Bucarest

LILIANA CHIABURU - L'architecture traditionnelle roumaine est une architecture de l'ombre

Si le retour à la tradition suscite un intérêt grandissant dans certains milieux, il existe encore très peu de professionnels roumains capables d'offrir le savoir-faire d'antan. Liliana Chiaburu est l'une des rares architectes à s'être penchés sur les proportions des maisons paysannes anciennes pour les adapter au contexte actuel. Le Petitjournal.com l'a rencontrée.

Photo : DRImagini pentru Liliana Chiaburu

Le Petitjournal.com/Bucarest - Qu'est-ce qu'une maison traditionnelle roumaine ?

Liliana Chiaburu - La maison traditionnelle roumaine a quelques éléments importants. Le premier est le pridvor ou prispa (véranda ouverte, ndlr). Il peut être très étroit et ne couvrir qu'un seul côté de la construction. Quand il s'étend sur plusieurs côtés de la maison, c'est signe de richesse. Son rôle est d'accueillir le regard du visiteur pour qu'il se sente enveloppé. L'architecture roumaine est une architecture de l'ombre. Cette terrasse offre de l'ombre au visiteur et l'introduit dans un état d'esprit totalement différent que celui des maisons aux façades pleines. L'architecture roumaine n'est pas une architecture de façade mais de l'espace, parce que la terrasse qui l'entoure n'est pas une façade, mais un volume. Et ce volume n'a pas besoin d'être décoré, c'est juste un espace, pur et poétique.

Y-a-t-il d'autres éléments typiques ?

Oui. Le toit à quatre pans. Les Roumains pensent aujourd'hui que les toits à deux pans sont modernes car ils ont vu ça aux États-Unis. Mais là-bas, il s'agit d'une architecture bon marché et non pas moderne comme on la considère chez nous. Une autre caractéristique est celle du rythme donné par les piliers de la prispa. L'architecture roumaine ressemble par son rythme et sa proportion avec l'architecture grec classique, à la différence des architectures balkaniques qui sont pittoresques et n'ont pas ce rythme donné par les piliers. L'architecture roumaine ressemble également avec celle japonaise, qui est très proche de la nature. Certaines maisons traditionnelles du Japon peuvent être confondues avec des maisons roumaines, c'est très intéressant.

Existe-t-il aussi une spécificité roumaine à l'intérieur de la maison ?

Non, pas vraiment. Si ce n'est la lumière qui n'entre pas directement à l'intérieur. Elle est reflétée par la terrasse qui l'entoure. La lumière directe est crue, celle reflétée est plus intime. Elle rapproche des autres. On n'utilise pas de volets dans les maisons roumaines car on se sent protégé. Une comparaison peut encore une fois être faite avec les maisons japonaises traditionnelles.

Comment l'architecture traditionnelle est-elle appréciée par les architectes roumains ?

En 1986, quand j'ai terminé mes études, on survolait l'architecture traditionnelle sans essayer de l'expliquer. Moi, j'ai été répartie dans une agence où l'on dessinait des immeubles communistes. Cela n'avait bien évidemment aucun lien avec l'architecture traditionnelle. Mais quasiment plus personne n'en faisait à l'époque. Il a existé un courant à la mode durant l'Entre-deux-guerres, qui mélangeait des éléments traditionnels à l'architecture roumaine moderne. L'un des architectes qui en faisait partie, Octav Doicescu, a tenté de continuer après 1945. Mais il a été très critiqué à l'époque. On disait qu'il fallait se moderniser et non pas retourner vers la campagne. Dans les années 70, un autre courant a tenté d'intégrer des éléments locaux sur les façades, mais de manière très formelle.

Et après 1989 ?

Vous savez, les architectes roumains sont très cosmopolites car ils sont très complexés. Ils veulent être reconnus par le reste du monde et n'assument pas leurs origines. C'est comme les paysans qui, en ville, ne veulent pas qu'on sache qu'ils sont originaires de la campagne. Le comportement des architectes roumains est identique. Constantin Joja a été l'un des seuls à travailler sur l'architecture traditionnelle à la fin de la période communiste et un peu après la révolution. Mais sont travail a été méprisé.

Comment en êtes-vous arrivée à vous intéresser à l'architecture traditionnelle roumaine ?

En renonçant à l'architecture. J'ai fait une pause dans ma carrière et me suis lancée dans le journalisme. Quand je me suis remise à l'architecture, j'ai abordé ce métier de manière différente, en me rapportant d'abord au bénéficiaire. C'est comme cela, selon moi, que l'architecture devrait être enseignée à la faculté. Mettre toutes ses connaissances, toute sa rigueur, pour exprimer les désirs du bénéficiaire. Avant, les gens faisaient des maisons qui les représentaient, dans lesquelles ils se sentaient bien. Aujourd'hui, les architectes roumains demandent à leur client la surface voulue et se mettent à dessiner. Parfois, ils vendent un projet déjà préconçu. On ne leur a pas appris à écouter. C'est une vraie carence de l'école.

Propos recueillis par Jonas Mercier (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Lundi 4 Mai 2015

 
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