il doit à la France
Photo Marcos Hermes
De son vrai nom Jorge Mario da Silva, Seu Jorge (quelque chose comme "M'sieur Jorge") est né le 8 juin 1970 à Belford Roxo, un quartier de la grande banlieue de Rio de Janeiro. Aîné de quatre garçons, il grandit dans la favela et commence à travailler dès l'âge de dix ans, dans une borracharia (réparation de pneus). S'il reste plutôt studieux à l'école, la musique prend vite une place importante dans son quotidien. Son père, percussionniste, est sa première idole, et c'est en l'accompagnant dans les bals de quartier que l'envie devient évidence : il sera chanteur. Comme Carlos Dafé, son mythe d'enfance, rencontré dans la maison d'un cousin aujourd'hui célèbre, un certain Dudu Nobre. Adolescent, Seu Jorge commence à gagner sa vie en multipliant les petites scènes de la banlieue carioca, lorsque sa vie bascule : son frère est tué au cours du braquage d'une boulangerie, un drame qui entraîne la destruction de la cellule familiale. Seu Jorge se retrouve à la rue, tombe dans la drogue. Pendant trois longues années, il mène une vie de marginal, sans toutefois perdre ce qui le sauvera : la joie de chanter.
De la rue à la gloire Son "sauveur" s'appelle Paulo Moura, un célèbre clarinettiste qui le repère lors d'un boeuf de rue et lui propose un test pour intégrer une compagnie théâtrale. Seu Jorge ne laissera pas passer sa chance. Il participe à une vingtaine de pièces, s'épanouit sur scène, multiplie les rencontres. Une expérience fondamentale dans le processus de création de son groupe, Farofa Carioca, une bande de huit personnes dont un Français, le flûtiste Bertrand Doussain. Farofa Carioca ressemble à Seu Jorge : on y trouve de tout, samba, reggae, funk, rap, mais aussi danse et cirque. La réputation de ce joyeux collectif dépasse vite les frontières de Rio de Janeiro, et le lancement de l'album, Moro no Brasil, est une suite logique à la réputation grandissante du groupe. Nous sommes en 1998, début de la reconnaissance. La carrière de Seu Jorge prend un nouveau virage en 2001, avec la sortie de son premier album solo, Samba Esporte Fino. Les titres Mangueira, Te Queria, et surtout Carolina, lui permettent d’affirmer son propre style, attirant ainsi l’attention des producteurs du monde entier. En 2004, il enregistre ainsi son second album, Cru, à Paris avec le Français Jérôme Pigeon, alias Gringo da Parada. L’album de la consécration, grâce à des morceaux comme Tive Razao, Bem Querer et Sao Gonça, sans oublier la surprenante reprise du Chatterton de Serge Gainsbourg. Entre les deux albums, il est à l’affiche du cultissime Cidade de Deus et bluffe son monde en campant un Mané Galinha plus vrai que nature. Sans doute la plus remarquable de ses performances d’acteur, lui qui a déjà participé à plusieurs longs-métrages. Seu Jorge prépare un nouvel album, son troisième. Dire qu’il est attendu n’est qu’un doux euphémisme…Bertrand Blais - (www.lepetitjournal.com - São Paulo) - 29 novembre 2006 |