Cambodge

PORTRAIT – Dr. Pung Chhiv Kek, la force d’une femme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lepetitjournal.com termine cette « semaine de la femme » en beauté avec le portrait du Dr. Pung Chhiv Kek, une grande figure, forte et courageuse, au Cambodge et en France, qui est aujourd’hui présidente de la LICADHO, ONG qui lutte chaque jour pour défendre les droits de l’Homme. Voici donc le parcours d’une femme médecin, libre et indépendante, qui s’est battue pour la paix de son pays et pour les droits des Cambodgiens. Un plongeon dans l’Histoire et une rencontre riche d’émotions.

Née à Phnom Penh en 1942 dans le quartier de Boeung Keng Kang, Pung Chhiv Kek reçoit son éducation primaire dans différentes écoles de province, notamment à Prey Veng, là où ses parents, qui travaillaient dans le domaine de l’enseignement en tant qu’inspecteur et directrice, étaient affectés. Elle intègre ensuite l’école française Norodom à Phnom Penh puis le lycée Descartes. Quand son père et sa mère sont envoyés à Kompong Cham, Pung Chhiv Kek, déjà très indépendante, rejoint un internat pour jeunes filles afin de poursuivre ses études. « Il y avait à peu près 300 filles qui venaient de province dont les parents n’avaient pas les moyens de payer un logement. Tous les matins je prenais un vélo et un chapeau et j’allais au Lycée », se souvient-elle.

Pung Chhiv Kek obtient son baccalauréat en filière scientifique en 1960 puis son diplôme de la faculté de médecine de Nantes et Angers en 1968. Elle retourne ensuite au Cambodge, prend un poste à l’hôpital khmero-soviétique tout en donnant des cours à la faculté de médecine. « Je suis partie en France en 1971 parce qu’il y avait la guerre déjà. Je devais accompagner mon père qui était très malade, je suis restée auprès de lui et nous ne sommes jamais revenus car à l’époque le frère de Lon Nol a décidé que tous les hauts fonctionnaires du Cambodge devaient rentrer au pays de peur qu’ils rejoignent la résistance avec le Prince Sihanouk. Ceux qui ne rentraient pas étaient considérés comme des traitres. Ainsi toute ma famille, pourtant innocente, a été condamnée à mort », dit-elle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pung Chhiv Kek poursuit sa vie en France, où elle obtient la nationalité par son premier mariage. Elle passe un certificat d’hématologie à l’Hôpital Saint-Louis dans le Xe arrondissement de Paris avant de partir pour Vancouver au Canada, Rio de Janeiro au Brésil et en Angola afin de suivre le diplomate français Jean-Jacques Galabru avec qui elle se remarie. Lors de ses voyages, Pung Chhiv Kek pratique la médecine bénévolement, suit les patients malades et fait de la recherche en neurologie.

« Je voulais aider mon pays en cette période d’horreur et de terreur. A ce moment-là nous ne connaissions pas le nombre exact de morts, maintenant nous savons qu’approximativement 2 sur 5 millions de personnes ont été torturées, assassinées, privées de nourriture, de soins, forcées au travail. Je parlais des problèmes du Cambodge à qui voulait m’écouter », dit-elle. L’année 1982 a été déterminante pour Pung Chhiv Kek et un premier pas vers la Paix au Cambodge grâce à sa rencontre avec le ministre des Affaires Etrangères angolais, Paul George. Privée de tout contact avec le Cambodge, elle peut alors rencontrer Hun Sen, à l’époque ministre des Affaires Etrangères, lors de la visite d’une délégation cambodgienne en Angola. « Je voulais qu’il rencontre le chef de l’opposition, le Prince Sihanouk, pour commencer à organiser la Paix », explique-t-elle. Ce meeting a finalement lieu le 2 décembre 1987 à Fère-en-Tardenois, en France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pung Chhiv Kek crée originellement LICADHO (Cambodia League For The Promotion And Defense of Human Rights) à Paris en 1991 après la signature des Accords de Paris. « Les Khmers rouges étaient signataires, vous ne pouvez pas savoir comme j’avais envie de pleurer ce jour-là. A part mes parents et ma jeune sœur, j’ai perdu toute ma famille. Je l’ai su quand, à partir du 17 avril 1975, je n’ai plus reçu aucune de leurs lettres », dit-elle. Le but premier de l’ONG est de surveiller les agissements des Khmers rouges. Avec le soutien de l’ONU, LICADHO peut s’installer au Cambodge. Le 22 mai 2017, cela fera 25 ans.

A partir de ce moment-là, les Cambodgiens commencent à connaître leurs droits et à savoir quand ceux-ci ne sont pas respectés. La principale mission développée par l’ONG, une des premières du Cambodge, est la défense, la protection et la promotion des droits de l’homme. LICADHO lutte également contre toutes les discriminations faites aux femmes avec CEDAW (Convention of Elimination Of All Forms Of Discrimination Against Women). Un programme médical gratuit pour les prisonniers est aussi développé avec Médecins du Monde et un système d’observation est mis en place lors de toutes les élections. « Notre projet s’étend, nous prenons des médecins, des avocats, nous cherchons des enquêteurs. Nous travaillons pour les victimes d’abus, de façon neutre et non discriminatoire », explique Pung Chhiv Kek.

« La femme cambodgienne a un rôle très important à jouer dans la société. Elle le fait déjà dans la famille, c’est elle qui gère les finances, qui s’occupe de l’éducation, de la santé des enfants alors pourquoi ne pas transplanter cela à la communauté. Les femmes pourraient devenir membre du Conseil de Commune, cheffe de village, cheffe de district, députée, sénatrice, avocate, médecin, juge, ambassadrice à condition de leur permettre l’accès à l’éducation. Le gouvernement doit penser à la parité », explique Pung Chhiv Kek. « Lorsque ma mère a été élue la première femme députée en 1958, elle a déclaré ceci : « Ce que les hommes peuvent faire nous aussi nous pouvons le faire » », ajoute-elle. C’est cette phrase qui la porte chaque jour, qui l’inspire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dr. Pung Chhiv Kek, un petit mot pour les lecteurs et lectrices de lepetitjournal.com ?

« Je suis très honorée d’avoir été interviewée par Lepetitjournal.com, tous mes vœux de succès. J’espère que tous les lecteurs francophones au Cambodge, en France et dans le monde entier continueront à le soutenir ! »

Leïla Pelletier (www.lepetitjournal.com/cambodge) dimanche 12 mars 2017

 
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