SANTÉ - Le don du sang au Cambodge, un geste de plus en plus naturel ?

 

Après la guerre civile, le personnel médical au Cambodge s’est retrouvé confronté à une pénurie de réserves de sang. Mis en place en 1991, le Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS) a eu d’immenses défis à relever, mais les initiatives politiques et les campagnes de sensibilisations sont des signes encourageants. Le docteur Hok Kim Cheng, directeur du CNTS, fait un bilan de la situation.

"Quand je suis arrivé au Centre National de Transfusion Sanguine en 1994, nous récoltions entre 3.000 et 5.000 poches de sang par an" déclare le docteur Hok Kim Cheng, directeur du Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS) de Phnom Penh. À titre de comparaison, la même année le Luxembourg récoltait près de 22.000 poches alors que la population de ce pays était de 400.000 individus contre 11 millions au Cambodge.

Une pratique peu ancrée dans les mœurs
Dans l’esprit collectif des Cambodgiens bouddhistes, explique le Dr Hok Kim Cheng, il n’est pas concevable de donner son sang car on pourrait perdre de l’énergie vitale à travers le don. Une idée reçue qu’il tente de combattre : "Notre unité mobile se déplace souvent dans des pagodes afin d’aller à la rencontre des moines donneurs de sang".

La majeure partie des dons de sang au Cambodge viennent des dons dits "de remplacements", ce qui signifie que certains Cambodgiens donnent leur sang uniquement lorsqu’un membre de leur famille est hospitalisé et qu’il y a un besoin ponctuel. Dans la plupart des cas, ce sont les membres de la famille du malade qui ont parfois recours à un individu donneur de sang en échange d’un peu d’argent ou de nourriture. En 2006, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a fixé pour l’ensemble des pays-membres, y compris le Cambodge, l’objectif de 100% de dons volontaires d’ici 2015. 5 ans plus tard, le Royaume peine à atteindre les 30%.


Donneur de sang "de remplacement" (Crédit photo : ©Pierre Collet)

Outre la peur liée à la religion ou l’attente d’une contrepartie financière, un autre facteur effraie les Cambodgiens : "Certains d’entre eux ont entendu des rumeurs au sujet de l’insalubrité des hôpitaux et du CNTS, alors quand des donneurs poussent les portes du Centre, nous les rassurons en ouvrant tout le matériel, ainsi que les aiguilles, devant eux", confie le docteur Hok Kim Cheng avant d’ajouter que "tout le matériel est sain et de bonne qualité" et "fabriqué le plus souvent au Japon".

Vers un changement des mentalités
En 2011, lors de la journée internationale du don de sang, le Premier ministre cambodgien demande publiquement à l’ensemble des employés du service public de donner son sang afin de montrer l’exemple à la population. Une initiative qui, combiné aux nombreuses campagnes de communication menées par le CNTS (posters, T-shirts, émission radio), semble avoir porté ses fruits : 46.690 poches de sang ont ainsi été récoltées en 2011, soit une augmentation de plus de 1000% en l’espace de 17 ans. Une réussite qui a d’ailleurs conduit le docteur Hok Kim Cheng à écrire au gouvernement afin demander davantage de moyens : "à ce rythme-là nous n’aurons plus de place pour stocker les poches de sang", explique-t-il.


Directeur du CNTS, le docteur Hok Kim Cheng avec un donneur volontaire (Crédit photo : ©Pierre Collet)

Le CNTS a également mis en place une unité mobile qui effectue une vingtaine de déplacements par mois à travers diverses écoles et pagodes. Le 13 novembre, une session de prélèvements est d’ailleurs organisée à l’Institut Catholique de Saint Paul à Takeo : 10 à 20 personnes du corps médical du centre, iront sensibiliser les jeunes de l’établissement, avec l’aide de la Croix Rouge australienne.

Pierre Collet (http://www.lepetitjournal.com/cambodge.html) Mardi 13 novembre 2012

 
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