SOCIETE - Les discriminations au Chili face à la justice

Un mois après la promulgation de la loi "Zamudio", visant à lutter contre les discriminations, lepetitjournal.com fait un point avec Jaime Parada porte-parole de MOVILH -mouvement chilien des minorités sexuelles et deux témoins concernés à priori par cette loi

En juillet dernier, le Chili se dotait d’une loi anti discrimination, la loi “Zamudio”, du nom de ce jeune homosexuel qui avait été mortellement agressé le 3 mars dernier dans un parc de Santiago. Après 7 ans de navette parlementaire la mort du jeune homme a accéléré l’adoption du texte. Cette loi, qui fait polémique, prévoit des amendes allant de 320 à 3.200 euros pour toutes discriminations fondées sur l’orientation sexuelle, le sexe, la religion ou le handicap.

Jaime Parada est porte-parole de MOVILH - mouvement de défense des minorités sexuelles -  et se présente comme le "bras politique des minorités sexuelles". Avec d’autres organisations  MOVILH est à l’origine de la loi anti discrimination. "Nous avons proposé ce texte il y a dix ans. Et le chemin jusqu’à sa promulgation n’a pas été facile", explique Jaime Parada. Alors que pour le porte-parole il s’agit bien "d’une avancée historique" les détracteurs sont nombreux. En tête de file l’Eglise, qui y voit là la porte ouverte à l’autorisation du mariage homosexuel.

Si la loi a finalement été adoptée, rien n’est gagné prévient Jaime Parada. “La lutte contre les discriminations doit se faire sur le long terme, cette loi est seulement un début. Elle doit s’accompagner d’un changement culturel, et ça doit passer notamment par l’éducation : au collège, à l’université, dans les familles. Un changement de mentalité ” analyse le porte-parole avant de déplorer "il n’existe pas de volonté de la part de l’Etat de mettre en place des politiques publiques visant à une meilleure cohabitation entre tous. Mais nous, nous nous battons pour cela".

Le premier usage de la "loi Zamudio"
La loi a rapidement pris du service. En effet, le 30 juillet dernier un couple de jeunes lesbiennes s’est vu refuser l’accès à un hôtel en raison de leur orientation sexuelle.  Aidé par le MOVILH Le couple offensé a donc porté l’affaire devant les tribunaux.  "La loi stipule explicitement ce qu’est une discrimination et comment la juger. Elle permet de protéger les victimes et de les encourager à porter plainte. Dans cette affaire les preuves de discrimination ne manquent pas, deux couples hétérosexuels ont accédé à une chambre alors que le couple de lesbiennes non", explique Jaime Parada.

Et si pour Jaime Parada et les militants du MOVILH le Chili manquait cruellement d’une  loi visant à lutter contre les discriminations, c’est qu’elles sont bien réelles. Juan, homosexuel de 28 ans, raconte "avec mon copain on ne marche jamais main dans la main dans la rue. Au Chili c’ est pas possible. On te regarde de travers, on t’insulte et dans les pires des cas tu peux subir des violences. Le pire c’est que personne ne dit rien, ça parait presque normal puisqu’on est homosexuel !". Des violences verbales ou physiques, des mises à l'écart qui n'existe pas seulement dans la rue explique Jaime Parada "des homosexuels sont humiliés dans les Universités par exemple aussi bien par les étudiants que par les professeurs, d’autres se voient refuser un travail en raison de leur préférence sexuelle. Et bien aujourd’hui ils peuvent faire appel à la justice, et ce n’est pas rien !"

D’autres sont plus sceptiques quant à l'importance d'une telle loi. Pablo, 25 ans, vient récemment de faire son coming-out. Pour le jeune homme "légiférer c’est admettre que les homosexuels sont différents, c’est un peu comme si on suppliait : "s’il vous plait tolérez nous malgré ce que nous sommes", alors que nous sommes comme tout le monde, moi je ne demande pas qu’on me tolère!".

Selon le rapport des Droits Humains de la diversité sexuelle seulement 7% des homosexuels qui subissent des pressions osent en parler. Alors on peut imaginer qu’avec la loi "Zamudio", "les langues se délieront, que les homosexuels, et autres minorités, n’auront plus honte de parler de ce qu’il leur arrive" espère Jaime Parada.

Florine Constant (www.lepetitjournal.com Santiago) vendredi 12 octobre 2012

 
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