CRISE DE LA PRESSE- Comment s’en sort l’Allemagne ?

 


Vue de France, la presse allemande affiche une insolente bonne santé et fait rêver les éditeurs français qui voient leurs ventes de journaux dégringoler. Pourtant, les chiffres le prouvent, le paysage médiatique allemand est loin d’être épargné par la crise de la presse. Décryptage

Si d’un point de vue français, la presse allemande se porte bien et continue à résister à la révolution numérique et aux multiples contraintes économiques qui menacent, en France, de faire disparaître la presse papier, d’un "point de vue allemand, elle traverse la plus grande crise de son histoire", déclare Valérie Robert dans son livre La presse en France et en Allemagne, une comparaison des systèmes, publié cette année.
Certes, la situation en Allemagne a de quoi faire rêver les médias français. Avec 3,7 fois plus de titres quotidiens différents qu’en France, l’Allemagne est le premier pays européen alors que la France se classe à la quatrième place. De même, l’offre en presse régionale et locale y est sensiblement plus élevée. On dénombre 333 titres différents quand la France n’en présente que 67.

Une meilleure diffusion
Outre le nombre beaucoup plus élevé de titres de presse disponibles, l’Allemagne peut aussi se vanter d’avoir en termes de diffusion le réseau le plus dense du monde. 1,5 point de vente pour mille habitants soit trois fois plus qu’en France. Et pas besoin de trouver un kiosque ou un marchand de tabac pour être assuré de lire son journal chaque matin au petit-déjeuner. En Allemagne, on le trouve partout, que ce soit dans les supermarchés et discounters, à la boulangerie, chez le coiffeur ou chez le vendeur ambulant au coin de la rue.

Malgré cette situation confortable qui ressemble pour les éditeurs français à un eldorado, les médias allemands subissent eux-aussi quoique dans une moindre mesure les conséquences de la crise de la presse. On observe ainsi depuis 1960 une baisse constante du nombre d’exemplaires de quotidiens diffusés pour mille habitants. Cela n’a cependant rien à voir avec celle observée en France : - 9,2% contre - 23, 2% en France. Cependant, entre 2005 et 2009, cette baisse s’est avérée être bien plus rapide que celle enregistrée en France à la même période : - 8,3% contre - 5,7%.
Cette diminution croissante du nombre de titres vendus est à mettre en corrélation avec l’érosion continue du lectorat allemand. De moins en moins enclins à acheter chaque jour le journal, les adultes âgés de 20 à 40 ans se tournent davantage vers l’information véhiculée sur la toile, plus accessible et moins coûteuse. Il y a 10 ans, on comptait parmi eux 70 % de lecteurs réguliers de la presse papier, aujourd’hui ils ne sont plus que 60 %.

Cologne : des chiffres en baisse
A Cologne, le constat est identique. Les ventes de journaux papier ne cessent de diminuer. La situation est particulièrement inquiétante pour le quotidien l’Express qui a perdu, en l’espace d’un an, 21.273 de ses lecteurs. Et la situation à Cologne n’est que le reflet de celle de la région. En Rhénanie du Nord-Westphalie, la majorité des grandes maisons de presse régionale ont vu leurs chiffres de vente dégringoler. Le groupe de presse WAZ a ainsi perdu 34.211 lecteurs, le Rheinische Post 7 965 et la Westdeutsche Zeitung un peu plus de 14.000 lecteurs.

Pour faire face à la crise de la presse, les éditeurs allemands ont cependant mis en place des stratégies  commerciales innovantes qui semblent aujourd’hui porter leurs fruits. Face au vieillissement de leur lectorat, ils n’hésitent pas à recruter de plus en plus tôt les lecteurs de demain. La Süddeutsche Zeitung a ainsi développé un magazine spécialement dédié à la jeunesse et intitulé Jetzt. De même, les hebdomadaires Die Zeit et Der Spiegel misent sur la jeunesse en ajoutant à l’intérieur de leurs pages des suppléments consacrés aux enfants.
D’autres éditeurs voient leur salut dans le recours au format tabloïd, c'est-à-dire à un format plus petit, et plus facilement transportable. L’idéal pour tous ceux qui souhaitent lire leur journal dans le métro en se rendant au travail ! Die Welt a ainsi sorti depuis 2004 une édition "Welt Kompakt". Cependant, si la taille réduite du journal est d’un point de vue pratique avantageuse, elle implique aussi nécessairement une réduction du contenu éditorial.

Miser sur les abonnements
Pour fidéliser leurs lecteurs, les éditeurs allemands multiplient les gestes commerciaux notamment dans l’objectif de recruter de nouveaux abonnés beaucoup plus nombreux en Allemagne qu’en France : forte remise par rapport au prix au numéro, objets promotionnels en cadeau, abonnements d’essai gratuits. Les quotidiens allemands pratiquent également l’abonnement partiel, comme la Süddeutsche Zeitung et la Tageszeitung qui proposent de s’abonner uniquement à l’édition du samedi.

De nouvelles sources de financement : les plus-produits
Les quotidiens allemands parient aussi sur le numérique. Ils se modernisent et trouvent ainsi de nouvelles sources de financement via le multimédia. Certains sites internet de quotidiens allemands sont ainsi devenus au fil des années de véritables plateformes de ventes de “plus-produits”.

Le tabloïd Bild en est l’exemple parfait. Le journal a ainsi créé, sur son site internet, le Bild Shop où l’on peut trouver tout et n’importe quoi : films, jeux de société, livres mais aussi des vêtements et des bijoux. L’expérience qui s’est révélée concluante a immédiatement été suivie par le Spiegel qui possède aussi son Spiegel Shop mais  cible davantage la jeunesse par la vente de consoles et de jeux vidéo, en plus des traditionnels CDs et DVDs.

Laurie Tierce (www.lepetitjournal.com/cologne) Mercredi 30 mai 2012

Sources
Arrêt sur images - http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=13217
Report-k.de - http://www.report-k.de/Wirtschaft/Lokales/Koelner-Zeitungen-verlieren-viele-Leser
Deutsche Welle - http://www.dw.de/dw/article/0,,15909199,00.html
Et pour aller plus loin…
Valérie Robert, La presse en France et en Allemagne, une comparaison des systèmes, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2012


 
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