| Ecrit par Valentin BONTEMPS,
le 18-01-2007 23:00
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Une petite ville dans les calanques est le théâtre d'un infanticide et du meurtre d'un homme. La bête à chagrin, nouveau roman de Paule Constant, met sobrement en scène l'insoutenable
Le chagrin qui conduit à la tragédie finale est admirablement mis en scène par Paule Constant (photo Hélie-Gallimard)
C’est l’histoire de deux meurtres. Sous le soleil insistant de Palance, près de Marseille, Cathy a tué son bébé et fait tuer son mari, Tony. C'est l’histoire d’un double meurtre abominable, digne d’une tragédie grecque. Mais comment arrivent les tragédies ? Celle-ci est d’abord née de la colère de Cathy, et de son désespoir. Car Tony, mari modèle, sportif, bon vivant, a failli. Il a fait un enfant à une autre femme, pour enfin quitter Cathy. Alors Cathy, épouse trompée et abandonnée, se retrouve seule, enceinte et désolée. En colère donc. Mais rien ne se serait passé, dit la romancière, si elle n’avait rencontré Jeff, pauvre fou mythomane et malheureux. Ce vagabond obèse tombe amoureux de Cathy et c'est par amour pour elle qu'il tue Tony de plusieurs coups de fusil et s’acharne sur le corps. Et Paule Constant de montrer que la colère de Jeff vient de loin elle aussi. Enfant maltraité, il est victime de la cruauté, de la barbarie de ses parents. Le désespoir de Jeff se nourrit de celui de Cathy. Jusqu’à l’orage. Jusqu’au procès. Jusqu’au jugement.
Fait-divers Car il semble que tous les éléments du fait-divers soient réunis dans La bête à chagrin. Cathy y incarne la femme trompée, l’épouse bafouée. Jeff, marginal, exclu, joue l’amoureux transi, jusqu’à la folie. Le bonheur insolent de Tony, sa nouvelle vie, sa nouvelle épouse, son sourire et sa santé, leur sont insupportables. Et c’est ainsi que grossit un chagrin qui s’est formé dans la nuit des temps, (…) un énorme chagrin qui a éclaté sur Tony. Ce chagrin, qui conduit à la tragédie finale, est admirablement mis en scène par Paule Constant. On assiste dans ce roman au procès des assassins, on entend les accusations de la juge, son scepticisme, son incompréhension. On entend ses questions, qui ponctuent le récit du drame, comme autant de doutes sur les chagrins de Jeff et Cathy. Dès la première phrase du roman cette condescendance malveillante est manifeste. "Vous racontez", dit la juge, "que tout a commencé par un coup de sonnette". Paule Constant, elle, ne juge pas, mais reconstitue en quelques images une tragédie. Le rythme est fluide, le style poétique. Le titre du roman lui-même est une jolie image. La bête à chagrin, c’est tout simplement un chien, celui de Jeff. Il trimballe partout ce compagnon de route, qui devient l’unique témoin du meurtre. Un pauvre chien à son image, écorché, battu et apeuré, et que personne n'a le droit de juger. "Le chien est une bête à chagrin", dit une inconnue à Cathy, "et chaque passant tient au bout d’une laisse une douleur que son corps ne supporte plus". Johanna LUYSSEN (www.lepetitjournal.com) vendredi 19 janvier 2007 La bête à chagrin, Paule Constant, Gallimard, 17 €
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