

A Rovieng, circonscription située au Nord du Cambodge dans la province de Preah Vihear, la présence de minerai de fer a conduit deux sociétés chinoises à élaborer un projet d'exploitation incluant la construction de plusieurs infrastructures, et dont le coût s'élève à 11 milliards de dollars. Un chiffre vertigineux, pour un contrat dont les termes apparaissent pourtant nébuleux, comme le souligne une enquête de l'agence Reuters.
Le sous-sol de Rovieng, district situé dans la province de Preah Vihear, regorge d'un minerai pour lequel les investisseurs chinois sont visiblement prêts à donner beaucoup. La société Cambodia Iron & Steel, dont le siège se trouve à Phnom Penh, et la société China Major Bridge Engineering, filiale du groupe China Railway, ont signé fin 2012 un contrat d'un montant total de 11,2 milliards de dollars (8,45 milliards d'euros), pour la création d'infrastructures qui permettront l'exploitation sidérurgique de la région.
Le projet comprend la création d'une aciérie à Rovieng, d'un port sur l'île de Koh Kong, et enfin d'un chemin de fer de 400 kilomètres qui reliera les deux sites. Avec un manque notable de transparence, qui étonne au vu de sa valeur faramineuse (à peine moins que le PIB annuel du royaume, estimé à 12,9 milliards de dollars), il ne manque pas d'alerter à la fois les défenseurs de l'environnement et les experts dans le domaine des mines et des transports, tout en renforçant l'image du Cambodge comme agent de l'expansionnisme chinois dans la région. Car la Chine se créé bel et bien de nouvelles portes d'entrée dans la zone de l'Océan indien et de la mer de Chine méridionale : en témoignent la construction en cours d'un pipeline au Myanmar, qui permettra d'acheminer gaz et pétrole entre la région du Yunnan et le Golfe du Bengale ; ou encore le chantier d'un chemin de fer qui reliera le Yunnan à la Thaïlande, via le Laos.
Le projet de Rovieng, dernier en date, participe également de la volonté de croissance chinoise en termes d'exploitation de matières premières. Mais de nombreuses interrogations laissées sans réponse laissent planer le doute quant à son application et à sa finalité exacte.
Un projet, des questions
Quelle quantité de minerai pourra être exploitée dans la future aciérie ? Si les experts en mines et métaux ne se risquent pas aujourd'hui à avancer un chiffre, certains d'entre eux se demandent tout de même si les ressources du Cambodge peuvent vraiment justifier le coût du projet. Les professionnels du transport, eux, ont également interrogé le fait que les chemins de fer déjà existants au Cambodge ne soient pas exploités pour la mise en place du nouveau, qui d'ailleurs ne sera pas relié aux deux autres ports principaux du pays, Phnom Penh et Sihanoukville.
Lors de la cérémonie donnée à l'occasion de la signature du projet, Zhang Chuanyou, directeur général de Cambodia Iron & Steel, a annoncé que les travaux commenceraient en juillet et serait achevés d'ici quatre ans. Selon Reuters, le ministre des Transports cambodgiens Iv Tek, présent à la cérémonie, prétend cependant ne rien savoir de ce chantier. L'absence du premier ministre Hun Sen à la cérémonie a elle aussi été remarqué, suscitant quelques doutes quant à la direction du projet. Quelques éléments indiquent pourtant que les officiels cambodgiens en savent davantage que ce que laissent entendre les déclarations publiques.
En juillet dernier, des employés des secteurs des télécoms et de l'électricité ont été convoqués par le ministère des Transports et travaux publics, afin d'expliquer à un représentant de Cambodia Iron & Steel où les câbles électriques et de fibres optiques sont enterrés. "Il voulait savoir ça, de sorte que la ligne de train ne les coupent pas", témoigne anonymement un Cambodgien qui a assisté à la réunion, et a eu interdiction de parler aux médias.
Du côté de China Major Bridge Engineering, la société partenaire dont le siège se trouve à Shanghai, on répond que les travaux doivent commencer cette année, sans donner de date spécifique.
Un chantier en sommeil ?
A Rovieng, aucune marque ne signale l'entrée sur le site de Cambodia Iron & Steel's large, hormis une maison délabrée occupée par des militaires cambodgiens dont le rôle était initialement d'empêcher l'accès aux journalistes. "Je crains que les chinois ne se mettent en colère", a dit l'un des militaires à Reuters. Les journalistes ont réussi à pénétrer sur le terrain, autrefois utilisé comme un terrain de sport par la communauté vivant alentours. Il n'y ont vu que des machines endormies : aucun signe d'un chantier en vie. Un habitant du coin, qui s'est lié d'amitié avec les ouvriers chinois du site, rapportent que ceux-ci se plaignent d'être sur la paille, de s'ennuyer et d'avoir le mal du pays. Pour un projet d'une telle somme, voilà une perspective bien troublante. Aussi troublant, constate l'article de Reuters, que le silence du gouvernement à ce sujet.
Céline Ngi (http://www.lepetitjournal.com/cambodge) Mardi 19 février 2013

























