Après la rentrée littéraire française et l’annonce des sélections des prix les plus prestigieux, à Varsovie Rémi Gérôme nous parle de sa passion pour les livres et la littérature. Professeur de français, il s'occupe également d'une bouquinisterie virtuelle qui propose des livres francophones d’occasion...

LPJ - Bonjour Rémi, comment et pourquoi t’es tu retrouvé en Pologne ?
R.G. - Je suis venu en Pologne un peu par hasard, après avoir fait des études de FLE (Français Langue Etrangère) et terminé mon stage en Roumanie, un stage du Ministère des affaires étrangères. J’ai répondu à des annonces, on m’a contacté... Je travaille à l’école Voilà depuis maintenant 4 ans. Une superbe école dans le centre-ville de Varsovie. J’enseigne le français à des groupes de tous niveaux, et aussi en cours particuliers.

Quel est le profil de tes étudiants ?
L'école donne des cours du soir, donc les étudiants sont des lycéens, des étudiants qui veulent des cours complémentaires et des gens qui apprennent le français pour le plaisir. La plupart d'entre eux apprennent pour le plaisir. C’est un public intéressé, passionné par le français et très curieux des nouvelles cultures en général.

Parle-moi un peu d’Adiac.
Adiac c’est le nom d’un tout petit village en France d’où je suis originaire, au sud de l’Auvergne. Et maintenant c'est aussi le nom d’une librairie sur Internet que j’ai créée il y a quelques mois. Elle propose des livres d’occasion en français (à des tout petits prix bien entendu !) d’auteurs contemporains et d’auteurs classiques. En général, ce sont des livres que j’ai lus ou que j’ai choisis parce qu’ils m’intéressaient.

D’où t’est venue l’idée de créer cette librairie, il existe déjà une librairie francophone à Varsovie...
A mon avis, la réponse est dans mon parcours, quand j’étais petit, quand j’étais plus jeune, j’empruntais des livres à la bibliothèque, le plaisir d’aller chez un bouquiniste, c’était quelque chose d’important comme d’aller chez un disquaire*. J’aime l’histoire de chaque livre, j’aime trouver dans un livre un marque-page, une dédicace ou quelque chose qui montre que le livre a appartenu à quelqu’un d’autre. Ça rejoint aussi l’idée d’un partage très démocratique, je propose des livres d’occasion qui sont en bon état et que je ne vends pas très cher dans cette idée de partager, d’être ouvert à tous les publics et de ne pas avoir de discrimination selon l’édition d’un livre ou selon un argument marketing quelconque.

Il doit donc "vivre" le livre ?
Oui bien sûr, on lit un livre, on fait partager sa lecture, on le prête, on le donne à ses amis, c’est très important. Les souvenirs de lecture, c’est aussi les souvenirs d’un livre, c’est aussi sensuel, on tient un livre, on sent son odeur, on sent le papier, c’est quelque chose d’important. Je pense que la littérature est un moyen intéressant de considérer le monde qui nous entoure, c’est aussi pour le lecteur le moyen de s’évader, de passer un moment agréable, d’apprendre quelque chose, de découvrir quelque chose de nouveau.

Qu’est-ce qui intéresse plus les Polonais en littérature et qu’est-ce qui intéresse plus les Français en littérature francophone ?
C’est une question très difficile. Pour l’expérience que j’ai en ce moment, pour les auteurs contemporains on va retrouver des gens connus, des auteurs qui ont été récompensés par des prix littéraires en France ou à l’étranger, des auteurs comme Le Clézio, Houellebecq ou Amélie Nothomb qui sont de gros vendeurs en France et qui proposent quelque chose d’intéressant au niveau littéraire et vont plaire aussi bien aux Polonais qu’aux Français. Ensuite de part l’histoire et la culture du pays en Pologne, je sais qu’un auteur comme Mauriac qui était un « auteur chrétien » a encore aujourd'hui un intérêt tout particulier en Pologne. Il donne une version très particulière des implications du catholicisme qui est probablement intéressante pour un lecteur polonais.

Est-ce que dans ta collection il y a des livres dont tu es fier ?
Il y en a beaucoup ! Je pense notamment à des auteurs qui aujourd’hui sont soit un peu déconsidérés, soit oubliés ; et je trouve ça dommage. Des auteurs comme Romain Roland, Marcel Aymé, pour la première partie du 20ème siècle, et d'autres auteurs dont on connaît le nom mais pas nécessairement les œuvres : Montherlant, Pawels, Genevoix... Dernièrement, j’ai redécouvert avec un grand plaisir Françoise Sagan et son style très agréable, léger et élégant.

Tu m’as conseillé des livres et j’en étais très content, est-ce que tu peux offrir tes conseils à n’importe qui ?
Bien sûr, l’idée de départ de cette librairie virtuelle, c’est d’échanger autour de la littérature en fonction des préférences de chacun. En fonction de ce que je savais de toi et de ce que j’ai supposé de tes goûts, je t’ai proposé des choses qui m’avaient beaucoup plu. Evidemment, il y a une part d’aléatoire, on sait ce que l’on a ressenti devant un livre ou en lisant en livre, mais il y a toujours une part d’inconnue dans la réception d’un autre lecteur, mais bien sûr les conseils sont une partie importante de la façon d’appréhender la littérature, de discuter d’un livre, de vivre quelque chose de particulier avec un livre. Sur le site de la bouquinisterie Adiac, on peut facilement laisser des messages, il y a un onglet « Contact » : chacun écrit ses préférences, et de mon côté je donne une liste de propositions en fonction des goûts de chacun.

Est-ce que tes livres s’adressent aussi aux apprenants du français ?
Bien sûr, c’est pour tous les passionnés de littérature, mais aussi pour tous les gens qui sont intéressés par la culture française et francophone. La littérature, c’est une partie importante de la culture qui n’est pas toujours mise en avant à notre époque. Mais les apprenants peuvent apprendre beaucoup de choses par l’intermédiaire d’un auteur qu’ils connaissent, dont ils ont entendu parler, qui existe en traduction ou non, dont ils ont étudié les oeuvres pendant les années de collège et de lycée, puisqu’on étudie beaucoup de littérature en Pologne, beaucoup plus qu’en France ! Les Polonais ont une culture littéraire plus importante que les Français, ils connaissent plus de d’auteurs, ils connaissent plus d’oeuvres, ils ont travaillé sur un plus grand nombre d’extraits et d’oeuvres complètes que les Français. Donc, au moins pour les « classiques », les œuvres et les auteurs que je propose, ce sont des noms que le public polonais connaît ou qu'il a la volonté de découvrir.

Est-ce que tu peux nous parler plus précisément de deux ou trois livres que tu conseilles à tout type de lecteur ?
Oui, par exemple des livres du 20ème siècle, qui ne sont pas très éloignés culturellement de ce qu’on connait aujourd'hui... Je pense à Simone de Beauvoir, Les Belles images, un petit roman assez simple d’approche mais en même temps très profond, une belle découverte pour moi il y a quelque temps. Raymond Radiguet qui a aussi un parcours très singulier dans la littérature française, il est mort très jeune et n’a écrit que deux romans (Le Diable au corps et Le Bal du Comte d'Orgel). Parmi les auteurs contemporains, en plus de ceux que j'ai déjà cités, je pense à Philippe Claudel, l'auteur de Les Âmes grises et de Le Rapport de Brodeck. Plus proche de la littérature grand public on peut penser à un auteur comme Jean-Christophe Rufin qui écrit des livres très accessibles comme L'Abyssin, un roman historique plein d'aventures, assez proche de ce que proposait Dumas au 19ème siècle à mon avis et pourquoi pas Jean Teulé qui a écrit notamment une biographie romancée de François Villon (Je, François Villon). Beaucoup de noms, beaucoup d’auteurs, beaucoup de choses à découvrir, c’est parfois difficile de faire un choix !

 

*Rémi est également le co-créateur du site de critique musicale PlanetGong

Site Adiac : http://bouquinisterie.over-blog.com/

3 photos : crédit : Denis Gérard

 

Denis Gérard (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) vendredi 21 septembre 2012


 
Une internationale

UNE ETUDIANTE LILLOISE A JAVA - 24h dans la peau d'une Indonésienne

Quand Chloé accepte de suivre Pipin et Punta, deux étudiants indonésiens de son université d’accueil, dans leur ville natale près de Yogyakarta, elle est loin d’imaginer la richesse de la culture qu’elle s’apprête à découvrir. Une escapade touristique qui se transforme vite en excursion au sein de la réalité des habitants du pays. Récit d’une journée à l’indonésienne, vécue par une étudiante française nouvellement arrivée à Jakarta.
Actu internationale
Actualités de nos partenaires

La meilleure résolution : investir dans l’immobilier !

Chaque année la pression du choix des résolutions arrive avec la nouvelle année. Chacun fixe des objectifs à atteindre et réalise son bilan de fin d’année.Parmi les résolutions les plus fréquentes, il y a se mettre au sport, avoir une vie plus saine, arrêter de fumer…. Vivre de ses rentes peut être une excellente résolution !
Expat
Expat - Emploi

CINEMA FRANÇAIS - 2016, une année sombre dans les salles obscures étrangères

Les films français n’ont pas su attirer les spectateurs étrangers en 2016. Cette année, ils étaient seulement 34 millions à profiter de la création cinématographique française sur grand écran, contre 111 millions en 2015. Une baisse temporaire, espère-t-on chez UniFrance, l’agence de promotion du cinéma français à l’étranger.

TÉLÉTRAVAIL – Les entreprises françaises championnes!

Je télétravaille, tu télétravailles, ils télétravaillent… Plus de 70% des entreprises françaises autorisent à des degrés divers leurs salariés à travailler depuis leur domicile. Elles répondent à une demande des salariés qui invoquent en premier lieu un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Pour les expatriés, le télétravail peut aussi être un moyen de mieux appréhender la mobilité souvent inhérente aux carrières internationales.
Expat - Politique

ELECTIONS – Trop coûteuses pour des Français de l’étranger peu mobilisés ?

Entre 2011 et 2014, le coût des élections organisées pour les Français établis hors de France a été supérieur à 34 millions d’euros, un montant pointé par la Cour des Comptes qui s’inquiète de nombreuses faiblesses relatives à la fiabilité de la Liste électorale consulaire ou au vote par internet, et surtout d’une faible participation.

IMPÔT UNIVERSEL – Mélenchon veut en imposer aux expatriés

Le candidat de La France Insoumise à la présidentielle, a annoncé vouloir créer un impôt universel basé sur la nationalité du cotisant, inspiré du modèle américain. Cette proposition censée éviter l'évasion fiscale vise les expatriés payant un faible impôt dans leur pays d'accueil.
Magazine
En direct de nos éditions locales