Cambodge

TÉMOIGNAGE – Sothik Hok, une enfance en enfer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lepetitjournal.com est allé à la rencontre de Sothik Hok, directeur du Sipar à Phnom Penh et co-auteur du livre Sothik qui raconte son enfance sous la période Khmers rouges. Un témoignage rare et bouleversant. Ce soir, mardi 14 mars à 18h30, se tiendra une conférence à l’Institut Français.

Sothik Hok est originaire de la province de Kompong Cham, il y est né en 1967. « J’avais 3 ans quand la guerre a commencé », déclare-t-il. Il obtient son baccalauréat en 1987 puis part faire ses études supérieures en Union Soviétique grâce à une bourse qui lui permet d’étudier la littérature et la pédagogie. Six ans plus tard, il revient au Cambodge, son diplôme en poche.

Il découvre l’ONG Sipar par hasard où on lui offre un poste d’assistant en pédagogie et en communication. « La notion d’ONG était complètement étrangère pour moi car quand je vivais en Russie, ce genre de structure n’existait pas, l’État était partout », explique Sothik. Aujourd’hui, il dirige cette organisation, qui fait également office de maison d’édition, pour donner aux jeunes générations un accès à la lecture, notamment en créant des bibliothèques.

La conférence de ce soir sera suivie d’une séance de dédicaces à l’Institut Français autour du livre éponyme dont Sothik est le co-auteur et protagoniste. La discussion se portera principalement sur le contexte dans lequel il a été écrit, une enfance confrontée à la guerre civile suivie par le génocide.

A l’origine de ce projet littéraire, Marie Desplechin, journaliste et auteur de livres jeunesse devenue marraine du Sipar en France en 2004. Elle effectue son premier voyage à Phnom Penh pour découvrir les activités du Sipar au Cambodge et anime, lors de son séjour, un atelier d’écriture dans lequel elle encourage les jeunes auteurs cambodgiens à écrire sur leur propre vécu. « Marie a peu à peu découvert mon histoire personnelle, mon enfance et m’a demandé si j’étais d’accord pour en faire le récit. Je n’avais jamais eu le courage ou le temps de m’y consacrer avant alors j’ai accepté tout de suite. Nous avons travaillé pendant un an, l’Ecole des Loisirs a accepté de le publier », explique Sothik.

C’est la première fois qu’il partageait son histoire de façon si détaillée. Cette période douloureuse, de famine, de tortures, de massacres, il ne cherchait pas vraiment à la raconter mais s’est tout de même senti soulagé. « On m’a souvent demandé si j’avais pu tourner la page, je leur ai répondu que je l’avais tournée bien avant ça. Je n’ai pas été affecté ou traumatisé par cette période comme d’autres l’ont été. J’ai eu de la chance », confie-t-il. 

Le devoir de mémoire est d’une importance primordiale pour Sothik. Le livre, disponible en khmer et en français, met également en lumière des éléments intéressants sur le plan pédagogique et historique. Le récit, simple et sobre, est un témoignage d’une enfance perdue, confisquée par les Khmers rouges. Les illustrations réalisées par Tian viennent soutenir un texte déjà fort. « Je ne prétends pas être un auteur, porteur d’un grand message pour les jeunes générations. Je voulais simplement partager l’histoire d’un enfant qui a vécu cette dure réalité sans que ce soit traumatisant pour les lecteurs. Les jeunes d’aujourd’hui vivent dans des conditions complètement différentes, avec l’amour de leurs parents et de leur famille. Je n’ai pas pu connaître tout ça », explique-il.

Porté par sa mission avec l’ONG Sipar, Sothik met tout en œuvre pour faire des livres et de la lecture une activité plus répandue parmi les Cambodgiens. La période Khmers rouges a résulté sur des conséquences dramatiques et notamment sur le plan éducatif. « 80% des intellectuels ont été massacrés, toutes les bibliothèques ont été détruites, les livres brûlés. Après les Khmers rouges, il n’y avait plus rien, plus de modèles, plus de continuité, plus de transmission », dit-il. « La lecture est un art culturel et est indispensable dans la démarche de l’apprentissage et de l’éducation. Même si ces dernières années, nous constatons une évolution, en comparant avec des pays voisins, nous sommes en retard» conclut-il.

Sipar continue son combat et ses nombreux projets afin d’ancrer la lecture dans le quotidien des Cambodgiens. Rencontrez Sothik Hok lors de la conférence de ce soir à 18h30 à l’Institut Français.

 

Leïla Pelletier (www.lepetitjournal.com/cambodge) mardi 14 mars 2017

 
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