RENCONTRE - Le "Printemps Érable" vu par un Québécois de Buenos Aires

 

Le Québec a été, ces derniers mois, le théâtre d’un important mouvement de grève. A son origine, une campagne étudiante lancée en aout 2011 contre la hausse des droits de scolarité. Peu à peu, une mobilisation se crée jusqu’à rassembler, le 22 mars dernier, près de 300 000 personnes lors d’une grève générale à Montréal. Les négociations entamées en avril seront immédiatement rompues par le gouvernement, suivies de près par l’adoption d’une loi limitant le droit de manifester. Néanmoins, les Québécois continuent de descendre dans la rue dans un tintamarre de "cacerolazos" à l’Argentine.

LePetitJournal.com a rencontré Jean-Sébastien Lévesque, ancien leader de la Fédération Étudiante Collégiale du Québec (FECQ), l’une des fédérations meneuses de la grève actuelle. Il nous explique leurs revendications et ses sentiments sur l’avenir de sa province.

Des tensions remontant aux années 90
La Fédération Étudiante Collégiale du Québec (FECQ) et sa petite sœur la Fédération Universitaire du Québec (FEUQ), actuellement meneuses de la grève, sont deux mouvements étudiants nés à la fin des années 80. À l’origine de leur création, une contestation étudiante contre un "dégel" des frais de scolarité, soit une hausse des frais pour les étudiants. La FECQ faisait également partie, en 1995, de la coalition pour le "Oui" au référendum sur la souveraineté du Québec.

Elle s’est ensuite mobilisée contre les coupures, en 1997, dans les "paiements de transfert". Il s’agit d’un système prévoyant le versement de revenus, perçus en impôts par le gouvernement fédéral Canadien, vers les gouvernements provinciaux pour financer des services aux citoyens, comme la santé et l’éducation. Pour les fédérations comme la FECQ, ces coupures signifiaient un trou colossal dans le budget de l’éducation.

Pour cette raison, des grèves étudiantes ont été organisées, rassemblant quelques dizaines de milliers de participants. "Mais tout ça ne menait à rien: on ne faisait même pas les nouvelles ! Visiblement, nos successeurs ont compris des choses sur la mobilisation et les relations avec les médias que nous ne comprenions pas encore..."

2011, les Québécois de nouveau dans la rue
En 2011, le gouvernement Charest annonce un budget qualifié de «révolution culturelle» - selon les propres termes de Raymond Bachand, Ministre des Finances -  Celui-ci prévoit, entre autre, une hausse des frais d’université de 75% sur 5 ans, à partir de Septembre 2012. Une mobilisation se forme progressivement, jusqu’à rassembler près de 300 000 étudiants grévistes, en Mars et Avril 2012.

La hausse des frais d’inscription n’est cependant pas l’unique objet de la protestation. Jean-Sébastien soutient que le conflit est passé d’une simple crise étudiante à une crise sociale plus large. Depuis plusieurs années, le gouvernement ferait l’objet de nombreuses critiques, dirigées particulièrement contre Jean Charest, Premier Ministre et chef du Parti Libéral du Québec. Il est  notamment soupçonné d’être impliqué dans diverses histoires de corruption dans le secteur de la construction. Impopulaire, son parti est cependant réélu systématiquement depuis près de 10 ans. Le désordre dans les partis d’opposition aurait beaucoup joué en sa faveur. "Les manifestations sont devenue l’expression de l’exaspération de tous", nous confie Jean-Sébastien, "l’enjeu a dépassé la question des frais de scolarité. Il s’agit maintenant de ce que nous voulons, ou pas, comme collectivité".

L'attitude "condescendante et violente" du gouvernement, aurait également contribué à soulever la colère générale, selon lui. La presse internationale parle alors du "Printemps Québécois", du "Printemps Érable". "C’est une sorte de clin d’œil, une blague. Personne au Québec ne croit que la situation chez nous est la même que celle des pays du Moyen-Orient. En revanche, je crois qu’on peut dire que ça s’en inspire humblement".

Optimiste quant au futur du Québec
Certains observateurs pourraient penser que les mouvements qui ont enflammé le Québec s’essoufflent depuis quelques mois. Jean-Sébastien en est moins certain, expliquant que les cours ont été suspendus jusqu’à la fin de l’été. De plus, des élections générales devraient avoir lieu très prochainement et avec elles, un scrutin, probablement dès le début du mois de septembre. Le gouvernement Charest pourrait ne pas y survivre…

Optimiste sur l’avenir de sa nation, il ajoute : "Certains disent que les jeunes sont apolitiques, mais les évènements ont démontrés que c'est faux ! Dans les années '90, c'était peut-être vrai, on ne nous écoutait pas beaucoup. Aujourd’hui, les jeunes Québécois viennent de s'assurer que, pour au moins une génération, on ne pourra pas les ignorer !".

Quels que soient les aboutissants de la prochaine élection générale, le "Printemps Érable", comme le mouvement des "indignés" en Espagne, sont de formidables preuves que les jeunes prennent en main leur avenir et celui de leurs pays. "On peut être pour ou contre, mais ces crises sont nécessaires : les jeunes bousculent les "élites" pour changer les choses et faire des gouvernements et des institutions qui sont à leur image". Il ajoute : "Je crois que c'est vrai au Québec comme ça peut l’être en Argentine".

Daphné de Vautibault (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) Mercredi 1er août 2012

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