Buenos Aires

HISTOIRE – "Nos ancêtres les Gascons"

 

Ancien homme d’affaires et homme politique (radical), Alberto Sarramone est un historien réputé, notamment pour ses travaux sur les "ancêtres béarnais et gascons" des Argentins. Il a commencé à écrire à l’âge de 50 ans, et depuis, n’a pas arrêté. Il vient de publier une somme sur l’histoire de l’immigration en Argentine, Inmigrantes y criollos en el bicentenario (Ediciones B, 2009). Il participera à une table ronde sur l’immigration samedi prochain à la Feria del Libro

Alberto Sarramone (Photo : Barbara Vignaux)

"Neuf Argentins sur dix n’ont pas d’ascendance héroïque indienne ni soldatesque", mais "des grands-parents immigrés". C’est cette histoire que raconte dans son dernier ouvrage Alberto Sarramone, esprit peu conventionnel et humaniste infatigable. Elle revêt, en Argentine, un caractère exceptionnel : entre 1852 et 1910, la population argentine fait un bond fantastique, passant de 800.000 à 8 millions d’habitants. Si bien qu’à la fin du 19e siècle, la moitié de la population argentine est étrangère, contre seulement 15% aux Etats-Unis, l’autre grand pays d’immigration.

Empreinte française
Une ribambelle d’institutions de l’Etat moderne argentin est ainsi héritée de l’immigration : armée, société pétrolière YPF (le général Mosconi), partis politiques, sociétés coopératives (par exemple El Progreso Agricola de Pigüe), syndicats (Vandor, dont le mausolée se trouve à l’entrée du cimetière de la Chacarita).
Sarramone est particulièrement sensible à l’empreinte française en Argentine : sur le nationalisme, l’école publique (à l’époque de Sarmiento, de nombreux instituteurs sont galos) ou encore la politique : "La Révolution de Mayo a été conduite par des gens formés à la Révolution française et aux Lumières – Montesquieu, Voltaire et Rousseau". Mais il reconnaît aussi qu’il "existe une sorte de méfiance envers la France dans les secteurs populaires, qui remonte au cacique Catriel [engagé dans la Conquête du Désert à la fin du 19e siècle] ; on m’a souvent demandé comment je pouvais à la fois défendre les indiens et les estancieros français qui avaient occupé leurs terres".

Eleveurs et artisans

A l’époque, les Français viennent en Argentine "pour gagner 50 à 60 ans sur le processus d’industrialisation qui a débuté en Europe et détruit leurs emplois artisanaux". Quelque 200.000 Français s’installent définitivement dans le pays ; "ils sont cuisiniers, hôteliers, professeurs pour les hommes ; modistes, couturières, gouvernantes, prostituées pour les femmes". Mais beaucoup ne restent pas : "Ils étaient venus gagner de l’argent ; certains amassent de rapides fortunes grâce à l’élevage ovin et l’augmentation de la valeur du foncier et repartent en France". Ce sont ces Béarnais et ces Basques – en bons pasteurs pyrénéens – qui ont développé l’élevage ovin dans le sud de la province de Buenos Aires : "Impossible de faire descendre un gaucho de son cheval pour s’occuper des moutons !" explique Sarramone. Ironiquement, cette expansion a servi les intérêts économiques et commerciaux du vieil ennemi européen : "Elle a été initiée par les Anglais afin de justifier la construction de nouvelles lignes de chemins de fer et le développement du transport maritime pour la laine".

(Photo : Barbara Vignaux)

Merveilleuses femmes
"Pendant le Proceso, ma femme, inquiète de mon sort, m’a expédié en France", répond-il quand on l’interroge sur son excellente connaissance de la France. Sa femme : sa moitié, sa mémoire, son agenda, son alter ego, vers laquelle cet admirateur déclaré des jeunes et jolies femmes se tourne si souvent pour vérifier une information, partager une blague, évoquer un souvenir… : "Quelles merveilles les femmes, mais combien merveilleuse ma femme ; soixante ans ! Et je ne sais toujours pas comment elle parvient à me supporter".
Grand amateur de blagues et d’anecdotes, excellent orateur, Sarramone mêle, dans Inmigrantes y criollos en el bicentenario, les multiples facettes de l’histoire argentine : juridique, sanitaire, démographique, sociale, économique, politique, agricole et une foule de détails sur la vie quotidienne (logement, mode de vie, ressources, loisirs, métiers…). Il conjugue allègrement – mais sans complaisance – son histoire individuelle et celle de son pays, évoque l’école des bonnes sœurs et la Médaille sacrée ; le tortionnaire Astiz (originaire comme lui de la "très conservatrice" ville d’Azul) ; la dernière colonie française, fondée en janvier 1966 dans la province d’Entre Ríos par une trentaine de familles pieds-noirs ; l’évêque Hesayne [un des rares représentants de la hiérarchie catholique à s’être publiquement opposé à la dictature militaire], un ami dont il souligne le courage...

Dans la vie
Engagé dans plusieurs associations qui facilitent les retrouvailles familiales de part et d’autre de l’Atlantique, Alberto Sarramone est aussi un des animateurs de l’association des Béarnais et Basques d’Argentine, "aujourd’hui un conseil d’anciens dans lequel il faudrait attirer plus de jeunes". Avis aux amateurs !
Septuagénaire bourré d’allégresse et de joie de vivre, Sarramone a encore devant lui tout un tas de projets, livresques et autres : "Dieu, je vais lui faire un chantage : tant qu’il ne m’assurera pas que j’irai au Paradis, je reste ici, dans la vie".

Propos recueillis par Barbara VIGNAUX (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) jeudi 29 avril 2010

Feria del Libro
Panel sur 200 ans d’histoire de l’immigration en Argentine
Samedi 1er mai, 21h, salle ABC
Aux côtés de R.Feierstein, M. Maffia, O. Pellettieri

 
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