SOCIÉTÉ - Le phénomène des "boîtes à bébé" ou "Babyklappen"

Les Babyklappen (boîtes à bébés), aussi appelés Babynest (nid à bébés), Babyfenster (fenêtre à bébés) ou encore Babykörbchen (corbeille à bébés), sont des lieux où les mères souhaitant abandonner leurs nouveau-nés peuvent les déposer, de manière discrète et anonyme. Les enfants y sont alors pris en charge par des aides-soignants. Si cette pratique était courante au Moyen-Âge et a depuis presque disparu en Europe, l’Allemagne compte encore aujourd'hui environ une centaine de ces endroits... 

La première Babyklappe moderne a été installée en Hambourg en 2000, en réaction à plusieurs cas où des bébés abandonnés étaient morts d’hypothermie en 1999. La même année, Lübeck et Berlin ont suivi l’exemple, imitées en 2001 par Karlsruhe et par certaines autres villes allemandes. La Babyklappen est un lit chaud accessible depuis l’extérieur : la femme peut y laisser son enfant, la porte est verrouillée, et après quelques instants permettant à la mère de quitter les lieux anonymement, une alarme avertit le personnel soignant de l’arrivée du bébé. En 2005, on a dénombré 22 enfants déposés dans des Babyklappen à Hambourg, dont 7 ont été ultérieurement récupérés par leur mère.

Dans certaines de ces "tours d’abandon" (mot utilisé en France pour décrire ces lieux, qui toutefois ont cessé d'y exister définitivement dès le XIXème siècle), on trouve un formulaire sur lequel la mère peut indiquer le nom de son bébé si elle le souhaite. Elle peut également y inscrire des indications ou mots de code qui permettront une éventuelle identification et prise de contact ultérieure avec l’enfant. Parfois, il lui est même possible de prendre une empreinte de main ou de pied du bébé grâce à un tampon encreur mis à sa disposition, pour le cas où elle souhaiterait plus tard retrouver le nourrisson.

Evolution de l’usage

Ce système de "tours d’abandon" a été mis en place à Rome au 12ème siècle pour lutter contre l’abandon et l’infanticide, très fréquents à l’époque, et s'est développé dans toute l'Europe. Ce sont ensuite surtout des femmes mettant au monde un enfant hors mariage qui y ont eu recours. Aujourd’hui, les raisons ont changé. Le plus souvent, ces Babyklappen sont utilisées par des femmes n’étant pas à même de prendre leur enfant en charge et qui ne veulent pas dévoiler leur identité. En effet, contrairement à la France qui autorise l’accouchement sous X, l’Allemagne ne permet pas aux femmes d’accoucher anonymement. Cette pratique leur permet donc de protéger leur identité et d’offrir en même temps à l’enfant un suivi médical, ainsi que des chances d’être adopté.

Une pratique controversée à la fois légalement et moralement

Cette pratique est très controversée, et ce à la fois sur le plan légal et sur le plan moral. En effet, l’abandon d’un enfant par sa mère est considéré comme un crime en Allemagne. Il existe cependant des lois autorisant les parents à laisser leur enfant à la charge d’un tiers jusqu’à huit semaines après la naissance. Or le fait de déposer son bébé dans une Babyklappe, où il est recueilli par des membres du personnel hospitalier, peut être assimilé à une prise en charge par un tiers. Toutefois, des enfants âgés de plus de 3 ans ont parfois eux aussi été déposés, et, si les parents ne récupèrent pas l’enfant, un problème se pose : en effet, le droit de l’enfant à connaître son origine est dès lors violé, notamment si la mère n’a laissé aucune indication sur son identité.

Moralement, cette pratique est aussi très critiquée. Le droit à l’accouchement sous X empêcherait-il les abandons ? De nombreuses femmes auraient peut-être tout de même honte de laisser leur bébé à l’hôpital et peur d’être jugées, tandis que le système des Babyklappen, bien plus discret, peut apparaître comme une situation alternative à des solutions terribles pour la femme paniquée ou n’étant pas à même de s’occuper de son enfant.

Aucun chiffre précis n’est communiqué quant aux néonaticides en Allemagne, et pour cela il est encore plus difficile de juger de l’efficacité de ces Babyklappen… Selon la dernière étude, environ 973 enfants auraient été remis à ces structures entre 2000 et 2010, et parmi eux 250 auraient ensuite été récupérés par leur mère.

Morgane Levier (www.lepetitjournal.com/cologne) Mercredi 17 mai 2017

 

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