Bucarest

CHRONIQUE ECO - Le gouvernement roumain perd-il sa crédibilité?

Le gouvernement roumain détruit sa crédibilité. S’agit-il d’un caprice « idéologique » ou les choses sont-elles plus graves qu’il n’y paraît ? Pendant les 3-4 derniers mois la coalition du gouvernement a fait tant de gaffes qu’il est difficile de penser qu’elle résistera au pouvoir pour encore trois ans.

 

La semaine passée, l’Institut Roumain de Statistique a reconfirmé la croissance économique du pays de 5,7%, record de l'UE au premier trimestre de 2017. Au cours de la première partie de l’année, la consommation de la population a augmenté de 7%, les revenus des foyers de 9% et les salaires de 14% par rapport à la même période de l’année passée. Les revenus croissants de la population ne sont pas totalement liés à la consommation, ce qui signifie que les gens commencent à réfléchir aussi au futur, pas seulement au présent ; au mois de mai, par rapport au mois de mai 2016, le volume des dépôts de la population a augmenté de 11% en lei et de 9% en dévise.

 

A première vue, on dirait que l’économie est « sur pilotage automatique ». Alors pourquoi renoncer au « pilotage automatique » quand l'avenir est incertain ?

 

Et pourtant, pendant les trois derniers mois, la coalition du gouvernement PSD/ALDE a bouleversé, comme jamais depuis au moins 20 ans en Roumanie, le milieu des affaires ainsi que la société.

 

Dans une première étape, la coalition du gouvernement a annoncé un impôt « sur le foyer », mesure difficile à comprendre, mais qui pouvait peut-être se résumer de la manière suivante : les revenus des citoyens étaient consolidés au niveau du « foyer » et imposés à 10% (l’impôt sur le revenu individuel est de 16% à présent). Personne n’a expliqué le terme « foyer » - s’agit-il d’une « famille » ou d’ « une association de personnes » ? Aujourd’hui même, nous ne le savons pas. Aucune simulation, aucune étude d’impact n’a existé pour cette fantaisie fiscale. Après une protestation significative du milieu des affaires, une équipe a été constituée au niveau du Ministère des Finances pour qu'elle fasse des « simulations » relatives à l’impact d’une telle mesure, dont on ne connait toujours pas pas le résultat car, entretemps, la coalition PSD/ALDE a changé le gouvernement, par la motion de censure déposée au Parlement - un fait unique dans l’histoire de la Roumaine – au motif qu’il ne respectait pas le programme du gouvernement.

 

Mais le nouveau gouvernement est arrivé avec un nouveau programme qui renonce à « l’impôt sur le foyer » et propose, en échange, un impôt sur « le chiffre d’affaires des sociétés », à la place de l’impôt classique sur le profit, ainsi que l’introduction d’un « impôt de solidarité » pour les revenus personnels dépassant 10 salaires minimums bruts interprofessionnels, à savoir 14.500 lei brut (environ 3.200 euros). Derrière ces propositions, il n’existe pas non plus une étude d’impact ou une simulation relative aux pertes ou aux gains de cette "révolution fiscale".

 

Alors, on se pose naturellement la question suivante: que se passe-t-il? Comment est-il possible qu’une coalition du gouvernement qui, il y a huit mois, avait gagné les élections avec 45% des voix - un score immense compte tenu du fait que le système électoral roumain respecte la règle de la « proportionnalité » et non pas celle « du gagnant qui prend tout » - ne soit pas capable de proposer une démarche cohérente pour le développement de la société et de l’économie ?

 

C’est ici que la couche en or des statues à l'effigie des idoles politiques de gauche commencent à se fissurer. La coalition PSD/ALDE a gagné les élections avec des promesses qui coûtent énormément, environ 25-30 milliards lei (5-6 milliards euros) ce qui signifie des dépenses supplémentaires pour le budget, en 2017, seulement à partir des promesses électorales. Et cela, dès lors que le budget consolidé du pays a été, l'année passée, en dessous des 50 milliards d’euros. Six milliards d’euros de dépenses promises en plus, puisées dans les 50 milliards d’euros reçus au budget, ce qui signifie une croissance des dépenses de 12% en 2017. Pendant les premiers cinq mois de l’année (les dernières données) les dépenses de l’état ont augmenté de 9,4% et les revenus consolidés de moins de 8%. Les dépenses relatives aux salaires des budgétaires ont augmenté de 19% et celles relatives aux retraites ont augmenté de 10%.

 

Le budget se dirige vers un déficit de plus de 3% du PIB (au-dessus de la limite agréée par l'UE), l’équilibre étant maintenu pour le moment par la réduction incroyable des dépenses pour les investissements de l’état qui sont arrivées au plus bas niveau au cours des 15 dernières années – l’état a dépensé moins d’un milliard d’euros dans les premiers cinq mois de l’année, même si le budget prévoit des dépenses d’investissements de près de 9 milliards d’euros.

 

Mais le problème n’est pas l'année 2017, mais bien l'année 2018, période pour laquelle les économistes prévoient que le déficit budgétaire se rapprochera des 4% du PIB.

 

Il n’y rien de très compliqué. Il s’agit d’un état qui, n’étant pas capable d’encaisser les taxes au niveau des impositions présentes, essaie des taxes nouvelles avec l’espoir d’un équilibre. Ils essayent de  trouver des coupables : les riches qui ne paient pas leurs impôts !

 

La folie politique a son prix – et la coalition du gouvernement le payera au moment où elle restera sans fonds pour honorer ses promesses électorales.

 

Mais, le plus inquiétant est que nous allons tous payer si ses responsables ne s’arrêtent pas, car, à force de vouloir à tout prix prouver qu’ils ont eu raison, ils vont finir par détruire l’équilibre économique péniblement redressé après la grande crise.

 

Iulian Anghel, journaliste au quotidien financier Ziarul Financiar (www.lepetitjournal.com/Bucarest) lundi 10 juillet 2016

 

 

 

 

 

 
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