PROCES CHUT WUTTY - Selon ses proches, ''justice n’est toujours pas faite''

''Vas-y. Tue-moi'' aurait crié Chut Wutty au policier militaire In Rattana qui le menacait de mort s’il ne restituait pas sa carte mémoire pleine de photos. C’est tout ce que la justice cambodgienne dévoilera de la dispute qui a couté la vie de ces deux hommes le 26 avril dernier dans la province de Koh Kong, au Sud-Ouest du Cambodge.

Tous deux ont été abattus à côté des installations de l’entreprise d’abattage Timbergreen. Chut Wutty, l’un des personnages les plus vocaux sur le trafic illégal de bois au Cambodge, voulait montrer à deux journalistes du Cambodia Daily les activités menées par l’entreprise dans la forêt. En tant que policier militaire, In Rattana se devait d’assister les agents de sécurité de Timbergreen. Collaboration entre les autorités et les investisseurs privés sont de mise dans la région.

Le 4 octobre, la Cour municipale de Koh Kong a annoncé qu’elle ne se prononcerait pas sur les circonstances de la mort de Chut Wutty. Selon le Phnom Penh Post, le cas est clos pour la juge car ''le coupable est mort'', et il est clair qu’In Rattana a tué Chut Wutty après qu’il a prononcé ces mots. Toutefois, la mort d’In Rattana restait à élucider. Selon la dernière version officielle, c’est l’agent de sécurité de Timbergreen, Ran Boroth, qui l’aurait tué en essayant de le désarmer. Ce n’est pas l’avis de l’un des neveux de Chut Wutty qui a assuré au PetitJournal.com qu’''In Rattana agissait normalement et ne provoquait pas Wutty. Ce n’est pas lui qui l’a tué''. Il a ensuite ajouté : ''Ce n’est pas non plus Boroth qui a tué Rattana. Le cas doit être réouvert.''

Ce n’était pas non plus l’avis des autorités de Koh Kong qui ont d’abord hésité sur le fait que des balles avaient ricoché sur la voiture de Wutty, les tuant tous deux, ou que Wutty ait tiré le premier. Par la suite, on a également appris que, pris de remords après avoir tué Wutty, In Rattana aurait pu serait suicidé, avant de connaître la version qui a été défendue ce 4 octobre.

Pendant l’heure et demie qu’a duré l’audience, Ran Boroth a justifié son acte d’''homicide involontaire'' en affirmant vouloir éviter à d’autres personnes d’être tuées. Ses propos ont été corroborés par le responsable du comité d’enquête nommé par le gouvernement sur ce cas le 1er mai. Ce dernier a insisté sur le fait que Ran Boroth voulait ''protéger les journalistes''. Dans un article publié sur le site américain The Huffington Post, l’une d’elles rapporte qu’elles ont entendu des policiers militaires dire ''tue-les''. http://www.huffingtonpost.com/olesia-plokhii/cambodia-deforestation_b_1876136.html. Le verdict sera rendu le 8 octobre 2012.

Deux organisations locales ont appelé à de plus amples recherches. Le représentant de l’organisation de défense des droits de l’homme Licadho à Koh Kong, a déclaré au PetitJournal.com que ''l’audience donne une mauvaise version des faits. Justice n’est toujours pas faite''. C’est également l’avis de l’Association pour les droits de l’homme et le développement au Cambodge (Adhoc) :''Le mystère demeure et l’information apportée n’est pas suffisante pour obtenir justice''. D’après les ONG présentes parmi la dizaine de personnes qui a assisté à l’audience, seuls deux témoins ont été entendus sur les sept attendus. Elles auraient aimé voir un médecin légiste et ''l’homme masqué'' qui figure à côté de Chut Wutty sur certaines photos et qui pourrait être un témoin clé.

''Personne n’a quitté la scène du crime. Cela devrait être un jeu d’enfant à élucider. J’attends de voir. Je sais que justice sera rendue à Wutty tôt ou tard'', a conclu son neveu.

Clothilde Le Coz (http://www.lepetitjournal.com/cambodge.html) Vendredi 5 octobre 2012

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