DAVID FOENKINOS - "Le public allemand est vraiment extraordinaire !"

 

David Foenkinos, l’auteur de "La Délicatesse", "Les Souvenirs" et "Charlotte" était à Cologne mercredi pour présenter son dernier roman, "Le mystère Henri Pick". Rencontre avec un auteur à succès chaleureux et d’une touchante simplicité.

David Foenkinos à l'hôtel Im Wasserturm (Photos : M.H)

Lepetitjournal.com Cologne : Quel est votre premier souvenir littéraire ?
David Foenkinos : Je ne suis pas du tout issu d’un milieu littéraire. Il n'y avait quasiment pas de livres chez moi, mes parents ne lisaient pas et je détestais lire. À l'âge de 16 ans, c’est devenu toute ma vie. J'ai été opéré du cœur et j'ai passé plusieurs mois à l'hôpital. Cela a changé mon rapport à la vie. J'ai commencé à aimer la musique classique, le jazz, la peinture et à lire énormément. Mon premier souvenir littéraire marquant c'est L'insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera.

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?
Vers l’âge de 16 ans, comme pour la lecture. Comme j’ai passé du temps à l’hôpital, j’ai écrit beaucoup de lettres. Cet échange de correspondances a développé ce goût. J’ai aimé ce sentiment d’écrire, et cela ne m’a jamais quitté, c’est devenu une drogue. J’ai commencé par écrire des nouvelles, puis des romans… mais je n’ai jamais pensé que je serais publié.

Le Mystère Henri Pick est bâti comme un polar littéraire : quel est le point de départ de ce roman ?
C'est mon premier livre qui repose sur une enquête. J'ai pris beaucoup de plaisir à créer cette énigme. Les lecteurs ne savent pas vraiment où ils vont.
Il y a un double point de départ : d'abord la bibliothèque des livres refusés qui existe vraiment aux États-Unis. Cela m'a tout de suite interpellé, j'ai adoré cette idée de pouvoir déposer ses manuscrits. Et l'histoire de Vivian Maier, la baby-sitter dont on a découvert après sa mort les photos extraordinaires, m'a aussi inspiré. Les deux ont créé cette histoire en moi. J'ai imaginé une bibliothèque de livres refusés où une jeune éditrice allait découvrir une pépite écrite par un homme qui n'avait dit à personne qu'il écrivait.

Les personnages de votre roman pensent que ce fameux Henri Pick a écrit son livre dans le sous-sol de sa pizzéria, le matin à l’abri de tous. Quelles sont vos habitudes d’écriture ? Vos lieux de prédilection ?
J'adore écrire dans le train, notamment en Allemagne. Ce dernier roman, je l'ai pratiquement intégralement écrit lors de la grande tournée pour Charlotte en Allemagne. Dans le train, comme dans l'avion, je suis coupé de tout et j'aime ça.

Vous plantez le décor de votre histoire dans le Finistère, à Crozon. Pourquoi cet endroit ? Avez-vous un attachement particulier à cette région ?
Je l'ai mis en Bretagne au fin fond du Finistère car il fallait aller déposer en mains propres son manuscrit. A l'image de cette bibliothèque, il fallait la placer dans une nature sauvage et poétique. Certains sont même allés déposer des livres cet été à Crozon…

Vous décrivez les déboires de l'écrivain. Est-ce du vécu ou le fruit de votre imagination?
Ce roman est un hommage à la littérature. Je parle des écrivains, des bibliothécaires, des libraires, des éditeurs et des lecteurs. J'ai voulu rendre hommage à tout ce que la littérature m'a apporté. Beaucoup se rêvent écrivain, espèrent être publiés, souffrent d'être refusés. Mais il y a une violence pire que d'être refusé, c'est d'être publié et d'être confronté à l'indifférence générale. C'est le cas du jeune écrivain dans mon roman, Frédéric, qui éprouve beaucoup d'amertume. Ce n'est pas du tout personnel même si pendant 10 ans je n'ai pas eu de succès. J'ai connu des rencontres littéraires où il n’y avait personne mais je n'étais pas malheureux.

Vous rappelez qu’un roman peut bouleverser la vie de ses lecteurs. Y a-t-il un livre qui a changé votre vie ?
Je ne dirais pas un livre en particulier mais tous les romans que j'ai lus à l'âge de 16 ans comme Belle du Seigneur d’Albert Cohen, Lolita de Nabokov, les livres de Dostoïevski… J'étais dans une boulimie de lecture.

Dans Le Mystère Henri Pick, il est question de reconnaissance. Votre livre Charlotte avait été doublement récompensé par le prix Goncourt des lycéens et le prix Renaudot. Que vous a apporté la reconnaissance littéraire ?
Pour moi le succès public est très important. Les prix littéraires, c'est une façon d'être reconnu par d'autres écrivains. C'est touchant. Le plus émouvant, c'est le Goncourt des lycéens que j’ai reçu pour Charlotte. C'est vraiment pour moi une forme d'accomplissement. J'ai travaillé 10 ans sur ce livre avec l'obsession de tout faire pour que cette femme ne soit pas oubliée. Elle est un exemple extraordinaire de courage, de culture et d'inventivité. J’ai trouvé qu’elle était un exemple magnifique pour les jeunes. Quand une jeune fille m'a dit un jour que Charlotte faisait partie de sa vie, ça restera le plus beau souvenir de ma vie littéraire.

Quelles lectures vous ont le plus marquées et pourquoi ?
Les auteurs russes et allemands. Ceux qui m'ont le plus influencé sont Walter Benjamin, Thomas Mann, Gogol, Bruno Schulz…

Après La Délicatesse et Les Souvenirs, votre livre Charlotte va être à son tour adapté au cinéma. Où en est ce projet ?
Le projet n'en est qu'à ses prémices. A priori on est partis sur un projet international. Le prochain film qui sortira d’après l’un de mes livres c'est Je vais mieux.
Le mystère Henri Pick va également devenir un film.

Vous faites partie de ces écrivains français qui séduisent à l’étranger et rencontrez notamment un grand succès en Allemagne, mais aussi en Espagne, au Brésil et en Amérique du Sud. Dans pays préférez-vous rencontrer vos lecteurs ?
L'Allemagne car c'est un pays extraordinaire pour la littérature ! Les gens payent pour assister à des lectures, 200 personnes se déplacent pour des rencontres littéraires, il y a des librairies partout… Le public allemand est vraiment extraordinaire !

Propos recueillis par Magali Hamon (www.lepetitjournal.com/cologne) Vendredi 17 mars 2017

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