HONGRIE – Le virage à droite qui agace l'Europe

Le Premier ministre hongrois Viktor Obran, se rend à Strasbourg ce mercredi pour s'expliquer face aux députés européens sur la modification de la Constitution, qui remet en cause la démocratie. La commission européenne a, elle, ouvert trois "procédures d'infraction" contre Budapest

Viktor Orban, Premier ministre hongrois (Photo AFP)

"Nous ne voulons pas que l'ombre d'un doute soit jetée plus longtemps sur le respect de la démocratie dans ce pays", a lancé José Manuel Barroso mardi. Le président de la Commission européenne présentait alors l'ultimatum lancé par l'institution à la Hongrie, qui a profondément modifié sa Constitution, entrée en vigueur le 1er janvier dernier.

La Commission montre les dents
Bruxelles a annoncé l'ouverture de trois "procédures d'infraction" contre Budapest, lui accordant un mois pour modifier ses lois, notamment en matière de justice ou de protection de l'opposition. L'Europe s'inquiète du virage anti-démocratique pris par la Hongrie. Mais le point qui agace le plus la Commission est lié à la banque centrale. Suite à la réforme de la Constitution Viktor Obran peut nommer des adjoints au président de la banque centrale. "La Hongrie, comme tous les autres Etats de l'UE, est obligée par les Traités de garantir l'indépendance de sa banque centrale, de l'autorité chargée de la protections des données et des juges", a rappelé José Manuel Barroso. Mais la Hongrie, qui peine à emprunter à bas coûts sur les marchés, est au bord de la banqueroute et cherche à obtenir un crédit de 15 à 20 milliards d'euros, qu'elle devra demander à l'UE et au FMI. "Nous n'avons pas de contentieux avec la Commission sur les principes fondamentaux", a affirmé de son côté Zoltan Kovacs, un ministre du gouvernement d'Orban. Il a par ailleurs assuré que la Hongrie se tenait prête à régler les problèmes soulevés par la Commission.

Le Parlement européen hostile à Orban
Pour les parlementaires européens, il faut aller plus loin. Les libéraux, socialistes et verts menacent de mettre la Hongrie au ban de l'Europe. Ils souhaitent lancer une procédure permettant de suspendre un Etat de ses droits de vote, en cas de "violation grave" des valeurs de l'UE. Pour l'eurodéputé libéral belge Guy Verhofstadt, les "échanges de lettres entre la Commission et le gouvernement Orban" sont dépassés. Martin Schultz, élu président du Parlement européen mardi, souhaite de plus redonner du pouvoir à l'institution, promettant d'être "combatif".

L'extrême-droite se réjouit en Hongrie
Le week-end dernier, une centaine de sympathisants du mouvement d'extrême-droite Jobbik ont manifesté devant le siège de la Commission européenne à Budapest. Ils souhaitaient dénoncer "une violation de la souveraineté hongroise" et "une déclaration de guerre de la part de Bruxelles", rapporte le site hulala.org. Le leader du mouvement a demandé l'organisation d'un référendum pour la sortie de l’Union européenne. Des manifestants ont même brûlé un drapeau de l'UE.

Orban imite Chavez
Pour le député européen Daniel Cohn-Bendit, Viktor Orban est un "Hugo Chavez de droite". Avec la nouvelle Constitution, Orban, et son parti le Fidesz, revenus à la tête du pays en mai 2010, ont verrouillé tous les contre-pouvoirs. Les médias sont frappés par la censure. "La loi n'a même pas besoin d'être appliquée; dans une période de crise économique où chacun craint pour son emploi, sa simple existence engendre une autocensure généralisée", explique un journaliste hongrois. Sans débat parlementaire au préalable, le gouvernement a écarté le président de la Cour suprême. Il a ensuite modifié l'âge de la retraite des juges, de 70 à 62 ans, entraînant ainsi le départ de près de 300 magistrats et la nomination de remplaçants proches du pouvoir. La femme du président du groupe parlementaire Fidesz au Parlement européen de Strasbourg et la marraine des enfants d'Orban a, elle, été propulsée à la tête de l'organisme chargé de nommer les juges. De quoi s'assurer des soutiens même en cas d'alternance.
Pour le député socialiste hongrois Tibor Szanyi, la situation ne présage rien de bon."Viktor Orban et ses serviteurs ont fait passer la Hongrie d'un endroit prometteur au lieu le plus sombre d'Europe".

J.B (www.lepetitjournal.com) mercredi 18 janvier 2012

Voir aussi :

L'Express - Hongrie: Viktor Orban imperator
Le Parisien - Hongrie : Viktor Orban devant les eurodéputés ce mercredi

Budapest

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