Bucarest

CHRONIQUE ECO - Crise politique, crise économique?

 

Les Roumains n’aiment pas les crises. Mais s’agit-il en Roumanie d’une crise politique réelle ? La semaine passée, le gouvernement Sorin Grindeanu a été démis de ses fonctions très rapidement par une motion de censure déposée au Parlement contre le cabinet, par son propre parti. La situation est inédite et ridicule car, jusqu’à aujourd’hui, aucun parti n’a jamais fait appel au Parlement pour se venger ou pour traiter des affaires personnelles. Les médias ontcommencé à crier à la « crise politique ». Les Roumains craignent les crises, car ils savent par expérience qu’une crise, quoique politique, les touchera directement au porte-feuille.

 

 

Dans le cas de la Roumanie, pays à l’économie émergente, une crise politique pourrait provoquer une catastrophe économique. Du fait d’être une économie émergente, même "de frontière" selon certains, lorsqu’il s’agit des investissements à la bourse, cette crise est vue d’un mauvais œil.

 

 

Au moment où les médias ont commencé à crier « crise », les gens, qui d’habitude se moquent des politiciens, ne rient plus. Parce qu’une crise affecte premièrement le taux de change et les crédits des Roumains dont la moitié sont en euros. La dépréciation du leu affecte du point de vue financier tous ceux qui ont des crédits en devise car le crédit est en euro, mais leurs salaires en lei. Par la suite, un euro coûtera aujourd’hui plus de lei qu’hier, mais les salaires n’augmentent pas d’un jour à l’autre. Une crise affecte financièrement les petits investisseurs à la bourse par la chute des actions et l’état par la majoration des intérêts. Et la majoration des intérêts pour les prêts de l’état affecte la population qui est « l’actionnaire » de l’état et qui doit payer toutes les actions de l’état à travers les taxes et les impôts.

 

 

Que s’est-il passé ?

 

Pendant la semaine de la crise, la dépréciation maximale du leu a été de 0,8%, « épreuve de réaction modérée », comme l’a déclaré Adrian Vasilescu, le conseilleur principal du gouverneur de la Banque Nationale de la Roumanie. Il n’est pas le seul à lancer une défense du leu. Radu Craciun, le responsable BCR-Pensions, a démontré que le leu s’est déprécié en même moment que toutes les autres monnaies de la région et que la dépréciation du zloty polonais a été beaucoup plus élevée.

 

 

En ce qui concerne la bourse, l’indice BET de la Bourse de Valeurs Bucarest a diminué de 1,63%, ce qui est insuffisant pour accuser les politiciens d’avoir ruiné les petits investisseurs. Et les intérêts des prêts de l’état – les plus bas de l’histoire, 3-4% pour des prêts sur 10 ans – sont restés intacts.

 

 

Cela a déterminé Laurent Claudel, le directeur général adjoint de Cetelem IFN S.A., la plus grande compagnie de prêts à la consommation sur le marché local, à affirmer que l’économie roumaine ne dépend plus du facteur politique : « L’instabilité actuelle sur la scène politique est temporaire et la Roumanie est un pays sûr pour les investissements ».

 

 

Par le passé j’ai déjà entendu ce type de propos: « la Roumanie ne dépend plus du facteur politique ! ». C’était en 2008, quand les politiciens faisaient n’importe quoi et jetaient de l’argent à gauche et à droite, ils majoraient fortement les pensions, doublaient les salaires et jetaient des centaines de millions de lei dans les caisses des églises. Comme aujourd’hui, d’une certaine manière. Et je demandais aux hommes d’affaires et aux chefs des patronats : qu’en pensez-vous, n’avez-vous rien à dire, n’intervenez-vous pas au moins pour dire que c’est de la folie ? Et ils haussaient les épaules : qu’ils fassent ce qu’ils veulent, nous ne sommes pas intéressés, l’économie s’est séparée du facteur politique ! Cela jusqu’en 2010 quand la crise a presque provoqué un défaut de paiement et les salaires d’état en Roumanie ont été baissés de 25%, les affaires sont tombées dans le coma et des centaines de milliers de gens ont été licenciés suite à la chute de la demande d’emploi, et les hommes d’affaires ont dû admettre que l’économie n’est jamais vraiment séparée de la politique et qu’une décision politique peut aider l’économie ou la confondre.

 

 

Nous ne sommes pas arrivés à une crise car cette folie politique dans laquelle les affaires des partis sont réglées par l’intermédiaire des institutions de l’état est passée rapidement. Je dois mentionner que la révocation du premier ministre par le Parlement – comme il s’est passé la semaine dernière – est un acte prévu par la Constitution. Pourquoi a-t-on pourtant appelé cette folie comme étant politique ? Parce qu’un politicien a risqué une crise, avec les conséquences décrites ci-dessus, seulement pour régler une affaire personnelle.

 

 

De telles choses doivent être fortement critiquées et accusées, car un pays ne se dirige pas par la force, mais par le dialogue.

 

 

 

Iulian Anghel, journaliste au quotidien financier Ziarul Financiar (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Mardi 27 juin 2017


Abonnez-vous à notre newsletter gratuite
Suivez-nous sur Facebook

 

 
A la Une

PR. DENIS BUICAN - « La science ne doit avoir aucune limite »

Denis Buican est biologiste, historien des sciences, philosophe et poète. Il a combattu les théories de Lyssenko enseignées et imposées sous le bloc communiste. Banni de l’université, il continue dans le domaine scientifique et sera naturalisé français après avoir fui la dictature communiste roumaine pour Paris en 1969. Il a élaboré une théorie synergique de l’évolution et une nouvelle théorie de la connaissance, la biognoséologie. Avec le…

HORS PISTE AVEC GREGORY RATEAU - Mihail

En prolongement de son livre "Hors-piste en Roumanie", Grégory Rateau a rejoint l’équipe de RRI en français pour une série de portraits inédits…
Une internationale

DON'T GO TO ALGERIA – Tolt : "J’ai envie de découvrir les pays qui souffrent des préjugés"

Benjamin Martinie, alias "Tolt". Un an après avoir connu un franc succès avec sa vidéo « Don’t go to Iran » qui efface tous les stéréotypes entendus sur la République islamique, Benjamin Martinie, alias Tolt, revient avec une nouvelle vidéo, cette fois sur l’Algérie, tout en gardant le même concept. Le principe est simple, « Tolt » part deux semaines dans le pays en question, et y découvre sa culture et son peuple.
Actu internationale
En direct d'Europe
Stockholm - Actualité

6 FEVRIER – La fête nationale same

Depuis 1992, le 6 février, c’est la fête nationale same (samenationaldagen). Une occasion pour nous d’aborder la culture et l'histoire de…
Expat
Expat - Emploi

COACHING – L’effet miroir de mes parents

Chaque fois que ses parents viennent lui rendre visite à New-York, Bertrand a comme l’impression de se regarder dans « un miroir déformant ». Il ne se sent pas à l’aise en leur présence, culpabilise et a la désagréable impression d’être un fils indigne… Alors qu’il croyait qu’en fuyant la France il résoudrait son problème, il réalise en fait qu’il doit avant tout se faire face à lui-même. 
Expat - Politique

GESTION DE CRISE – Les consuls face à l’exceptionnel

Peu importe l’endroit ou le pays dans lequel vous pouvez vous trouver dans le monde : en situation de crise, la France par le biais de ses consuls protège ses concitoyens. Cette année, 89 consuls et consuls généraux exercent leurs missions à travers le monde. Mais attention, ils ne doivent pas être confondus avec les ambassadeurs… Petit tour d’horizon de leurs missions et des actions qu’ils peuvent mener en cas de crise. 

TRIBUNE - La marginalisation des Français de l'étranger est En Marche

"Make French People abroad great again !Je me permets d'interpeller officiellement les 10 députés de la République En MARCHE à l'étranger. Dans le discours du President de la Republique à Versailles, comme dans le discours de politique générale du Premier Ministre on ne trouve aucune mention aux Français de l'étranger". Une tribune de Boris Faure, Conseiller consulaire des Français de Belgique
Magazine