

Paris peut chanter, après la décision de Bruxelles d'accorder un délai supplémentaire de 2 ans ( y compris pour l'Espagne ) pour assainir ses comptes. Même si Pierre Moscovici, ministre des finances, a loué le " changement de doctrine " de la Commission - ce qui peut être pris pour une fanfaronnade inutile - à l'heure ou la situation économique du pays est catastrophique, et demande un peu d'humilité, les observateurs doutent d'un changement de pied de la part de Bruxelles. En réalité, le sursis accordé est dû au fait que les prévisions de déficit pour 2014 sont peu réjouissantes, puisque le déficit de la France tournera autour des 4,3% au regard du PIB, loin des 3% demandés.
Une surprise outre-Rhin
Berlin a moyennement apprécié. Par la voix de Michael Stübgen, responsable des questions européennes au sein de la CDU, il a affirmé que cela "constituait un mauvais signal", tandis que Philip Rösler, ministre de l'économie, a qualifié cette décision d'irresponsable, "quand un président de la Commission européenne remet en cause la politique de consolidation budgétaire au sein de l'Union". En revanche, Wolfgang Schäuble a défendu la décision de la Commission, en considérant que "le pacte de stabilité autorisait une certaine flexibilité dans l'application des règles ".
Le " malentendu " franco-allemand
Pour faire avancer le débat, il est une doctrine du " modèle allemand ", qu'on peut mettre au placard, grâce à Guillaume Duval, qui a écrit un livre fort intéressant: " Made in Germany ". Même si l'auteur croit à la nécessité de faire bouger l'Allemagne, avec des ténors, comme Jurgen Habermas, qui estime que " la conduite allemande au sein de la zone euro conduit à un désastre ", où Joschka Fischer, qui considère que "l'Allemagne est au centre du processus de désintégration de l'Europe ", il se dit contre un affrontement avec la chancelière. Il nous faut lui proposer une autre politique, comme l'harmonisation fiscale, la lutte commune contre la fraude fiscale - on ne le fera pas avec les anglais - et aussi la transition énergétique, avec pour corollaire, la conversion écologique de nos économies, totalement absente du débat européen. L'industrie allemande est mieux préparée que la nôtre à cet égard et, il faudrait faire un vaste plan de plusieurs mille milliards d'euros pour concrétiser ce type de projet.
Une meilleure gouvernance
Quand au fameux modèle allemand, qui obsède les Français, le succès de l'Allemagne ne tient pas aux réformes Schröder. Il tient d'abord à sa culture d'entreprise, à sa décentralisation. Sur tout le territoire, il y a suffisamment de capital culturel, financier pour investir, innover. La gouvernance d'entreprise est totalement différente de la nôtre. "Les comités d'entreprises ne sont pas consultés pour avis, mais ils doivent donner leur accord. Un patron ne peut rien décider sans l'accord préalable du comité et, dans les conseils d'administration des grandes entreprises, il y a une moitié de représentants des salariés à côté d'une moitié d'actionnaires".
Les réformes Shr£oder ont fragilisé l'Allemagne - il parle d'une " mystification " - car en sept ans de pouvoirs, l'Allemagne a plus de pauvres que la France. Sans compter que la compression des dépenses publiques a engendré le faible développement des crèches et une difficulté pour les femmes de continuer à travailler quand elles ont un enfant. Quand à la réalité des salaires, la situation est duale. 50% des salariés sont couverts par les conventions collectives et, dans ce cas les salaires sont supérieurs à ceux de la France - 15% de plus pour un ouvrier de l'automobile - mais les autres ne sont pas couverts par la convention collective. 3 millions de personnes - essentiellement des femmes - ont un salaire horaire de 6 euros.
Reste que pour G.Duval, il y a un "problème Merkel. Elle est rentrée dans l'Union à l'âge de 35 ans, elle n'a aucune connaissance réelle de l'Europe - elle l'a découvert à travers les voyages officiels -, elle n'a aucun feeling européen, et cela constitue vraiment un problème".
Amine Cassim (www.lepetitjournal.com/Berlin) jeudi 9 mai 2013






