(article publié le 24 novembre 2010)

Lepetitjournal.com a rendez-vous au café Baobab. D'immenses portraits africains au mur, un arbre géant comme logo et un autre colosse derrière le bar : Abdulaziz Seck. “Aziz” vit en Pologne depuis 13 ans et a ouvert son café-restaurant il y a 2 ans. Un petit coin d'afrique à Saska Kepa. Interview.

(Aziz au Baobab, CQ)

Lepetitjournal.com : Où habitiez-vous avant Varsovie?
Aziz :
Je suis né au Sénégal, à Diourbel, la capitale de l'arachide, mais j'ai grandi à Dakar, en face de la mer.

Comment êtes vous arrivé ici ?
Dans une autre vie j'ai été joueur professionnel de basket. Au Sénégal, et surtout en Tunisie, où j'ai joué pendant 8 ans. En 1997, j'ai été recruté par une équipe polonaise, 13 ans plus tard je suis encore là...

Et à la descente de l'avion ?
Un choc ! Je quittais le soleil tunisien, une maison au bord de de la mer et je me retrouve en hiver dans une petite ville industrielle polonaise.
Ma première rencontre avec les douanes s'est aussi très mal passée. J'étais en règle mais ils voulaient me renvoyer en Afrique. Heureusement à la fin ils m'ont laissé passer !! ils se sont dit "Quelqu'un qui nous engueule autant est forcement dans son bon droit !!"
J'ai finalement atterri à Varsovie où je me suis improvisé barman. J'ai travaillé près de 10 ans dans une dizaine de restaurants ou de clubs, surtout en soirée. Ma femme polonaise me dit que je connais maintenant la moitié des Varsoviens. J'ai profité aussi de mes journées pour m'occuper de mes deux filles.

Comment vivez-vous le regard des autres ?
Quand je suis arrivé surtout, il y avait très peu d'Africains dans les rues, alors c'est sûr on me remarquait. Ok, il y a des préjugés en Pologne, mais il y en a malheureusement partout. Je suis pas du genre à m'embarrasser de ces choses là, je suis d'un naturel direct, on m'accepte comme je suis ou je passe mon chemin.

Une anecdote ?
J'ai plusieurs fois eu des petits problèmes avec des groupes de skinheads, mais aussi connu de la discrimination dans l'autre sens. Je travaillais dans un bar et j'ai découvert que le patron faisait de la pub sur son barman noir. J'ai démissionné, je leur ai dit que je voulais pas être leur mascotte.

Ce que vous préférez ici ?
Le snowboard !! J'ai découvert les sports d'hiver à Varsovie sur la fameuse colline de Szczęśliwice et j'adore ça

Un mot en polonais ?
SZACUNEK, le respect.

Vous ne vous y êtes pas encore fait ?
Le manque de respect justement. Je viens d'une culture où le respect est vraiment important, alors je ne peux pas m'empêcher de réagir devant toutes ces petites incivilités : doubler dans une queue, ne pas dire bonjour en entrant un magasin. D'ailleurs les personnes âgées ici ne sont pas les premières à donner l'exemple !!

Vos sorties?
Doppiozero à Złote Tarasy pour les pizzas, Manze Mani pour les virées entre amis et les rives de la Vistule pour me détendre.

La cuisine polonaise ?
Le barszcz aux betteraves et le śledź, le hareng polonais.

Vous regrettez ?
La cuisine africaine et les amis, un peu... mais j'ai réussi à les retrouver dans mon café. Et la mer surtout !!! Là y rien à faire...

Et ce café justement ?
Ca marche bien, J'essaie de proposer des choses différentes à des prix raisonnables, du café aux épices  par exemple. Mes clients me demandent aussi souvent du jus de gingembre chaud, ça sert à tout !! C'est aphrodisiaque et ça soigne le mal de gorge ou la gueule de bois !! Sinon j'ai toujours cuisiné. Ici, je sers des plats traditionnels sénégalais, le piment en moins : Yassa Ginar, Mafe, Thiou Kari (curry de mouton), Thiebou Dienne (riz au poisson). J'organise aussi des livraisons et des caterings dans les ambassades, pour des conférences ou pour des fêtes chez des particuliers.

Le café s'appel le Baobab, pourquoi ?
Avec le Lion, c'est l'emblème du Sénégal. C'est aussi le lieu central dans la vie sociale du village, "l’arbre à palabres". On se rencontre, on marchande, on écoute le griot à l’ombre du baobab. Saska Kepa est un petit village et j'aimerais que mon café ait ce rôle communautaire.

Une recette pour nos lecteurs ?
Les cocktails, c'est top secret, je ne révèlerai rien ! Par contre, je peux vous donner la recette du Yassa Ginar ! Alors pour quatre personnes,  déjà la marinade : ln demi verre d'eau, le jus de 4 citrons (verts si possibles), un peu de vinaigre, 4 gousses d'ail, 1 kg d'oignons en tranche, sel, poivre et piment selon les gouts. Mettez 8 gros morceaux de poulet la veille dans la marinade. Le lendemain, colorer d'abord le poulet, puis faites revenir le tout dans une bonne dose l'huile (si possible d'arachide). Ajoutez 2 cuillères à soupe de moutarde et des olives un peu avant la fin de la cuisson et
 servez ça avec 500 grammes de riz blanc !

Les photos au mur ?
De vieux portraits des années 30, 40, 50... tous des membres de ma famille.

Des projets ?
Je veux que mon café devienne un lieu de vie et de rencontre. On tient souvent des réunions où on dialogue avec un responsable polonais pour présenter les problèmes que rencontrent ici les Africains. Samedi dernier, le Baobab a aussi accueilli la première réunion d'une association sénégalaise, on a beaucoup de diplomates ayant exercé au Sénégal comme membres d'honneur. Et puis Centrum powitania, une ONG  aidant les immigrés, organise ici des lectures de contes africains en polonais et des cours de djembe 1 fois par mois. La prochaine aura lieu le 27 novembre à 11h au café, c'est gratuit et ouvert à tous !

Pour en savoir plus :
Café Baobab,
Ul. Francuska 31,
022-6174057
ouvert tous les jours de 10h à 22h

CQ (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) mercredi 24 novembre 2010




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