ON A TESTÉ POUR VOUS : Regarder la télévision en Argentine.

 



Mes premiers instants devant le tube cathodique argentin furent féeriques : des corps dénudés, des animateurs déjantés, des décors loufoques, des paillettes et de fortes décibels.


Magnifique ! Sur la forme, je me suis vite aperçu que j’étais loin du formatage aseptisé français. Sur le fond, les contenus ne parlaient pas vraiment au petit expatrié que j’étais : la télé argentine aborde le sexe et les tabous avec une candeur hallucinante et les témoignages sont délivrés de but en blanc sans craindre de choquer. Aujourd’hui, la télé argentine profite de toutes les libertés et n´a pas de limites. Les scandales « people » font les choux gras des sociétés de production et, à chacun, de donner son avis sur le décolleté sulfureux de l’animatrice ou sur l’adultère de la sœur du cousin de la vedette de la série de la saison passée.

On ne s’ennuie pas. Je ne suis téléphage mais reste un grand fidèle aux programmes débiles français depuis ma tendre enfance. La mélancolie s’installa insidieusement et un retour aux sources s’impose de temps à autre : débats et émissions de société "à la française", avec des statistiques, des thématiques, des raisonnements ubuesques et des méchantes Julie Lescaut.

Regarder TV5 monde s’avérait donc la bonne alternative pour ne pas tomber dans le piège du n’importe quoi, à toute heure. Mais un jour, sans crier gare, la seule chaine francophone a été honteusement sortie du bouquet numérique de base de la plupart des prestataires argentins, rendant l’art de buller devant ses émissions fétiches françaises un sport de haute voltige.  Vous avez certainement tous vécu ce grand moment de solitude à la lecture de ce message lors du téléchargement d’une émission "Désolé, cette vidéo n’est pas disponible dans votre pays". De quoi rager? Hormis les journaux télévisés de TF1 et quelques autres émissions du service public, nous n’avons pas grand-chose à nous mettre sous les dents, pauvres petits français d’Amérique latine, seule zone de la planète que le satellite CSAT ne couvre pas.

Etant de la génération "télécommande"  j’ai appris les joies du zapping dès mon plus jeune âge. Bilan : la télévision m’a rendu impulsif, exigeant et méticuleux avec son offre. Je veux et j’exige mon émission intéressante, ludique et géniale tout de suite, ici et maintenant. Pas vraiment en phase avec TV5, internet n’étant pas la meilleure option pour se livrer aux plaisirs du zapping. Il m’a fallu recourir à d’autres stratèges pour arriver à capter mes émissions préférées. Peu à peu, la puérilité de mes préoccupations devinrent effarantes. Mes journées devenant ponctuées de dilemmes bien  cornéliens, tels que "Qu´est ce que je regarde ce soir? Joséphine ange gardien ? le film de France 2  ou de M6? ". Il était temps que j’arrête. Lassé par ce système, j’ai retrouvé un beau matin la mire sur mon écran. Je devais me faire une raison. Il est impossible de regarder la télévision française en Argentine.

J’ai accepté cette fatalité et ai finalement fait le grand saut. J’ai commencé à regarder la télé argentine avec ses mêmes formatages manichéens, ses mêmes programmes de téléréalités -La voz /the voice, Gran hermano/Secret story et autres programmes racoleurs qui font le bonheur des téléphages en recherche d’état végétatif. Génial ! On n’est pas dépaysé ! Un petit détail à noter cependant : les coupures publicitaires toutes les 10 minutes, deux à trois fois plus longues qu´en France et dignes des réclames de nos grands-mères. Si vous n’avez pas bien compris la publicité, une session de rattrapage s´impose. Il est fréquent de voir l’animateur pendant l´émission, emballage à la main, face camera, vanter les mérites des produits. Imaginez Jean Pierre Foucault vanter les mérites des croquettes pour chien. Ça fait réfléchir, non ?

Gardons le meilleur pour la fin : le machisme omniprésent et bon enfant affiché par les producteurs des émissions avec “ l´assistante de programme ”, plus communément appelée postiche, dans toute sa splendeur. Multifonction, en maillot de bain en arrière plan, elle ondule son corps pendant que l’animateur montre le produit miracle. Elle peut aussi mélanger des bulletins réponses, tendre le micro, montrer ses belles dents blanches et donner son avis, heu pardon…passer sa main dans ses cheveux pendant que l’animateur ne sais pas ce qu’il dit.

Finalement, j’ai dit non à l’expérience cathodique et ai ainsi découvert un nouveau plaisir depuis quelques mois : la lecture.

Photo et texte de C.B. (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires)  mercredi 5 septembre 2012

C.B. est auteur de l’Argentine sans détours

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