Cambodge

NÉCROLOGIE - Sok An, le politique et l'homme par Helen Jarvis

 

Officiellement, le vice-Premier ministre Sok An est mort hier mercredi précise un communiqué qui est tombé à 18H30. Il aurait eu 67 ans le 16 avril prochain. Son décès est une page qui se tourne, celle du Cambodge des Accords de Paris de 1991. Helen Jarvis, notamment  conseillère depuis 1999 de celui qui fut nommé Samdech Vibol Panha en début de semaine – titre que l’on peut traduire comme « seigneur de la plus grande sagesse – fait honneur au Lepetitjournal.com en retraçant la vie de cet homme souvent qualifié comme le bras droit de Hun Sen.

 

Sok An était depuis 2004 vice-Premier ministre et occupait le poste de ministre en charge du Bureau du Conseil des ministres depuis 1993 (en qualité de co-ministre de 1993 à 1998). En 1980, il fut secrétaire personnel de Hun Sen (alors vice-premier ministre et ministre des Affaires Étrangères), puis secrétaire général du ministère des Affaires Étrangères puis vice-ministre des Affaires Étrangères, vice-ministre de l'Intérieur, chef du cabinet du Parti populaire cambodgien (PPC) et ambassadeur en Inde (1985 à 1988).

Il fut aussi secrétaire général et l'un des deux représentants de l'État du Cambodge au Conseil national suprême (1989-1993). Depuis 1993, il était le député PPC à l'Assemblée nationale pour la province de Takeo, et membre du Comité central depuis 1992 et du Comité permanent du parti depuis 1996.

Une des principales réalisations de Sok An a été la sauvegarde et la préservation du patrimoine culturel du Cambodge, avec notamment le succès de l'inscription sur la liste du patrimoine mondial d'Angkor (1992) et de Preah Vihear (2008).

 Depuis sa création en 1993, il a occupé le poste de président de l'Autorité nationale APSARA, qui gère le parc de 40 000 hectares d'Angkor. Il a été élu président du Comité du patrimoine mondial en 2012 et a présidé sa 37e session qui s'est tenue cette année à Phnom Penh et à Siem Reap. I a éagelement présidé la Conférence mondiale du tourisme sur le tourisme culturel en 2013.

Depuis 1999, Sok An était mandaté par le Premier ministre pour porter sur le terrain de la justice le génocide des Khmers rouges. En tant que président du groupe de travail pour les procès des Khmers rouges, il a dirigé au cours de ces nombreuses années les négociations, parfois difficiles, avec les Nations Unies qui ont abouti à la création des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens.

Il obtient le soutien politique et populaire national nécessaire pour entreprendre une démarche historique et inhabituelle d'inviter des juges et du personnel étranger dans une juridiction nationale pour traiter ce sujet des plus sensibles, connu sous le nom de «sombre chapitre dans l'histoire du Cambodge». L’adoption initiale en 2001 de la loi, et son amendement en 2004, sur l'établissement des chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens, est la première mesure législative à obtenir l'appui unanime de l'Assemblée nationale.

En même temps, il a dû faire face à une opposition vigoureuse de la part de certaines ONG et de critiques qui s'opposaient à la création de cette « cour nationale ayant des caractéristiques internationales ». Ces derniers préféraient plutôt une juridiction purement internationale et ont continué à se plaindre des CETC.

Avant le régime Khmer rouge, Sok An fut diplômé de l'Université Royale de Phnom Penh en géographie, histoire et sociologie (1972), puis diplômé en pédagogie (1973) de l'Ecole Normale Supérieure puis en diplomatie à l’Ecole Nationale d 'Administration.

 Comme la plupart de ses compatriotes cambodgiens, Sok An a vécu les privations et les souffrances du régime Khmer rouge. Avec sa nouvelle épouse Theng Ay Annie, ils furent forcés de quitter de Phnom Penh et connurent la famine dans les camps de travail. Réussissant à survivre, ils retournent à Phnom Penh avec une petite fille et s'engagent à aider à reconstruire le pays. Ils ont depuis eu quatre fils et, depuis 2015, sept petits-enfants.

Ceux qui connaissent Sok An personnellement connaissent son vif intérêt pour l'agriculture. Il cultivait des orchidées, des fruits et élevaient des poulets, des coqs de combat, des homards de rivière et des bovins dans sa ferme Soma à Takeo (du nom de sa fille). Il était un passionné et amateur d'oiseaux. Il recevait souvent des invités dans sa ferme ou dans la maison familiale de Phnom Penh où sont installées de grandes volières.

Il aimait évoquer le minuscule Chatomuk Tailorbird - découvert seulement en 2013 à Phnom Penh -  ou d'apporter un interlude léger à des discussions intenses commentant la beauté ou la prouesse de sa dernière acquisition.

Helen Jarvis (www.lepetitjournal.com/cambodge) jeudi 16 mars 2017

 

[Dr Helen Jarvis, conseillère au gouvernement royal du Cambodge et ancienne chef des affaires publiques, puis chef de la Section d'aide aux victimes des CETC, travaille avec Samdech Sok An depuis 1999 sur les questions relatives au patrimoine culturel et aux CETC.]

 

 
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