A l’occasion de la sortie de son livre "Enfant expatrié et résilience émotionnelle", Julia Simens, coordinatrice conseil-orientation auprès de l’école internationale NIST, a répondu aux questions du petitjournal.com. Son livre évoque le développement émotionnel de l’enfant qui vit à l’étranger, la transition, l’adaptation, le besoin de modèles et d’amour. Julia Simens attend les lecteurs vendredi 27 mai à 9h dans les locaux de NIST pour le lancement de son livre

Julia Simens, coordinatrice conseil-orientation a l'ecole NIST, aide les enfants a exprimer leurs émotions (Photo courtoisie Julia Simens)

LEPETITJOURNAL.COM - Julia, à quel âge avez-vous quitté votre berceau familial du Nevada ?
Julia Simens :
Je suis partie après ma seconde année d’études universitaires et suis allée à Hawaï. Je n’étais jamais allée aussi loin ! Après cela, je ne suis plus jamais rentrée… c’était il y a 24 ans. Mon mari et moi avons décidé de travailler en-dehors de nos frontières ; plus tard, d’élever nos enfants comme des "citoyens du monde".

A Hawaï, vous vous êtes spécialisée en psychologie clinique. Qu’est-ce qui vous a poussée dans cette branche ?
J’ai toujours eu envie de me connaître moi-même mieux pour apprendre à vivre mieux les événements douloureux de la vie. Si je parvenais à une meilleure perception de la nature humaine, je pourrais alors, aussi, aider les autres.

Dans votre blog, vous mentionnez que votre mère n’était pas bavarde et exprimait peu ses opinions face à vos histoires d’enfant et plus tard, vos choix d’étudiante puis d’épouse. Cela a-t-il eu un impact sur le choix de votre carrière ?
D’une certaine manière, oui. Ma mère n’a jamais réagi négativement à mes choix mais ne m’a jamais encouragée non plus. Ce qui me donnait toute la latitude pour prendre mes propres décisions. Je pense néanmoins que l’échange verbal est essentiel et qu’il est bon d’apprendre à communiquer, à pousser chacun – et surtout les enfants – à extérioriser ses sentiments ou ses pensées.

Cela fait aujourd’hui 24 ans que vous êtes expatriée et vous avez déménagé sept fois au cours de votre vie. Parlez-nous un peu de ce parcours atypique et comment vos enfants l’ont vécu…
Mon mari et moi avons été expatriés en Afrique du Sud, au Honduras, en Indonésie, etc. et avons toujours travaillé. Depuis trois ans en Thaïlande, je suis coordinatrice conseil-orientation auprès de l’école internationale NIST (New International School of Thailand). Nos enfants (une fille de dix-neuf ans et un garçon de dix-sept ans aujourd’hui) ont effectué leur scolarité au sein d’écoles internationales et n’ont jamais souffert de notre vie professionnelle. Nous avons toujours pris le temps de communiquer avec eux, d’instaurer des rituels qui étaient autant de repères dans notre vie. Certains sont liés à notre culture, d’autres aux cultures de nos pays d’accueil. Quel que soit le pays où nous avons vécu, nous nous y sommes toujours sentis "à la maison".

Pensez-vous que cette "globalisation" du citoyen amène à une perte des cultures d’origine ou plutôt à la création d’une nouvelle culture ?
Je ne pense pas qu’une véritable perte ait lieu du fait de l’expatriation car les parents ont généralement à cœur de transmettre leurs coutumes. Bien sûr, les enfants n’en sont pas baignés si je puis dire mais ils les intègrent et les adoptent très facilement. L’intégration de coutumes et d’éléments locaux est également forte. Lorsqu’un enfant a vécu en Thaïlande, il continuera certainement à manger du riz et des plats thaïs où qu’il aille, par goût et par nostalgie, il arrosera peut-être ses frères et sœurs au moment de Songkhran (le Nouvel An bouddhique) ou encore, mêlera quelques mots à son vocabulaire. Je pense que se crée en effet une sorte de nouvelle culture, plus tolérante envers les différences et plus ouverte sur le monde.

Comment les enfants vivent-ils l’expatriation, entre les départs et les séparations, les nouveautés et les découvertes ?
Les enfants ont parfois désorientés et ressentent un grand chagrin à laisser derrière eux grands-parents, camarades, école... sans compter que bien souvent, ils ne parviennent pas à exprimer leur malaise. C’est en cela que le rôle des parents est fondamental. Et le mien, à l’école. Les parents doivent être là pour l’enfant, l’écouter et aider à s’exprimer au travers de mots ou, si ce n’est pas possible, de dessins. La voix de la maman, et/ou du papa, doit devenir pour eux leur "chez-soi portable", leur point d’ancrage partout dans le monde. Les enfants ont besoin de modèles. Les parents ont un rôle énorme puisque, d’une certaine manière, ils doivent compenser l’absence d’une famille et d’une communauté en offrant des modèles forts. Quant à moi, je ne suis pas comme dans certains systèmes, un simple recours aux problèmes. J’interviens régulièrement dans les classes et apprends aux enfants à communiquer.

Quel est votre "exercice" favori ?
J’aime le jeu de l’escalator. Les enfants fabriquent des petites cartes sur lesquelles ils inscrivent des mots désignant des émotions ou, le cas échéant, les dessinent. Nous partons du neutre, c'est-à-dire que tout va bien. L’enfant doit ensuite décider de l’évolution de ses sentiments (ou pensées). Il est inapproprié dans certaines cultures d’exprimer un sentiment aussi les petits Japonais, par exemple, préfèrent-ils évoquer leurs pensées. Bref, l’enfant choisit une carte et décide de "monter" et brandit la carte "attentif" signifiant par là son intention de bien écouter et bien travailler. Il peut choisir au contraire la carte "fatigué" annonçant une certaine paresse ! Quel que soit le sens choisi, l’enfant est le maître, c’est lui qui a le pouvoir de décider de donner un sens positif ou négatif au reste de sa journée. Il peut ensuite appliquer ce stratagème à ses sentiments liés à la perte, la nouveauté, etc. C’est lui qui décide, il apprend à s’exprimer et orienter ses sentiments ou pensées.
Il y a un autre exercice que j’aime tout particulièrement : l’illustration de la transition. L’enfant doit tout simplement illustrer un moment de transition important dans sa vie. Un petit garçon a un jour dessiné un bus et expliqué que monter dans ce bus et s’arrêter quelques kilomètres plus loin avait été pour lui une véritable transition ! L’adulte n’a pas toujours conscience de l’impact des événements sur les enfants. C’est une petite Thaïe qui m’a un jour énormément surprise. Elle m’a expliqué que la plus grosse transition de sa vie avait été la perte d’une dent ! Cet événement lui avait fait comprendre qu’elle était en train de grandir !

Y’a-t-il des problèmes spécifiques liés à l’expatriation ?
Ainsi que nous l’avons évoqué plus haut, le problème principal est le manque de modèles, de référents. En dehors de cela, on ne peut pas vraiment parler de problème spécifique. Certains enfants ont plus de difficulté que d’autres à se faire des amis et peuvent se sentir solitaires quelques temps. D’autres rencontrent parfois des difficultés scolaires liées à un ajustement de système ou de niveau. Tout finit généralement par s’aplanir. A NIST, nous avons un programme pour chaque aspect de l’expatriation : arriver, partir… rester (et vivre les départs et arrivées des autres).

Parlons un peu de votre livre "Enfant expatrié et résilience émotionnelle" (Emotional Resilience and the Expat Child). Pourquoi le besoin d’écrire ce livre, tout d’abord ?
Je vis au milieu d’enfants et de parents expatriés. J’ai choisi l’expatriation pour ma propre famille. S’il n’existe pas de problèmes particuliers liés à l’expatriation, ce mode de vie est tout à fait différent de celui d’une famille sédentaire. Pour que l’enfant s’épanouisse pleinement, il faut qu’il puisse en parler, que ses parents apprennent à communiquer ou affinent leur communication avec lui. Mon livre se veut un "cahier pratique" utile à toute la famille. J’y raconte ce que nous avons fait dans notre famille. Ce n’est pas un modèle unique bien sûr mais il peut constituer une piste de départ pour d’autres familles.

Vos enfants vous ont-ils aidé lors de la rédaction de ce livre ?
A reculons, oui ! Ils craignaient que leurs camarades ou les parents de ces derniers aient une vision un peu trop intimiste de notre vie de famille. J’ai d’ailleurs du créer le personnage de Jack afin que l’on ne sache jamais s’il est fait référence à mon fils ou ma fille ! Au fil des pages, ils se sont investis davantage. Leur aide m’a été précieuse pour garder le langage simple d’une maman à ses enfants afin que toutes les familles se sentent concernées. Ce livre est un recueil de situations que nous avons vécues et comment nous y avons fait face. Ces situations sont valables pour toutes les familles vivant à l’étranger.

Quels sont maintenant vos projets ?
Je suis très impatiente des retours que vont pouvoir me donner les lecteurs. Je les encourage donc vivement à me raconter les plus belles histoires d’expatriation de leurs enfants (julia.simens@gmail.com). Cela me permettrait de sortir un second livre qui ne serait plus celui d’une famille mais de nombreuses de familles éparpillées aux quatre coins de la planète. Un livre global qui parlerait de familles et de citoyens du monde.

En guise de conclusion, quels conseils ou suggestions aimeriez-vous donner aux enfants et aux parents, citoyens du monde ?
Je dirais aux enfants "mettez des mots clairs sur vos émotions" et aux parents "un mode de vie nomade demande beaucoup d’amour"…
Propos recueillis par Isabelle SCHEER (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mercredi 25 mai 2011

 
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