Cambodge

ECO - Comment Artisans d’Angkor s’est sculpté son statut de qualité : rencontre avec Alain Brun

Passé du statut d’ONG à celui de société en 2003, Artisans d’Angkor s’est progressivement imposé comme une référence dans le domaine de l’artisanat cambodgien. La marque souhaite aujourd’hui poursuivre son développement autour des valeurs qui la distinguent : la formation et l’action sociale. A l’occasion du lancement de la nouvelle collection ''Colorful Breath'', Alain Brun, Directeur Général d’Artisans d’Angkor, nous donne sa vision de l’entreprise.

Dans la boutique phnompenhoise d’Artisans d’Angkor, les photographes se pressent pour découvrir la toute nouvelle collection de la marque, ''Colorful Breath''. Couleurs chatoyantes, lignes épurées, et textures éclatantes caractérisent les objets et vêtements présentés vendredi 5 octobre à la presse, par trois mannequins professionnels.


Les mannequins Chorn Chan Leakhena and Saray Sakana présentent la nouvelle collection ''Colorful Breath''. Photo © Pierre Collet

S’il y a quelques années encore, Artisans d’Angkor évoquaient avant tout des sculptures de Bouddha et Jayavarman, conçus et vendus à Siem Reap aux visiteurs de passage, la marque a réussi depuis à diversifier son activité et à moderniser son image. Le lancement de la boutique à Phnom Penh, en janvier 2010, faisait déjà partie de cette stratégie de développement, qui ne se concentre plus seulement autour du marché touristique de Siem Reap : ''La boutique de Phnom Penh est une vitrine de notre savoir-faire et un relais important pour un marché d’affaires en progression, notamment en ce qui concerne les cadeaux d’affaires des ministères, entreprises et hôtels'', explique Alain Brun, directeur général d’Artisans d’Angkor depuis mars 2011. Une diversification qui, à côté de l’activité principale – la fabrication d’objets-souvenirs de qualité – permet notamment de faire valoir les talents de la direction artistique, ''dotée d’une équipe de 25 personnes dédiées à la création''. Ainsi la marque souhaite-t-elle désormais renouveler plus régulièrement ses collections, ''qui évolueront avec les tendances de la mode''.

Entre action sociale et essor commercial

C’est là le tour de force d’Artisans d’Angkor : croître commercialement en suivant les évolutions du marché, tout en maintenant les valeurs sociales qui déterminent, historiquement, la société. Aujourd’hui, Artisans d’Angkor emploie plus de 900 artisans (sur 1300 personnels au total) : chacun d’entre eux a reçu une formation dispensée par l’entreprise, avant d’en devenir salariés et de bénéficier de nombreux avantages sociaux. Alain Brun est fier d’ailleurs des ''160 jeunes gens formés'' depuis son arrivée, et ''qui ont tous été ensuite recrutés par Artisans d’Angkor''. Un des défis de l’entreprise sera de ''faire encore mieux en termes de nombre de personnes formées dans les années à venir''.


Alain Brun, Directeur Général d'Artisans d'Angkor, devant des pièces de la nouvelle collection. Photo © Pierre Collet

Ce capital humain est sans aucun doute ce qui garantit la qualité des produits de la marque, qui elle-même explique les prix des produits, bien plus élevés que ceux des souvenirs basiques et sans authenticité proposé sur les étals des marchés ou autres échoppes touristiques. Ce positionnement ''luxe'', pas encore tout à fait établi au Cambodge, n’est-il pas une limite au développement du marché ? Alain Brun, qui préfère l’expression ''artisanat d’art haut de gamme'' à celui de luxe, précise qu’''il ne s’agit pas de catégoriser Artisans d’Angkor en tant que marque hors de portée de tout un chacun''. Il revendique au contraire une ''forte identité nationale de la marque, dans laquelle les cambodgiens puissent se reconnaître au travers de leurs traditions artisanales''. ''Nos prix correspondent à la volonté de rémunérer à leur juste valeur le savoir-faire de nos artisans et la qualité de leur travail, point sur lequel nous sommes intransigeants'', ajoute-t-il.

Les valeurs d’Artisans d’Angkor et son implication sociale exigent ainsi des moyens financiers adéquats. Aujourd’hui, 100% des bénéfices sont redistribués dans la structure afin de permettre son développement, et Alain Brun souligne que ''l’équilibre entre l’aspect social et l’essor commercial traduit une forte volonté des actionnaires''. Cet équilibre semble atteint et de façon durable, à en juger par l’évolution et de la société, qui fêtera l’année prochaine ses 10 ans. Entre les projets davantage tournés vers la ''jeune création'', et la refonte récente du site Internet, qui permet désormais de faire son shopping en ligne, Artisans d’Angkor sait assurément insuffler de la nouveauté dans son savoir-faire traditionnel ; progresser commercialement sans bouleverser ses valeurs. De quoi inspirer à la fois ONG et entreprises en recherche d’un modèle équitable et viable ?


Des sculptures de la nouvelle collection, sur le thème de la ''vie quotidienne''. Photo © Pierre Collet

Céline Ngi (http://www.lepetitjournal.com/cambodge.html) Mercredi 10 octobre 2012

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