Directeur de l’Académie de Belgique à Rome, Walter Geerts devra bientôt rentrer dans son pays d’origine. Après dix années passées au service de l’art et des sciences, au sein de l’institution culturelle belge de référence à Rome, Walter Geerts a accepté de nous livrer ses impressions sur la Cité Eternelle

Lepetitjournal.com/Rome: Pouvez-vous revenir brièvement sur votre parcours et vos expériences passées ?

Walter Geerts : Après mes études universitaires en Belgique j’ai commencé mes activités de chercheur en littérature moderne, ce qui m’occupe encore aujourd’hui, à côté de mon engagement pour l’Academia Belgica. J’ai ensuite eu ma première nomination comme professeur à Utrecht, en Hollande. Je garde d’excellents souvenirs de mon travail dans les Pays-Bas et c’est ce qui m’a permis d’accéder à un poste de référence comme celui que j’occupe aujourd’hui.

Crédits photos : L’Academia Belgica. Walter Geerts aux côtés de la Reine Paola de Belgique lors de sa visite à Rome en mai 2007

Comment êtes-vous devenu directeur de l'Academia Belgica de Rome ?

En tant qu’italianiste, ce poste m’attirait particulièrement, sans parler de l’idée de diriger une aussi belle institution que l’Academia. Rome aussi me passionnait, dans toutes les phases de son histoire. Je me suis porté candidat et la commission m’a placé premier. Ils n’ont pas dû insister : j’ai accepté tout de suite.


Quel rapport avez-vous entretenu avec l'Italie, et plus particulièrement Rome, avant de venir y travailler ?

Celui d’un chercheur dans le domaine de la littérature. J’avais des contacts avec beaucoup de collègues en Italie, du Nord au Sud, au sujet des auteurs et des époques où se portait mon intérêt. J’ai été professeur invité à Bari et à Messine et j’ai participé à de nombreux congrès en Italie. En ce qui concerne Rome, j’ajouterais que j’ai un intérêt particulier pour l’œuvre de Luigi Pirandello, un vrai laboratoire littéraire de la modernité, y compris ses aspects existentiels désabusés, cyniques même. Tout Sicilien qu’il fut, Pirandello a fait de Rome le théâtre de beaucoup de ses écrits. Je pense au Fu Mattia Pascal, par exemple.

Quelles sont vos missions en tant que directeur de l'Académie de Belgique?

Faire bien fonctionner la maison dans ses différentes dimensions et ses domaines d’activité qui sont nombreux. Et cela en dialogue avec mon conseil d’administration à Bruxelles. Il y a d’abord notre propre programme de recherche, qui par le contenu de notre bibliothèque et de nos archives se situe au niveau de l’histoire des religions de l’antiquité. C’est un sujet passionnant qui a ses racines dans l’antiquité, bien entendu, mais n’est pas sans rapport avec notre présent. Un de nos fondateurs, Franz Cumont, avait très bien compris cela. C’est pourquoi nous avons décidé de rendre ses œuvres à nouveau disponibles pour les lecteurs d’aujourd’hui, dans une édition qui profite de ses archives et des savoirs acquis en la matière depuis sa mort, en 1947. Mais à côté de la recherche proprement dite il y a la bibliothèque spécialisée en proto-sciences, notre modeste mais très actif centre de congrès de la Foresteria, où sciences humaines et sciences naturelles se rencontrent. Mes journées se remplissent toutes seules.

Quels sont les objectifs des chercheurs et artistes belges qui viennent poursuivre leurs travaux à Rome ?

Se perfectionner, apprendre, communiquer avec leurs collègues italiens, avec ceux des autres instituts de recherche, développer leurs talents, exposer leurs œuvres et en préparer des nouvelles. Mais bien sûr, ils sont aussi là pour "profiter" de Rome, à tous points de vue.


Quelles ont été vos premières surprises à votre arrivée dans la capitale italienne ?

Elles se situent surtout du côté de la vie pratique. Il s’agit des problèmes que pose une grande ville où le sous-sol est, heureusement, trop riche pour accueillir le métro à une vitesse que d’autres villes peuvent se permettre. Elle n’est pas facile la vie du marcheur qui se fraie un chemin en louvoyant entre scooters et voitures garés pêle-mêle le long des étroits trottoirs et qui en suivent la courbe sans solution de continuité. Je n’ai jamais très bien compris pourquoi une ville comme Rome a voulu enfler la population des chauffeurs en tolérant un nombre toujours croissant de petits engins dotés de moteurs à deux-temps, et donc polluants comme pas d’autres.

Vous êtes le directeur de l'Academia Belgica depuis 2003 et votre mandat s’achève en octobre prochain, souhaiteriez-vous un nouveau mandat ?

Le contrat du directeur est renouvelable une seule fois et le mien l’a été. Personnellement, je crois beaucoup dans les effets positifs du changement. "Change is good" disent les Américains. J’ai investi une bonne part de mon énergie à bien gérer notre maison, et ce ne sont certes pas les projets romains qui viendraient à me manquer. Mais, en même temps, personne n’est à l’abri des dangers de la routine. Il est bon de changer de skipper à intervalles réguliers pour permettre d’explorer d’autres routes. Dès octobre, je retournerai donc en Belgique avec mon épouse et je retrouverai avec beaucoup de plaisir mes étudiants à l’Université d’Anvers.

Quelles sont vos impressions sur la capitale italienne et ses habitants ?

J’aime beaucoup les Romains et leur énergie, leur capacité de vaincre les obstacles qui sont nombreux, leur sens de l’humour low key qui leur permet de relativiser et de passer outre, leur manière de se comporter en citoyens d’une ville abondamment pluriséculaire. Ma femme et moi n’avons pas pris pignon sur rue à Rome, mais je compte bien y revenir souvent en ma qualité de chercheur et en profitant, de l’autre côté de la barrière, de la Foresteria. Je suis sûr que la lumière de Rome va me manquer, comme le petit air précoce du printemps ou les délicieuses ottobrate, mais la lumière du Nord a également son charme.

Si vous deviez résumer en quelques mots ces années passées à la tête de l’Academia Belgica ?

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Ioanna Schimizzi (www.lepetitjournal.com/rome) Jeudi 5 juillet 2012

 

 
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