Après avoir vécu deux ans en Angleterre, Géraldine Lepère a décidé d'inverser les rôles. Grâce à son site web CommeuneFrançaise.com, elle enseigne aux femmes expatriées en France comment s'intégrer dans l'hexagone. Faire tomber les clichés, distribuer des conseils pratiques mais surtout mettre en confiance…tout est fait pour que les nouvelles arrivantes adoptent la "French touch".

Lepetitjournal.com - Quel est le concept de votre site web CommeuneFrançaise.com ?
Géraldine Lepère -
Le concept : pas de tabous, pas de clichés. Tous les mardis, les lectrices reçoivent un article dans leur boite aux lettres avec pour mes abonnées à la newsletter des bonus qui ne sont pas accessibles aux lecteurs lambda. Il y a des vidéos, des articles ainsi que des phrases toutes simples à réutiliser. Je casse des clichés que j'entends à l'étranger, que je vois dans la presse et ça permet toutes les semaines aux femmes étrangères expatriées en France de progresser dans la compréhension de leur nouveau pays.

Comment avez-vous eu l'idée de ce site ?
J'ai eu l'idée en rentrant d'Angleterre. Lors de mon expérience de deux ans à Leeds, il m'a manqué pas mal de choses pour pouvoir m'intégrer facilement mais ce n'était pas encore concret dans mon esprit. De retour à Grenoble, je me suis engagée auprès de la Croix Rouge pour donner des cours de français à des étrangers. Je me suis rendue compte que ces derniers avaient les mêmes interrogations que celles que j'avais pu avoir de l'autre côté de la Manche. Mais cette fois-ci, j'étais capable d'y répondre puisque je suis française et que je connais les codes de la société et la culture populaire de mon pays. De plus, comme Grenoble est la seconde ville de l'hexagone qui accueille le plus d'expatriés, j'en avais quelques uns autour de moi. J'ai donc commencé à leur parler de mon idée et j'ai tout de suite eu un retour très positif. J'ai lancé le site Commeunefrançaise.com en septembre 2011.

Vous parlez de certains "manques" lors de votre séjour en Angleterre. Racontez-nous votre expérience...
En fait je suis partie en Angleterre parce que depuis très longtemps j'avais une passion pour ce pays. J'avais toujours eu envie d'y aller donc quand je suis sortie de mon école d'ingénieur en 2008, j'ai cherché un job au Royaume-Uni. Je ne voulais pas être à Londres car je savais qu'il y avait une très grande communauté francophone et je connaissais le risque de ne rester qu'avec des Français. J'ai finalement décroché un poste à Leeds dans les fermes éoliennes.
En tant que passionnée de la culture britannique, je posais beaucoup de questions aux gens que je rencontrais sur la culture populaire, sur certaines expressions, sur certaines habitudes…Mais beaucoup de choses restaient inexpliquées et ça m'ennuyait de poser des questions à mon entourage à longueur de journée. Je suis donc un peu restée le bec dans l'eau. Quand je suis rentrée en France, j'ai fait le parallèle entre tout ce que je connaissais sur mon pays et tout ce que je n'avais pas réussi à maitriser pendant deux ans en Angleterre. C'est comme cela qu'est né "Comme une Française". De tout ce qui est absolument évident pour nous mais qui ne l'est pas du tout pour un étranger à qui on ne l'a jamais expliqué.

Quelle image de la France ont les expatriées qui arrivent dans l'Hexagone  ?
Elles ont une image qui est plutôt bonne. Mais la France transporte énormément de fantasmes. "Paris est la ville de l'amour", "La France est un pays magnifique", "On vit tous dans des châteaux, on boit du café le matin et on mange des croissants"… La France est un mythe en soi. Du coup quand je rencontre une expatriée qui vient d'arriver ou que mes lectrices m'écrivent, l'idée est de démystifier tout ça et de casser les codes et les clichés qui sont nombreux. Le but est les aider à prendre pied dans leur nouvelle vie, de les aider à se sentir bien dans leur nouvel environnement.

Et plus précisément quelle idée se font-elles de la femme française ?

La femme française est aussi un mythe à l'étranger. Celles qui arrivent ont donc peur de ne pas être au niveau, de ne pas pouvoir se faire des copines. En plus comme leur français est souvent approximatif, elles ont peur de ne pas pouvoir se faire comprendre, de ne pas s'intégrer. C'est angoissant pour elles. Du coup, tous les mardis, je leur envoi des articles gratuits avec plein d'infos sur la France et des phrases prêtes à être réutilisées. Ça leur donne confiance pour sortir et discuter avec le boulanger, le fleuriste ou le voisin…

Un extrait vidéo de Comme Une Française

Quelles sont les principales inquiétudes dont vous font part vos lectrices ?
C'est souvent par rapport à l'attitude qu'elles doivent adopter une fois qu'elles ont commencé à se faire des amies. Le cas typique : "si je suis invitée à diner, qu'est ce que j'apporte ?" ou "Comment se déroule une soirée en France ?". Je leur explique donc que, par exemple, nous allons rarement aller en boite de nuit après un diner. Les Français vont plutôt s'asseoir dans le canapé, boire du vin, manger le dessert et beaucoup discuter. Il y a cette culture du repas social qu'il faut que les étrangers apprennent. Le débat aussi est quelque chose qui choque beaucoup les Américaines par exemple. Alors qu'aux États-Unis, on va rechercher des points communs, en France, ce sera l'inverse. Et ce n'est pas parce qu'on est en train de débattre à bâton rompu sur un sujet sur lequel on n'est pas d'accord qu'on ne va pas rester amis. Les inquiétudes portent donc surtout sur des différences culturelles difficiles à appréhender lors des premières relations sociales.

En plus des nombreux contenus disponibles sur votre site web et de ceux que vous envoyez à vos abonnées, vous donnez aussi ce qu'on pourrait appeler des "cours d'intégration". En quoi consistent ces formations ?
J'ai conçu deux formations qui durent six semaines chacune avec un module par semaine. Tous les mardis matin, les élèves reçoivent un lien vers le cours du jour avec 4 à 6 vidéos mais aussi des PDF, des mémos, des exercices….L'une s'appelle "Moving to France" pour les femmes et les hommes qui vont s'installer en France dans un futur proche. Cela permet de se préparer à tous les côtés matériels du déménagement. Par exemple, tout ce qui concerne l'état des lieux d'entrée d'un appartement, comment on fait pour visiter un logement, comment je m'adresse à un agent immobilier, les heures pleines et les heures creusent pour Edf, comment je choisis mon fournisseur d'accès internet, comment acheter ses meubles, les mots à utiliser…
Le deuxième programme s'appelle YourVieEnRose et est plus axé sur l'intégration. Il est destiné aux femmes qui sont déjà installées en France. Le côté matériel est réglé mais le plus dur reste à faire. Il faut maintenant s'intégrer, se faire des amis, comprendre la France et ses habitudes…Il y a également un module spécifique qui s'appelle "From Girl to girl" et qui couvre des sujets uniquement féminins comme le gynécologue, la contraception mais aussi les relations hommes-femmes en France qui sont rarement traitées et qui peuvent être source d'angoisse.

Pouvez-vous nous délivrer un "best of" de vos conseils pour les femmes expatriées qui s'installent en France ?
Le premier conseil que je donne et qui a souvent beaucoup de succès est "Your accent is cute". C'est votre meilleur atout et n'essayez surtout pas de le perdre. Non seulement il est quasiment impossible de perdre son accent mais en plus l'accent étranger, notamment "british" est très bien vu en France. C'est souvent quelque chose qui va déclencher une conversation.
Ensuite, il faut toujours arriver 15 minutes en retard pour un diner. Evidemment pas au restaurant ou à une réunion mais pour une invitation chez des amis, ne soyez jamais à l'heure. On sait que les Britanniques sont toujours très ponctuels mais en France ça ne se fait pas. Nous sommes toujours un peu en retard, même dans la préparation du diner.
Enfin, n'ayez pas peur des femmes françaises. Allez vers elles. Il y a souvent le mythe de la femme française parfaite, super sophistiquée et très arrogante mais ce n'est pas forcément le cas. Parlez-leur et vous allez vous faire des copines !

Propos recueillis par Simon Gleize (www.lepetitjournal.com/londres) lundi 17 décembre 2012
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