PIERRE-YVES LE BORGN’ – "J’ai conscience de l’immensité de la tâche de servir nos compatriotes vivant sur un territoire représentant pas loin de 40% de l’Europe"

 

Six mois après son élection, le député de la 7e circonscription des Français de l’étranger revient sur son action à l’Assemblée nationale. Il nous livre également son sentiment sur les mesures annoncées pour les Français de l’étranger ainsi que sa vision de l’Europe et des relations franco-allemandes.

Pierre-Yves Le Borgn' le 7 décembre à Bonn (Photo : G.RM)

Lepetitjournal.com : Quels souvenirs, bons et mauvais, gardez-vous de la campagne ?
Pierre-Yves Le Borgn' : Le premier bon souvenir, c’est bien sûr d’avoir été élu. C’est aussi d’avoir été au contact de nos compatriotes pendant la campagne. J’ai fait plus de 50 réunions publiques devant une trentaine de personnes en moyenne. Parfois, le public était moins nombreux – j’ai le souvenir cuisant d’une réunion publique avec une seule personne à Zagreb ! A l’inverse, j’ai vu parfois jusqu’à 100 personnes. Ce sont des gens que je n’avais jamais rencontrés, et j’ai trouvé extrêmement passionnants les parcours que chacun me révélait. Il n’y a pas de mauvais moment, simplement le temps consacré à la campagne qui pour moi a duré un an et demi, de  janvier 2011 à juin 2012. Je n’étais pas souvent dans les bureaux de ma société ou avec ma famille et cette vie solitaire était parfois difficile. Le dernier mois, j’avais parfois deux réunions publiques par jour et à la fin j’avais tendance à m’endormir dans les trains. Le côté enrichissant, ce sont vraiment ces rencontres et tous ces moments d’émotion. Par exemple ces grands-parents d’enfants français qui venaient me voir pour savoir comment ramener leurs petits enfants franco-allemands à parler le français, ou encore ces jeunes à Berlin qui s’interrogeaient sur leur avenir après un stage. C’était vraiment un échange et c’est ce qui a rendu cette campagne exaltante.

Comment s’est déroulée votre prise de fonction ? Qu’avez-vous ressenti lors de votre entrée dans l’Hémicycle ?
Je ne voulais pas arriver à l’Assemblée nationale dans le pic de la présence médiatique, alors je me suis donné trois jours pour me rendre à Paris. Élu le dimanche 17 juin, je ne suis allé à Paris que le jeudi matin suivant. J’ai vécu deux moments d’émotion dans cette journée : le premier à la sortie du RER au Musée d’Orsay, le fait de retrouver ce chemin que j’avais pris pendant 30 ans, longeant l’Assemblée Nationale sans jamais y entrer. A ce moment-là, j’ai réalisé que ce même chemin me conduisait cette fois à l’Assemblée comme député. Le deuxième moment d’émotion, c’est lorsque je suis entré dans l’Hémicycle pour la photo officielle. C’est éblouissant et je devais avoir l’air d’un gamin le matin de Noël ! Face à la tribune vide, je voyais passer mon Panthéon républicain : le discours de Robert Badinter sur l’abolition de la peine de mort, Mendès France, Blum, Jaurès... C'est un endroit habité d'Histoire et on se sent vraiment humble quand on est assis là. J’ai aussi pensé à ma grand-mère, décédée l’an passé et avec qui j’avais un lien très fort.

Comment êtes-vous regardé dans l’Hémicycle par vos collègues de Bretagne et d’ailleurs ?
Mon parti a gagné les 8 circonscriptions du Finistère, mon département natal, et au début j’étais présenté comme le 9ème député finistérien. Les autres députés nous voient,nous les députés des Français de l’étranger, comme des gens un peu originaux qui courent une bonne partie de la planète dans des circonscriptions qu’ils jugent improbables. Car ils sont élus dans un territoire qui fait 30km sur 40, alors que ma circonscription par exemple représente 40% de l’Europe et 16 pays. En général, ils sont très étonnés quand je leur dis que j’ai ouvert une permanence à Cologne. Ils sont aussi surpris par les thèmes que j’ai choisi, comme le régime matrimonial franco-allemand ou la résolution du drame des enlèvements d’enfants dans notre cadre transnational.

Très forte chez les Français vivant en France, l’abstention a atteint des records dans les circonscriptions des Français de l’étranger et notamment dans la vôtre (76%)… comment comptez-vous mobiliser les Français de l’étranger pour le prochain scrutin afin d’obtenir une plus grande légitimité ?
Par le travail que je vais faire, par les comptes-rendus que je donnerai régulièrement et par les résultats que j’obtiendrai pas à pas sur les cinq ans de mon mandat. Je veux obtenir rapidement le vote formel de ratification de l’Assemblée nationale afin que le régime matrimonial franco-allemand puisse entrer en vigueur sans délai. Je veux aussi agir sur d’autres thèmes comme le développement d’un régime européen de mutuelles, réfléchir à des solutions en matière de filières bilingues à l’étranger, surtout dans des villes comme Cologne où il n’existe pas de lycée français et rapprocher le service public consulaire français du citoyen

Comment organisez-vous votre travail au quotidien ? A quelles difficultés êtes-vous confronté ?
C’est un défi car la vie à l’Assemblée est très chaotique avec des réunions toutes aussi importantes les unes que les autres se déroulant en parallèle. Je passe mes mardis mercredis et jeudis à l’Assemblée où je cours d’une réunion à l’autre, et où je travaille en temps réel. Ce sont des jours très difficiles car je n’arrive pas à prendre des appels. Le vendredi je suis autant que possible à Cologne et le lundi chez moi où j’en profite pour travailler, écrire au calme, penser. La gestion du temps est sans doute l’une des plus grandes difficultés dans l’exercice du mandat. D’autant que j’enchaîne aussi les voyages plus lointains dans la circonscription, au rythme de deux ou trois par mois et sur des durées de 2 à 3 jours.

Pourquoi ce choix d’établir votre permanence à Cologne ?
Tout d’abord, j’ai voulu ouvrir une permanence parce que j’estime que je ne peux être un député efficace si je n’ai pas un lien immédiat avec ma circonscription. Pour moi,Cologne est un hub vers  le reste de la 7èmecirconscription.,De plus, j’ai ici deux de mes trois collaborateurs : Gabriel Richard-Molardet Cyril Mallet,qui y sont présents du lundi au vendredi et reçoivent tous les compatriotes qui me contactent. J’ai également choisi Cologne parce que je voulais travailler à partir d’une gare avec un lien direct vers Paris. J’avais le choix entre Francfort et Cologne. J’ai retenu Cologne car c’est une ville que j’aime depuis longtemps et que je trouvais en outre le concept de Villa France, où mon bureau est hébergé, très sympa.

Quelles sont les thématiques sur lesquelles vous travaillez actuellement ?
Le droit de la famille principalement. Depuis juillet, je travaille sur l’idée d’une résolution du drame des enlèvements légaux d’enfants en proposant dans le cadre franco-allemand une mission parlementaire. J’ai déjà rencontré une demi-douzaine de ministres sur ce sujet et Jean-Marc Ayrault l’a présenté comme une priorité d’action dans son discours aux Français de Berlin le 16 novembre dernier. J’en ai été très heureux car il y avait du boulot derrière cela. Je travaille aussi sur l’enseignement, le développement des filières bilingues d’enseignement, l’exportabilité des droits sociaux d’un Etat à l’autre.

Vous avez présenté en Commission des Lois un rapport sur le régime matrimonial franco-allemand, adopté à l’unanimité, que proposez-vous dans ce texte ?
J’ai voulu insister sur la communication et notamment l’appropriation de ce régime par le monde du notariat. Comme ce régime relève du contrat et de la séparation des biens, il est important que les notaires, notamment français, le comprennent et le proposent. Ce n’est pas nécessairement gagné car la participation aux acquêts ne rencontre pas spontanément un réel soutien des praticiens, à la différence de l’Allemagne. J’ai donc rencontré plusieurs fois le Conseil Supérieur du Notariat en France. L’objectif de ce régime est qu’il soit utilisé. J’ai aussi souligné dans mon rapport que c’est la porte à la résolution des difficultés d’aval dans le droit de la famille : la garde des enfants, les obligations alimentaires, et plus loin les successions. Je voudrais que ce droit matériel franco-allemand sur le mariage puisse être décliné ensuite sur le divorce, sur la tutelle sur les majeurs incapables et les droits de succession avec un réel droit matériel commun.

Vous avez défendu une proposition de loi du groupe UDI (les amis de Jean-Louis Borloo) relative à la reconnaissance du vote blanc qui a été adoptée. Pourquoi ?
Je m’en suis emparé parce qu’il m’avait toujours semblé que le vote blanc était une expression et pas une abstention et que derrière cette expression, il y avait le rejet de l’offre politique du jour du scrutin et que considérer cela comme un vote nul était assez méprisant pour ceux qui votaient blanc. J’ai proposé ma candidature au groupe socialiste pour être le porte-parole dans ce débat et j’ai eu plaisir à œuvrer avec François Sauvadet, le député UDI qui portait cette proposition, pour que le vote blanc soit enfin reconnu en droit électoral en France.

Quel est votre sentiment sur le début de quinquennat de François Hollande et du gouvernement Ayrault ?
Contrairement à ce qu’on peut entendre, c’est bien parti. Nous avons déjà changé beaucoup de choses, dès l’adoption de la loi de finances rectificative pour 2012 en juillet. Nous avons mis en place les emplois d’avenir, conduit un travail de relance du logement social et lancé le pacte de compétitivité, prenant le pari que la réduction du coût du travail permettra de doper le marché de l’emploi dès la mi-2013. Je suis fier aussi de travailler à la reconnaissance du mariage et de l’adoption pour les couples de même sexe.. Il y a une œuvre législative qui se construit et qui est déjà là. Mais nous sommes aussi les représentants d’un parti et d’une majorité qui n’avait pas gouverné pendant 10 ans et je pense que les petits couacs relevés ici et là étaient assez immanquables.

Comment réagissez-vous à la suppression de la prise en charge des frais de scolarité à la rentrée 2012 et aux différentes mesures annoncées pour les Français de l’étranger (réforme consulaire, réforme de l’Assemblée des Français de l’Etranger) ?
J’ai voté la suppression de la prise en charge au mois de juillet dernier dans le cadre du projet de loi de finances rectificative. C’était un engagement de campagne du Président de la République. Il était malheureux que 25% des crédits d’aide à la scolarité soient attribués sans aucune condition de ressources à 7% des élèves. Les crédits de la prise en charge seront redéployés intégralement sur les bourses à caractère social sur le triennum budgétaire 2013-2015. Je m’en félicite. L’aide à la scolarité doit être concentrée sur les familles qui en ont besoin. Une réforme du barème des bourses à caractère social est actuellement en discussion, qui permettra par ailleurs d’ouvrir le cadre des bourses à certaines familles de la classe moyenne qui n’y sont à ce stade pas éligibles.
Sur la réforme consulaire, j’ai fait connaître mes propositions de rapprochement du service public à l’Ambassadeur Daniel Lequertier, à qui la Ministre déléguée au Français de l’Etranger, Hélène Conway-Mouret, a confié une mission sur l’évolution de notre réseau consulaire. Mes propositions sont celles que j’avais présentées en campagne électorale : renforcement des tournées consulaires, ouvertures de chancelleries détachées en lieu et place des consulats à gestion simplifiée et progrès sur le fonctionnement des machines biométriques. J’ai été pendant près de 10 ans Conseiller à l’Assemblée des Français de l’Etranger (AFE) et je suis donc particulièrement attentif à son évolution. L’AFE et ses élus incarnent l’action de proximité au service de nos compatriotes. Je souhaite que l’AFE reçoive, dans une logique de décentralisation de l’action publique, compétence sur l’action sociale, les bourses et les animations enfantines FLAM. C’est le projet du Conseil Général d’Outre Frontière, voté à l’unanimité par l’AFE il y a quelques années. L’AFE doit évoluer vers des compétences décisionnelles et ne plus être seulement une assemblée consultative.

Quel est votre ressenti par rapport à la 7e circonscription après des quelques mois de mandat ?
J’ai conscience de l’immensité de la tâche de servir nos compatriotes vivant sur un territoire représentant pas loin de 40% de l’Europe. L’hétérogénéité des situations est également un défi selon que l’on agit à Cologne, à Munich, à Varsovie ou à Skopje. Il faut être en permanence à l’écoute et c’est pour cette raison aussi que j’ai ouvert une permanence en circonscription, avec un collaborateur en charge de l’Allemagne et un autre en charge des autres pays de la circonscription. J’aime ce défi et plus que tout le contact humain qui l’accompagne. Je consacre une part importante de mon temps à mes déplacements en circonscription et aux permanences téléphoniques afin d’être le plus immédiatement utile à nos compatriotes. En six mois de mandat, j’ai déjà apporté des solutions à nombre d’entre eux qui m’avaient saisi de sujets aussi divers que les retraites, l’aide à la scolarité ou la représentation consulaire.

Quelle est votre vision de l’Europe et des relations franco-allemandes aujourd’hui ?
Je suis depuis toujours un fédéraliste européen. La crise des dettes souveraines et de la zone Euro a forcé les Etats membres à des décisions qu’ils n’auraient jamais envisagées dans d’autres circonstances. Un noyau dur européen est apparu autour de la zone Euro et je souhaite qu’il se dote d’une organisation qui permette d’approfondir le fédéralisme entre les Etats qui le composent, notamment en matière budgétaire. Il faut un gouvernement économique, contrepoids à l’indépendance de la BCE, placé sous le contrôle du Parlement européen. Dans ce cadre, la France et l’Allemagne doivent former le couple moteur. Rien ne se fait durablement sans eux. Nos deux pays doivent chercher à rapprocher leurs points de vue, non sous la contrainte, mais par ambition européenne. Ils doivent par ailleurs dépasser dans la relation bilatérale le prisme de la commémoration, qui a vécu, et passer à une communauté de projets, touchant notamment à la transition énergétique, au droit de la famille, au bilinguisme et à la formation professionnelle. C’est l’idée que je porte comme Président du groupe d’amitié France-Allemagne à l’Assemblée Nationale.

Propos recueillis par Magali Hamon et Caroline Dabard (www.lepetitjournal.com/cologne) Lundi 17 décembre 2012

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