INSOLITE – Les enseignes commerçantes au Cambodge : un art authentique et populaire

Installés le long des routes, annoncés par de pittoresques panneaux peints à la main, les petits commerces cambodgiens, le plus souvent informels, font vivre l’identité et l’économie du pays. Derrière chaque enseigne, chaque commerce, il y a des gens et leur histoire. Ils sont coiffeurs, guérisseurs, laqueurs de porcs, réparateurs d’appareils électriques. Christian et Sophie Provoost sont allés à leur rencontre, et en ont tiré un livre : Carnets de rencontres au Cambodge : au fil des routes, recueil de photos et de portraits paru aux éditions Tuk Tuk.

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Lire un extrait du livre : Mme Sok Ang, guérisseuse d'hémorroïde

''Le week end, on partait en moto aux alentours de Phnom Penh ou plus loin, à la chasse aux panneaux''. Installés au Cambodge depuis bientôt 10 ans, Christian et Sophie Provoost ont développé une obsession originale : les panneaux commerçants cambodgiens. Dans ces peintures d’enseignes réalisées tantôt avec une grande maîtrise technique, tantôt avec une imagination hardie, tous deux voient la manifestation d’un art pictural et populaire, qui se distingue ''des copies d’Apsaras et de bouddhas, de ce que l’on enseigne à l’école de beaux-arts''. Le couple se met alors à sillonner les rues, à photographier ces fascinantes pancartes, à discuter avec les tenanciers des échoppes concernées. Parfois, il demande à conserver un panneau, moyennant une somme qui permettra à son propriétaire d’en racheter un neuf.

Christian et Sophie se composent bientôt une véritable collection, avec assez de matière pour éditer un livre et partager leur passion. ''On avait de quoi faire un recueil de photos. Mais on voulait éviter l’aspect catalogue. Et puis on s’est dit que derrière ces panneaux, il y a des gens'', explique Sophie. C’est l’histoire de ces gens que raconte donc Carnet de rencontres au Cambodge : au fil des routes, série de portraits en texte et en images réalisé avec l’aide de Rith, guide cambodgien francophone qui a permis de pousser plus loin les interviews des protagonistes du livre.

Montre-moi ton panneau, je raconterai qui tu es

Parmi les 17 portraits de commerçants proposés dans le livre, on découvrira ainsi l’histoire de Chouk Sien, le chef de l’orchestre des ''Grosses Têtes'' ; de Chamroeun, maître-laqueur (de porc) de haut niveau ; de Mme Sok Ang, guérisseuse réputée d’hémorroïdes ; de Peou Penh, coiffeur et chanteur à la voix de ténor. Il faut citer encore Chrinn Baan, peintre muet de 72 ans qui réalise justement, avec une incroyable précision, ces enseignes qui se suivent parfois mais ne se ressemblent jamais tout à fait. Avec l’arrivée des techniques de numérisation, ces panneaux artisanaux uniques, dont le trait et le ton peuvent évoquer les expressions de l’art naïf, pourraient bien tendre à disparaître. Ainsi Christian et Sophie ont-ils ressenti ''une urgence'' à les collecter et à les mettre en valeur.

D’autant plus que les histoires individuelles liées à chacune des enseignes disent aussi beaucoup de la société cambodgienne actuelle. Selon une étude réalisée par Asia Foundation, citée en préambule de l’ouvrage, ''96% des entreprises du pays sont des micro-entreprises, comprenant souvent moins de trois employés''. Ces entreprises à taille familiale ont aussi pour la plupart un caractère éphémère. ''Un jour on revient voir une enseigne, raconte Christian, et on se rend compte que l’éleveur de taureaux a décidé de vendre maintenant des cochons.'' Il n’est pas rare que ces entrepreneurs se reconvertissent au gré des saisons et des opportunités, ou qu’ils complètent leurs revenus avec la culture d’une rizière attenante au domicile. Avec un revenu moyen de trois dollars par jour, les hommes et les femmes interrogés au fil des routes ''ont tous en commun beaucoup de mérite, de constance et de persévérance'', soulignent les auteurs. Leurs histoires sont chargées de sacrifices, mais aussi de succès et d’espoir. Et parfois, d’une activité qui est avant tout vitale, naissent des vocations, des savoir-faire uniques et précieux : à l’image de Yem Ruos, foreur villageois qui a tout appris en observant silencieusement ses supérieurs, ou encore de Thear, qui se présente comme un ''docteur des motos'', dont le métier ''lui permet parfois de soulager les gens de passage, en panne''.

Une exposition de panneaux commerçants est organisée pour le lancement du livre, le mercredi 14 novembre à l’Hôtel La Plantation (rue 184) à partir de 18h30.

Carnet de rencontres au Cambodge : au fil des routes, Christian et Sophie Provoost, Tuk-Tuk Editions.
Sortie en novembre 2012.

En vente chez Carnets d’Asie, Monument Books, et en ligne ici.

Céline Ngi (http://www.lepetitjournal.com/cambodge.html) Mardi 13 novembre 2012

 
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