Damien Loras a pris ses fonctions de consul général de São Paulo le 19 octobre dernier. Il a confié ses premières impressions et ses ambitions au Petitjournal.com. Rencontre avec un diplomate qui souhaite inscrire son action au coeur du partenariat stratégique France-Brésil tout en restant au plus proche des préoccupations de la communauté française

Lepetitjournal.com - Quel a été votre parcours avant d'arriver au Brésil ?
Damien LORAS
- J'ai mené une carrière classique de diplomate. Je suis entré au Quai d'Orsay il y a 15 ans, d'abord à la direction des affaires juridiques, puis à la direction des Nations-Unies du ministère des Affaires étrangères, avant d’être affecté comme Premier secrétaire à la Mission permanente de la France auprès des Nations-Unies à New-York entre 2002 et 2006. J'ai ensuite rejoint le cabinet de Philippe Douste-Blazy, à l'époque ministre des Affaires étrangères, comme conseiller pour le Moyen-Orient et les Nations-Unies. A cette époque dans la région, il y avait la guerre en Irak, le Premier ministre libanais Rafic Hariri avait été assassiné, puis a éclaté la guerre entre Israël et le Liban. J'ai ensuite intégré la cellule diplomatique de l’Elysée en tant que conseiller pour les Amériques, la Russie, l’Europe non communautaire, le Caucase et l’Asie centrale jusqu'en 2012.

Comment vous-êtes vous intéressé au Brésil ?
En 2006, a été signé le partenariat stratégique avec le Brésil, car la France a compris la nécessité de développer ses relations dans tous les domaines avec les grands pays émergents. Parmi ceux-ci, le Brésil est un partenaire privilégié, compte tenu de notre proximité culturelle et des complémentarités de nos économies, mais aussi parce que l'ambition du Président Lula d'affirmer le Brésil sur la scène internationale a rencontré une totale disposition française à l'assister dans la réalisation de cette ambition. Ce partenariat s'est d'ores et déjà traduit, entre autres, par une coopération étroite dans le domaine des hélicoptères et des sous-marins, y compris l'aide à la conception d'un sous-marin à propulsion nucléaire, ce qui est sans précédent. Aucun autre pays, capable de construire des sous-marins à propulsion nucléaire, ne s'est autant engagé que la France, avec le Brésil, à procéder à de tels transferts de savoir-faire et de technologie. Entre nos deux pays, il ne s’agit plus seulement d’acheter et de vendre, mais de "faire ensemble" : c’est ce qui fait de ce partenariat un partenariat particulier, et c'est ce qui conditionne sa réussite. C'est à travers la définition et la mise en oeuvre de ce partenariat que j'ai connu le Brésil, où je me suis très souvent rendu au cours des cinq dernières années.

Dilma Rousseff, la nouvelle présidente brésilienne, a confirmé cette volonté de collaboration et d’engagement sur le long terme. Nous avons d’autres grands projets à venir, comme le super calculateur ou, demain, l'énergie nucléaire civile, pour ne citer que ces exemples.

Quelles sont les grandes lignes de votre mandat ?
D’abord, il ne s’agit pas de tout réinventer. Nous disposons d’un cadre très riche et d’une coopération ancienne. Beaucoup de projets sont déjà lancés, comme par exemple nos partenariats universitaires traditionnels, aujourd'hui renouvelés par le programme brésilien "Sciences sans frontière" dans le domaine de l’éducation. Sur le plan culturel, il y a de plus en plus d’opérations engagées et nous allons poursuivre dans ce sens. Mais conformément aux priorités fixées par le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, ma priorité sera de promouvoir les échanges et les investissements entre la France et le Brésil. Beaucoup d'entreprises françaises ont fait et font encore le choix du Brésil. C'est un mouvement qu'il faut encourager. Mais il faut aussi encourager les entreprises brésiliennes à faire le choix de la France, dont les atouts et l'attractivité restent entiers.

Concernant plus particulièrement la communauté française installée à São Paulo, avez-vous déjà défini des domaines d’action privilégiés ?
Je vais travailler dans tous les domaines. Même si les choses fonctionnent plutôt bien et que nos ressortissants sont satisfaits des services que leur rend le consulat et les services de l'Etat dans la circonscription consulaire, on peut certainement améliorer les choses. Pour commencer, je compte être à l'écoute de nos concitoyens. D'ores et déjà, certains sujets s'imposent : la question de l'extension des capacités d'accueil du Lycée Pasteur, pour répondre à la forte croissance des demandes d'inscription, aussi bien de la part de familles françaises que brésiliennes. Car le Lycée français de São Paulo, s'il fournit un service public pour la communauté française, est aussi un formidable outil de rayonnement pour la France au Brésil. Les écoliers brésiliens du Lycée d'aujourd'hui seront demain les étudiants dans nos universités et les cadres et responsables du Brésil d'après-demain. Nous travaillons avec les responsables de la Fondation en ce sens.

Etes-vous heureux de votre affectation à São Paulo?
J'ai toujours voulu vivre au Brésil, avec mon épouse Alexandra et notre petit Raphaël qui a à peine 6 mois, nous adorons d'ores et déjà la démesure de São Paulo, cette ville immense mais aussi de contrastes, avec une modernité affichée qui coexiste avec la tradition et la proximité. Nous adorons l'esprit positif qui règne ici, malgré les difficultés et les défis, qui fait qu'un Brésilien regarde devant lui en pensant que demain sera mieux qu'aujourd'hui.

En raison de la crise économique qui frappe particulièrement l’Europe, de plus en plus de Français envisagent de venir s’installer au Brésil, avez-vous un message à leur faire passer ?
Il est vrai que le Brésil exerce une attractivité particulière, mais je dirais aux Français qu’il faut avoir un projet solide et l'avoir bien préparé, avant de s’y installer. Si beaucoup de nos concitoyens ont formidablement réussi au Brésil, certains ont connu des revers douloureux. Le Brésil est un eldorado qui se mérite.

Comment concevez-vous votre rôle de consul ?
Il est impératif d’être très présent, très à l’écoute. Mon rôle est d’être dirigé vers la communauté française, mais aussi d'être en permanence au contact des Brésiliens, pour créer des ponts et du lien entre nous. La France a la chance de disposer d’une image positive au Brésil. C'est un atout, mais cela ne fait pas tout. Il faut beaucoup travailler.

Avez-vous un mot à dire aux ressortissants français installés à São Paulo
?
Je tiens simplement à leur dire que je mesure la chance que j'ai d’être là et que ma porte leur est toujours ouverte.

Propos recueillis par Amélie PERRAUD-BOULARD et Anne-Louise SAUTREUIL (www.lepetitjournal.com - Brésil) mercredi 31 octobre 2012

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