Cambodge

ENTRETIEN EXCLUSIF - L’avenir de l’éducation selon le ministre Hang Chuon Naron

 

 

Le ministre de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports, Docteur Hang Chuon Naron a accordé à notre rédaction un entretien exclusif. La place de l’enseignement du français, le rôle de la langue maternelle, la fonction des écoles internationales ou encore les écoles et les universités de demain … autant de sujets abordés avec le ministre dont les réformes font évoluer le système éducatif du Royaume.

 

 

 

 

Lepetitjournal.com Cambodge : Le Cambodge est un des pays fondateurs de la Francophonie. Depuis le monde a évolué, tout comme le Cambodge, et l’anglais est la langue internationale. Combien de jeunes cambodgiens apprennent aujourd’hui le français dans les écoles privées et l’enseignement public ?

Docteur Hang Chuon Naron : Dans le public, nous avons les classes bilingues dispensées dans sept provinces et qui rassemblent 8 000 élèves. Ils reçoivent un enseignement en français dans les matières de biologie, de physique, et des mathématiques. Il est néanmoins difficile de trouver des enseignants capables de dispenser ces matières en français.

Ensuite plus de 124 000 étudiants apprennent le français en langue vivante 1 et 2 dans les écoles publiques. Nous avons aussi un programme de français renforcé.
Au total, environ 150 000 élèves apprennent le français aujourd’hui au Cambodge. 

Au niveau du secondaire, il y a des filières francophones à l’Université Royale de droit et de sciences économiques. Neuf autres universités cambodgiennes font partie du réseau de l’Agence Universitaire Francophone – AUF.

Même si ces chiffres restent importants, la nouvelle génération se tourne vers l’anglais …

Effectivement et c’est d’ailleurs un des atouts majeurs des étudiants cambodgiens qui maitrisent facilement l’anglais.  C’est pourquoi notre approche est d’encourager les jeunes à apprendre à la fois l’anglais et le français. Parler l’anglais permet de trouver plus facilement un emploi et un jeune qui parle également le français se démarquera des autres.

Le fait que de plus en plus de jeunes cambodgiens suivent des cursus dans des écoles privées dont l’enseignement est dans une langue étrangère comme l’anglais ou le chinois, n’entrainerait-il pas un risque d’un affaiblissement de ces jeunes dans la maitrise du khmer et donc de la connaissance de leur propre culture ?

Cela n’est pas nouveau. Dans les années 50, la bourgeoisie cambodgienne parlait français et parfois leurs enfants maitrisaient mal ou pas le khmer. Pour qu'un jeune maîtrise une ou des langues étrangères, sa langue maternelle doit être installée sur des bases solides.  Les écoles internationales doivent faire le nécessaire pour encourager leurs élèves à apprendre et à perfectionner leur khmer. La langue n’est pas seulement un outil de communication mais c’est aussi un outil pour apprendre les concepts et comprendre le monde.

Aujourd’hui, c’est l’anglais qui domine au point que plus de 50% des enfants inscrits à l’école maternelle ont un prénom anglais. C’est une erreur. Pour être intégré socialement et politiquement, un Cambodgien doit parler parfaitement le khmer au risque de devenir un étranger dans son propre pays.

Les écoles internationales se multiplient. Quel rôle jouent-elles dans l’éducation et la formation au Cambodge ? 

Le gouvernement royal et le ministère de l’Éducation donnent une priorité au développement des écoles internationales avec une approche libérale. Nous encourageons les écoles internationales à s’installer au Cambodge afin de diversifier les sources de connaissances et le choix pour les parents.  

Pour répondre aux besoins de la quatrième révolution industrielle, nous avons besoin d’élèves bien formés mais aussi de jeunes dotés d’un esprit critique. C’est l’éducation du futur et cet environnement libéral peut favoriser l’émergence de jeunes bien formés et qui savent réfléchir. 
La multiplication des écoles privées locales et internationales est saine pour l’éducation publique et le Cambodge.

Quelles sont les universités du futur au Cambodge ?

Les professeurs seront plus des facilitateurs et les élèves apprendront plus par eux-mêmes. Ils sont déjà amenés à consulter des cours en ligne. L’apprentissage sera mixte, entre enseignants et étudiants et encore une fois par les étudiants eux-mêmes. L’enseignement doit être plus global. Par exemple, un futur médecin doit étudier la biologie mais aussi la technologie, la mécanique et les nanotechnologies.  Au Cambodge, nous devons anticiper cette évolution. Il existe une école innovante qui s’appelle Liger International School. Sa pédagogie est basée notamment sur la créativité, l’innovation et la résolution des problèmes. Par exemple en science, ils n’étudient pas des matières mais les fondamentaux de la science. Les élèves sont poussés à construire des connexions entre différentes idées et expériences. C’est l’enseignement du futur.

La rédaction (www.lepetitjournal.com/cambodge) jeudi 2 mars 2017

 

 
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